Alan Greenspan met le gouvernement en garde - Les États-Unis devront tailler dans leur programme de retraite

Alan Greenspan a demandé à la Chambre des représentants d’examiner deux pistes de solution: limiter l’ampleur des prestations ou retarder l’âge légal de la retraite.
Photo: Agence Reuters Alan Greenspan a demandé à la Chambre des représentants d’examiner deux pistes de solution: limiter l’ampleur des prestations ou retarder l’âge légal de la retraite.

Washington — Il va falloir tailler dans les retraites pour faire face au prochain départ des baby-boomers de la vie active, a averti hier le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Alan Greenspan dans une allocution alarmiste sur les perspectives budgétaires des États-Unis.

«Des ajustements importants des grands programmes d'assurance-vieillesse vont être inévitables», a martelé M. Greenspan lors d'une allocution devant la commission budgétaire de la Chambre des représentants. Le président George W. Bush a immédiatement affirmé que «les prestations ne devraient pas être modifiées pour les gens à l'âge de la retraite ou qui en approchent».

Le patron de la Fed n'a pas dit autre chose: pour les retraités ou bientôt retraités, «nous avons l'obligation d'honorer les promesses que nous leur avons faites», a-t-il assuré.

Pour les autres, un problème va très prochainement se poser de façon cruciale, avec le départ à la retraite de la génération du baby-boom, née après la Deuxième Guerre mondiale, qui pèsera sur les finances publiques d'une façon «sans doute impossible à affronter si aucune action n'est prise».

Dès 2008, une première vague de baby-boomers atteindra 62 ans, l'âge minimum pour prétendre aux prestations de l'assurance-vieillesse aux États-Unis, et lorsqu'ils auront 65 ans, en 2011, ils pourront également bénéficier de la couverture santé Medicare. Cela laisse prévoir une hausse des dépenses et donc du déficit qui appelle des «choix difficiles» — mais «la performance future de l'économie va dépendre de ces choix», a averti le président de la banque centrale.

Deux pistes

Parmi ces «choix difficiles», M. Greenspan a évoqué deux pistes: limiter l'ampleur des prestations ou retarder l'âge légal de la retraite. «Nous avons dans ce pays mis en place un système de prestations qui, en raison du nombre de retraités, demande un financement très important par rapport au produit intérieur brut potentiel», a-t-il souligné.

Le problème ne vient pas trop de la sécurité sociale — l'assurance-vieillesse — dont l'évolution est assez prévisible, mais de Medicare, car «nous n'avons pas la moindre idée des perspectives» de ce programme, a-t-il souligné.

Dans ce contexte la prudence veut selon lui qu'on coupe dans les prestations. «Un réexamen minutieux de nos dépenses, et au moins un certain ajustement de nos engagements, sont nécessaires», a-t-il martelé. L'autre piste est de retarder à 68 ans voire plus, l'âge minimum pour prétendre aux prestations retraites, a ajouté M. Greenspan lui-même âgé de bientôt 78 ans. «Même si l'âge était repoussé à 67 ans pour l'assurance-vieillesse, le ratio "années à la retraite sur années travaillées" augmenterait à long terme. Il est crucial d'ajuster le système pour stabiliser ce ratio», a-t-il ajouté.

Les États-Unis doivent s'attaquer au problème compte tenu de leur piètre situation budgétaire, chaque année battant un nouveau record de déficit depuis 2002, et M. Greenspan a souhaité une action «déterminée et efficace» pour ne pas risquer de compromettre la croissance. L'aggravation des déficits risque en effet de se faire au détriment de la croissance et du niveau de vie des Américains, a-t-il ajouté.

Reprise sur ses rails

Cette action «déterminée et efficace» face à la détérioration des perspectives budgétaires, s'inscrit toutefois dans un contexte de reprise économique remise sur les rails. «Les derniers indicateurs suggèrent que l'économie a pris un bon départ en 2004, et les perspectives sont bonnes d'avoir une croissance soutenue dans un avenir proche», a estimé M. Greenspan. Mais «ces perspectives favorables à court terme se développent dans un contexte d'inquiétudes croissantes pour les perspectives budgétaires», a-t-il souligné.

C'est pourquoi il a souhaité que «la détérioration des perspectives budgétaires» soit traitée de façon «déterminée et efficace». Déjà en 2003 le déficit avait atteint le niveau record de 375 milliards $US et il devrait se creuser à 521 milliards cette année. «Des ajustements importants des grands programmes d'assurance-vieillesse seront inévitables.»

Pour combler le déficit, il a également souhaité une meilleure maîtrise des dépenses plutôt qu'une hausse des impôts, même si le récent programme de baisses d'impôts du gouvernement a sans doute contribué à la détérioration du budget. «Des hausses d'impôts assez fortes pour répondre à nos problèmes budgétaires poseraient des risques importants pour la croissance économique» et il vaut mieux s'attaquer au problème «du côté des dépenses».

Baisses d'impôt

Le gouvernement de George W. Bush a lancé un vaste programme de baisses d'impôts, pour l'instant provisoire, et il fait campagne pour le rendre définitif, au grand dam des démocrates et des républicains conservateurs qui y voient l'une des causes du creusement des déficits.

Le président de la Fed a notamment souhaité une remise en vigueur d'un plafond autorisé de dépenses ou de la règle voulant que pour chaque dollar dépensé, il soit prévu de faire rentrer un dollar dans les caisses publiques.

M. Greenspan n'a pas parlé de la politique de taux de la Fed mais il a estimé que les hausses de la productivité et les surcapacités importantes de l'économie «devraient aider à garder l'inflation bridée». Les analystes prévoient généralement que la Fed ne remontera pas ses taux, actuellement au niveau plancher de 1 %, tant qu'elle ne verra pas de risque de reprise de l'inflation.