Des marchés boursiers sur leurs gardes

Sur le parquet de la Bourse de New York, on attend non sans inquiétude le résultat de l’élection présidentielle.
Photo: Spencer Platt Agence France-Presse Sur le parquet de la Bourse de New York, on attend non sans inquiétude le résultat de l’élection présidentielle.

Plongés dans l’incertitude, les marchés boursiers retiennent leur souffle à quelques heures du dévoilement du résultat de l’élection présidentielle américaine. Une victoire de Donald Trump aurait toutes les chances de provoquer une panique momentanée, tandis qu’un gain de Hillary Clinton apaiserait les craintes, sans nécessairement disperser tous les nuages.

La Bourse américaine en voit de toutes les couleurs depuis quelques jours. Le Dow Jones et le Nasdaq n’ont cessé de reculer depuis la fin du mois d'octobre, lorsque le Federal Bureau of Investigation (FBI) a annoncé qu’il rouvrait l’enquête sur les courriels de Mme Clinton, ce qui augmentait les chances de victoire de son adversaire républicain.

Et lundi, les deux indices ont clôturé en hausse de plus de 2 %, les investisseurs étant rassurés d’apprendre que le FBI avait mis un point final à son analyse des communications de la candidate démocrate.

C’est bien connu, les marchés boursiers n’aiment pas l’incertitude, et l’évolution des cours l’a une fois de plus démontré la semaine dernière, affirme l’économiste au Mouvement Desjardins Francis Généreux. « Une surprise mardi soir pourrait avoir le même effet », juge-t-il.

Cette « surprise », ce serait l’élection de Donald Trump, celui dont les chances de l’emporter sont actuellement de 31,5 %, selon le site spécialisé en prédictions FiveThirtyEight.

Panique ou soulagement

Une victoire de Donald Trump « serait immédiatement suivie d’une panique boursière due aux craintes mondiales qu’il déclenche une guerre commerciale planétaire », écrit Angelo Katsoras, analyste géopolitique à la Banque Nationale, dans une analyse publiée à la fin du mois d’octobre.

« Une victoire de Hillary Clinton serait immédiatement suivie d’un soupir de soulagement et d’une reprise sur les marchés boursiers, estime-t-il. Mais si, contre toute attente, les démocrates reprenaient le contrôle des deux chambres du Congrès [la Chambre des représentants et le Sénat], les marchés passeraient de l’euphorie à l’inquiétude. »

Mme Clinton serait alors en bonne position pour mettre en oeuvre ses promesses électorales, qui comprennent l’augmentation des impôts des sociétés et le resserrement de la réglementation des secteurs financiers, de l’énergie et de la santé, fait remarquer M. Katsoras.

Retour à la normale

Certains analystes ont prédit qu’en cas de victoire du candidat républicain, les marchés boursiers pourraient chuter à court terme de 10 % ou même de 15 %. Plus prudent, Francis Généreux prévoit un recul de quelques points de pourcentage, mais insiste surtout sur le fait que les cours devraient revenir à la normale dans les semaines ou les mois suivants.

« Le meilleur exemple, c’est le Brexit, dit-il. La Bourse britannique a encaissé un dur coup, mais est remontée rapidement par la suite, et l’effet global n’a pas été aussi dramatique que prévu. »

Une analyse dévoilée lundi par l’agence Bloomberg révèle d’ailleurs que l’indice S P 500 (basé sur les 500 plus grandes sociétés cotées sur les Bourses américaines) varie deux fois plus qu’à l’habitude au lendemain d’une élection présidentielle et que cette fluctuation immédiate ne permet pas de prédire l’évolution de l’indice dans les douze mois suivants.

Le parti de Wall Street ?

L’élection présidentielle de 2016 voit donc le parti républicain, qu’on associe généralement à Wall Street, être boudé par les marchés boursiers ? En réalité, cette étiquette qu’on accole au Grand Old Party n’est pas justifiée.

Une compilation effectuée par Desjardins démontre que, depuis 1901, la variation annuelle moyenne du S P 500 (en dollars courants et sans dividendes) a été supérieure lorsque des présidents démocrates occupaient la Maison-Blanche. Sous les présidences démocrates, l’indice a connu une progression moyenne de 10,4 %, comparativement à une croissance moyenne de 6,7 % lors des règnes républicains. Une analyse menée par la société Morneau Shepell à la veille de l’élection de 2012 en était arrivée à des résultats semblables.

« Les cycles économiques ne dépendent pas seulement des présidents, loin de là, précise Francis Généreux, de Desjardins. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, donc il ne faut pas tout leur mettre sur le dos ou leur donner tout le crédit. »


Effets directs

Le Tax Policy Center, un organisme de recherche américain, a prédit que, si les mesures annoncées par Donald Trump lors de la campagne électorale étaient bel et bien mises en oeuvre, le PIB réel américain chuterait de 3 % ou 4 % sur un horizon de 20 ans, comparativement à une fourchette variant entre -0,5 % et +0,6 % pour Hillary Clinton.

L’agence de notation financière Moody’s juge quant à elle que les promesses de M. Trump feraient chuter le PIB réel des États-Unis de 2,4 % entre 2018 et 2020. À l’inverse, le programme de Mme Clinton entraînerait une augmentation de 1,7 % du PIB réel d’ici 2020.

À condition, bien sûr, que le candidat ayant remporté l’élection respecte ses engagements et obtienne l’appui du Congrès.