AECG: l’accord est signé, mais beaucoup reste à faire

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le premier ministre, Justin Trudeau, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont paraphé l’accord dimanche.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le premier ministre, Justin Trudeau, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont paraphé l’accord dimanche.

Le mélodrame wallon étant maintenant chose du passé, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, ont enfin pu apposer dimanche leurs signatures à l’Accord économique et commercial global (AECG). En dépit des accolades et des déclarations triomphantes, bien du travail reste néanmoins à faire pour que l’accord de libre-échange Canada-UE entre bel et bien en vigueur.

Après sept ans de négociations, après la signature de l’entente de principe en 2014 et celle marquant la fin des négociations en 2015, c’était, dimanche à Bruxelles, l’heure de la signature de l’accord de 1600 pages. Au cours des prochains mois, les Parlements canadien et européen devront donner leur aval pour que s’enclenche sa mise en oeuvre provisoire. Cette première ratification permettrait l’entrée en vigueur de 98 % des clauses de l’accord, mais pas moins de 38 Parlements, nationaux ou régionaux, devront ensuite faire de même pour que l’AECG entre en vigueur de façon permanente.

« Le travail ne fait que commencer », a reconnu M. Trudeau.

Le premier ministre n’a pas fait preuve d’amertume contre le gouvernement socialiste de Wallonie, qui avait semé l’espoir chez les opposants qui fleurissent en Europe, particulièrement en France, en Allemagne et en Autriche, en refusant jusqu’à vendredi de ratifier l’entente, qui touche 29 pays, soit 500 millions d’Européens et 35 millions de Canadiens.

« C’est un exemple d’un système qui fonctionne bien. Des gens ont soulevé des questions. On a travaillé ensemble pour démontrer que ces accords sont réellement dans l’intérêt de la classe moyenne et de ceux qui travaillent fort pour s’y joindre », a dit M. Trudeau.

Le négociateur en chef du Québec pour l’AECG, l’ex-premier ministre Pierre Marc Johnson, exultait en entrevue téléphonique au Devoir. « Cela fait dix ans qu’on s’y prépare. Pour le Québec, pour ses entreprises, pour les emplois, cela représente une augmentation des possibilités très importante. Autant par M. Trudeau que par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, la contribution du Québec à la négociation de l’Accord a été reconnue. On est très heureux », a-t-il dit de la capitale belge.

Plusieurs étapes

L’AECG devrait être facilement ratifié par le Parlement canadien. Mais cela ne sera pas le cas en Europe. Les 28 pays membres de l’UE et une myriade de gouvernements régionaux devront ratifier le texte, un processus qui pourrait durer plusieurs années.

De ce côté-ci de l’Atlantique, malgré un accueil très favorable, certaines inquiétudes demeurent. L’industrie laitière a ainsi appelé Ottawa à dévoiler rapidement le programme de compensations qu’il s’est engagé à mettre en place afin d’atténuer l’effet des pertes attendues dans ce secteur à cause de l’AECG.

L’UE pourra en effet importer 17 700 tonnes de fromages supplémentaires au Canada, dont 16 000 tonnes de fromages fins, soit l’équivalent de 30 % du marché des fromages fins au pays. « C’est une perte permanente de 2 % de la production laitière totale, soit plus que la production annuelle des quelque 300 fermes laitières du Saguenay–Lac-Saint-Jean », explique le président des Producteurs de lait du Québec, Bruno Letendre, rappelant que la fabrication canadienne de fromages fins est principalement concentrée au Québec.

Alors que le gouvernement Harper avait promis 2,4 milliards sur quinze ans pour couvrir les pertes de revenus des producteurs associées à la fois à l’AECG et au Partenariat transpacifique, les libéraux n’ont pas laissé filtrer les détails de leur plan. Les choses risquent de se préciser lors du passage du ministre de l’Agriculture, Lawrence MacAulay à Québec, d’ici deux semaines, croit son homologue provincial Pierre Paradis. « Ces compensations-là ne sont pas chiffrées à l’heure où on se parle », a-t-il reconnu dimanche.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, refuse de se contenter d’une promesse « vague ». « Ce qu’on veut, c’est une certitude. Malheureusement, le gouvernement Couillard s’en fiche et se contente d’une promesse. Ça prend un engagement chiffré, sérieux, certain pour protéger l’industrie laitière et fromagère du Québec », a-t-il soutenu, rappelant que le gouvernement Marois s’était engagé à entériner l’entente « seulement lorsqu’il sera satisfait de la compensation qu’Ottawa versera aux producteurs ».

