Fin du projet Gaspésia - Charest garde espoir malgré tout

Québec - C'est la liquidation pour Gaspésia, même si le gouvernement et la Société générale de financement du Québec (SGF) gardent un mince espoir de trouver un nouveau partenaire pour la relance de l'usine de Chandler.

La SGF et le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) ont annoncé chacun de leur côté hier qu'ils demandent la liquidation ordonnée de l'usine de Gaspésia. La société en commandite Papiers Gaspésia s'était placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers le 30 janvier dernier et disposait d'un délai de 30 jours pour se réorganiser.

Le projet de relance de 500 millions faisait face à des dépassements de coût de 200 millions. Le coût total avait donc grimpé à 700 millions. Après une analyse plus fine, ces dépassements sont désormais évalués à 265 millions, a révélé hier le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet. À ce jour, 300 millions ont été dépensés sur le chantier, ouvert au printemps 2002.

Avant le recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers, il y a un mois, le gouvernement Charest avait refusé de convertir les prêts d'Investissement Québec en capital-actions, une condition jugée nécessaire par le Fonds de solidarité pour que Gaspésia puisse atteindre la rentabilité en tenant compte des dépassements de coût.

Il y a une semaine, Tembec, le partenaire industriel dans Gaspésia et actionnaire à 25 %, avait laissé savoir aux deux autres actionnaires, soit le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ), qui détient une participation de 50 % dans le projet, et la SGF, le troisième actionnaire, à hauteur de 25 %, qu'elle refusait d'engager davantage d'argent dans le projet, une décision qui s'est conclue par son retrait pur et simple du projet.

Hier, le premier ministre Jean Charest n'a pas voulu jeter l'éponge. «On n'est pas rendus à l'étape où on a déclaré forfait», a-t-il dit au cours d'un point de presse. «On va certainement faire tous les efforts pour que nous puissions intéresser un opérateur dans ce projet.»

Le p.-d.g. de la SGF, Henri Roy, a précisé hier que c'est le liquidateur qui aura pour tâche de trouver un papetier pour reprendre l'usine. «Il faut être très réaliste. On est aux dernières heures, dans le fond», a-t-il dit. Le liquidateur — Ernst & Young est engagé dans le dossier — disposera de quatre à six semaines pour tenter de trouver un acquéreur. Après quoi, si ces efforts sont vains, ce sera la liquidation pièce par pièce, un processus qui pourrait prendre de trois à quatre mois.

Après les 300 millions investis dans le projet, il resterait donc 465 millions à ajouter. Il faudrait trouver un partenaire qui puisse réduire cette nouvelle facture entre 350 et 375 millions, a dit M. Roy. Aucune discussion avec un quelconque acquéreur — et les acheteurs potentiels se comptent sur les doigts d'une seule main — n'est en cours, a souligné M. Roy.

Le p.-d.g. du Fonds de solidarité, Pierre Genest, s'est dit «très pessimiste» pour la suite des choses. Il a indiqué que les derniers scénarios financiers étudiés n'étaient pas concluants. «Ça ne marchait tout simplement pas», a-t-il dit, à moins d'une décision gouvernementale pour accroître le financement étatique du projet.

Dans cette liquidation, les trois actionnaires perdent leur mise, soit 70 millions pour le Fonds de solidarité et 35 millions chacun pour Tembec et la SGF. Investissement Québec dira adieu à la partie déjà engagée d'un prêt de 145 millions, soit 69 millions. La Banque de développement du Canada fera de même pour une somme de 51 millions et l'organisme Innopap doit radier 29 millions. En outre, Papiers Gaspésia doit 40 millions à ses fournisseurs.
1 commentaire
  • Nicolas Méthot - Inscrit 26 février 2004 09 h 50

    Tout le monde était au courant.

    Depuis le début de ce chantier, tout les employés disait à qui mieux mieux qu'il était mal géré et mal planifié. Est-ce que tout le monde parmi les investisseurs dormaient au gaz?

    D'autre part, est-ce que le métro de Laval sera interrompu 'a cause des dépassements de coût? Et tous ces autres projets dont les dépassements sont de véritables horreurs...

    Le bois des régions est acheminé vers les grands centres pour nous revenir estampillé et au double du prix, il faudra songer à arrêter toutes nos ressources de sortir à peine transformée pour créer ailleurs des emplois.

    Finalement l'incompétence et les crocheries qui auraient régnées en maître à la Gaspésia porteront un jour un nom pour que l'on sache à qui profite le crime?

    Nous sommes franchement écoeurés de faire la une misérabiliste et d'être dépendant de la supposée générosité des grands centres qui en plus de siphonner nos ressources matérielles s'abreuvent depuis des années à nos ressouces jeunesses attirées par un niveau de vie dû à la concentration honteuse des investissements publics et privés et les politiques gouvernementales centralisatrices comme l'assurance emploi.