La Chine et la Russie s’allient pour produire un avion long-courrier

Le C919, premier moyen-courrier de Comac, accumule lui aussi les retards.
Photo: Agence France-Presse Le C919, premier moyen-courrier de Comac, accumule lui aussi les retards.

La Chine accélère dans sa conquête du ciel : Comac (Commercial Aircraft Corporation of China), l’avionneur d’État chinois, a annoncé, jeudi, une coentreprise avec la Russie pour produire le premier gros-porteur chinois. L’avion, qui viendrait concurrencer à terme le 787 de Boeing et l’A350 d’Airbus, devrait effectuer son premier vol commercial dans dix ans, à en croire le calendrier fixé par l’avionneur.

Une usine sera construite à Shanghai pour développer l’appareil de 280 places et d’une autonomie de 12 000 km, a annoncé Comac lors du Salon de l’aviation de Zhuhai, près de Canton.

Comac donnait là les premiers détails de sa coopération avec le russe UAC (United Aircraft Corporation), annoncée il y a deux ans. Avec ce projet, l’entreprise d’État chinoise avance un pion supplémentaire pour aller concurrencer le duopole Airbus-Boeing qui domine l’aviation commerciale mondiale. Le projet devrait coûter de 13 à 20 milliards de dollars aux deux entités qui le financeront à parts égales, a indiqué le quotidien d’État chinois Global Times, citant le président d’UAC, Yury Slyusar. Selon lui, le long-courrier sino-russe sera 10 % moins cher que les modèles des concurrents.

Pour autant, Airbus et Boeing ont encore quelques belles années devant eux. Le seul avion de ligne de Comac qui vole aujourd’hui est un moyen-courrier, l’ARJ21 de 90 places dont le rayon d’action ne dépasse pas 3 700 km. Il a effectué son premier vol commercial en juin… avec dix ans de retard. Son grand frère, le premier moyen-courrier de Comac, accumule lui aussi les retards : le C919 a été présenté en novembre  2015, mais n’a toujours pas pris son envol. L’entreprise promet un essai fin 2016 ou début 2017, pour une commercialisation trois ans plus tard.

Montée en gamme

Son partenaire russe, l’UAC, est une holding qui rassemble les différents avionneurs russes, essentiellement présents dans l’aviation militaire et les petits jets privés ou régionaux. C’est le cas de Soukhoï, dont le petit porteur Superjet 100 a marqué en 2009 le retour de la Russie sur le marché de l’aviation, après vingt-cinq ans sans nouvel appareil.

L’aviation est un des dix secteurs mis en avant dans le projet «Fabriquer en Chine 2025», approuvé par le Conseil des affaires d’État en mai. Le document est une feuille de route pour la montée en gamme de l’usine du monde, qui veut avancer dans les secteurs à plus haute valeur ajoutée. Mais comme l’a admis Guo Bozhi, l’un des présidents adjoints de Comac chargé du projet de long-courrier, en marge du Salon de Zhuhai : «Développer un avion est un long périple, nous devons résoudre beaucoup de problèmes techniques.»

Malgré les retards, Comac accumule les commandes pour son C919 : 570 appareils pour 23 clients, d’après le constructeur. En Chine, le marché est dicté par la NDRC (National Development and Reform Commission), la commission au plan chinoise.

Également à Zhuhai, Airbus a annoncé ses prévisions de croissance pour le marché chinois qui ont de quoi alimenter les convoitises. La Chine est amenée à dépasser les Etats-Unis pour devenir le premier marché de l’aviation au monde avant 2035 selon Airbus. D’ici vingt ans, la croissance du secteur devrait être de 10 % par an, grâce au développement des infrastructures et d’une classe moyenne chinoise plus consommatrice. Le pays aura besoin de 6000 appareils de plus dans la période, selon l’avionneur européen. Son rival Boeing prévoit même 6 800 nouveaux appareils. Un marché évalué à 900  milliards d’euros.

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