La Coalition avenir Québec partage elle aussi ces inquiétudes. La porte-parole du parti en matière d’agriculture, Sylvie D’Amours, a dit que l’entente profiterait à certains producteurs québécois comme ceux qui cultivent les canneberges et les bleuets, mais qu’elle s’inquiète pour les fermes laitières. « Il faut qu’à la suite de la signature de cet accord, il y ait un engagement du fédéral d’offrir une aide financière aux agriculteurs d’ici, qui se démarquent avec des produits de qualité, souvent artisanaux. Il faut concurrencer les Européens à armes égales », a soutenu Mme D’Amours.

Hormis l’industrie laitière, la majorité des associations sectorielles ont applaudi à la signature de l’accord.

Industries

Pour l’industrie forestière, l’AECG représente un libre accès au marché dans les 28 pays signataires, et l’abolition des droits de douane imposés par l’Union européenne sur les produits forestiers et les produits du bois à valeur ajoutée. Il survient tandis que se poursuit le conflit commercial avec les États-Unis sur le bois d’oeuvre. Près de 50 % de la production québécoise de produits forestiers est actuellement exportée aux États-Unis, le principal marché de l’industrie. La signature de l’AECG constitue donc une occasion privilégiée de diversifier ses marchés, selon le Conseil de l’industrie forestière.

Même son de cloche dans l’industrie de l’aluminium, dont le Canada est le producteur mondial en importance.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante s’est également réjouie de la signature du nouveau traité bilatéral de libre-échange. « Le traité contribuera certainement à créer de nouvelles opportunités pour redonner de la vigueur à notre économie, […] et permettre de donner un coup de pouce à plusieurs PME », a souligné le directeur des affaires économiques, Simon Gaudreault.

13 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 31 octobre 2016 02 h 01

    HYPERCONCENTRATION DE LA RICHESSE, PHASE 2

    L'effet premier de la mondialisation a été et demeurera le fossé creusé entre le 1% le plus riche et les 99 % autres.

    La mondialisation n'est pas faite pour les populations, mais pour que les goinfres du profit sans limite et sans règle étendent leurs tentacules et siphonnent ce qu'il reste de vie sur Terre.

    Les traités de libre-échange continueront de nourrir l'exploitation de l'homme par l'homme, non pas parce qu'ils n'auraient pas pu être voués à la promotion de son avenir collectif, mais parce qu'ils sont dédiés à sa tenue dans l'esclavage.

  • Raynald Rouette - Abonné 31 octobre 2016 08 h 14

    Une démocratie représentative de façade?


    La conclusion du traité Canada/Europe et son psychodrame de dernière minute entretenu par les politiciens actuellement en poste et anciens, tant au Québec et au Canada laisse songeur!

    Combien de formules (déclarations) creuses ont été prononcées par ceux-ci et rapportées comme «vérités» dans les médias? Où se situe la réalité dans ces 1600 pages de ce traité?

    Qui en tirera le plus de bénéfices? Les multinationnales et son «overclass» ou seulement quelques autres privilégiés de la société?

    Est-ce qu'on a réglé les problêmes d'évasion et d'évitement fiscal! Les banques et multinationales paieront-elles leurs justes parts d'impôts dans chacun des pays et provinces concernés?

    Nos dettes collectives seront-elles remboursées un jour?

    Nos programmes sociaux seront-ils rétablis au niveau d'avant l'ALENA?

    Qui a le plus d'intérêts à ce que tout se décide dans l'ombre!

    Qui parmi les politiciens présentement en poste et anciens représentent-ils vraiment? Nous le serons bien assez tôt!

  • Jean-François Trottier - Abonné 31 octobre 2016 09 h 31

    Un document à usage général

    Puisque cet accord doit servir aux gens, les uns pour vendre plus, les autres pour payer moins cher, du moins ce sera la prétention de ses tenants, son texte doit absolument être publié dans son ensemble le plus tôt possible, longtemps avant son approbation inévitable par nos très Libéraux élus.

    Si Trudeau était si fier de le signer, alors qu'il nous le montre, et pas dans ses grandes lignes SVP.

  • Christian Gagnon - Abonné 31 octobre 2016 10 h 38

    Tristesssssse

    Jours tristes pour les citoyens qui ne font pas parti du 1% ! Encore un accord pour nous rendre esclave, potentile de destruction des gouvernements... ça va mal !

    • Pierre Bernier - Abonné 31 octobre 2016 16 h 05

      Hum !

      Pessimisme primaire ?

  • Steve Brown - Inscrit 31 octobre 2016 11 h 52

    Accord Canada-UE

    La seule chose intéressante dans ce genre de sommet c'est le gala de clôture.

    Steve Brown
    Charny