À l'heure de la technologie IP - Télécoms: Sabia presse les gouvernements de s'adapter

Le président et chef de la direction de BCE, Michael Sabia, a de nouveau pressé hier les pouvoirs publics de se mettre à l'heure des nouvelles technologies en matière de télécommunication.

«L'évolution des technologies est en train de virer notre monde à l'envers», a-t-il affirmé dans le texte d'un discours prononcé hier devant la Chambre de commerce du Canada à Ottawa. «Les politiques doivent suivre le rythme de ce changement.»

Rappelant que la traduction en langage électronique IP (pour Internet Protocol) de la voix, de l'image et des données permet désormais à «n'importe quel appareil [de] se brancher à n'importe quel autre appareil pour transmettre n'importe quelle information dans n'importe quel format», il a prédit l'éclatement éminent des anciennes divisions entre les différents services et réseaux de télécommunication. «Ce qui prend leur place, a-t-il expliqué, c'est une mêlée générale sur le plan de la concurrence. Compagnies de téléphone, câblodistributeurs, fournisseurs de services Internet, compagnies de diffusion par satellite, fournisseurs de services fixes sans fil, même les services publics d'électricité, tous sont prêts à offrir le même menu de services aux résidences et aux entreprises.»

Cadres à revoir

Dans un tel contexte, on ne pourra pas maintenir encore bien longtemps des cadres réglementaires différents pour les uns et pour les autres, a plaidé Michael Sabia, qui réitérait ainsi des arguments défendus depuis plusieurs mois par son entreprise. Comment justifier, demande-t-il, le fait que les compagnies de téléphone aient systématiquement à rendre des comptes au Conseil de radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) alors que les fournisseurs d'accès Internet, comme Microsoft et Yahoo!, ou les intégrateurs de système, comme IBM et Hewlett-Packard, ne font l'objet d'aucune réglementation? Que faire d'une compagnie américaine comme Vonage qui s'apprête à offrir au Canada des services téléphoniques, mais de l'extérieur du pays? Que dire du fait que les prix des câblodistributeurs ne sont plus réglementés dès qu'un concurrent détient au moins 5 % d'un même marché alors que les services locaux des compagnies de téléphone le restent quoi qu'il arrive?

Le président de BCE estime également qu'il faudra trouver un moyen de compenser les entreprises comme la sienne pour les milliards qu'elles ont investis au cours des dernières années dans la mise à niveau des infrastructures de télécommunication. Autrement, ce serait donner un avantage inéquitable aux nouvelles compagnies de téléphonie par Internet, comme Primus ou Vonage, qui viennent aujourd'hui leur faire concurrence en ayant à investir aussi peu que 20 ou 30 millions.

Cette réforme des cadres réglementaires s'impose d'abord et avant tout dans l'intérêt des consommateurs et de leur liberté de choix, affirme Michael Sabia. Elle accuse déjà un sérieux retard au Canada, le CRTC n'ayant toujours pas mis en branle de révision formelle de ses règles contrairement à ses équivalents américain ou britannique.

Bell Canada avait déjà demandé au CRTC, en novembre, de tenir des audiences publiques sur la question.

Perte de terrain au profit de la concurrence

En attendant, dit Michael Sabia, les compagnies de téléphone comme BCE perdent du terrain au profit de la concurrence. Généralement évaluée à 97 % ou 98 %, la part des appels locaux passant par le réseau filaire traditionnel de Bell aurait, selon une enquête maison, chuté à 81 % sous les attaques de la concurrence de la téléphonie sans fil, assure-t-il. Statistique Canada estime que 230 000 foyers canadiens auraient d'ores et déjà fait le choix de ne plus utiliser que cette seule forme de service téléphonique. Ils seraient huit millions de foyers à avoir pris la même décision aux États-Unis.

C'est toutefois des câblodistributeurs que la plus forte concurrence risque de venir, estime Michael Sabia. Les compagnies Shaw Communication et Rogers ont d'ailleurs déjà fait savoir qu'elles entendaient offrir des services de téléphonie IP dans les prochains mois. «Ces entreprises ne sont pas des novices, constate le président de BCE. Les câblodistributeurs ont des connexions solides avec une vaste clientèle de même qu'une part de marché importante dans les régions qu'ils desservent. [...] L'avenir est clair, les télécoms et les câblos s'affronteront.»