L’AECG officiellement signé à Bruxelles

Le président du Conseil européen, Donald Tusk (à gauche), le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker
Photo: John Thys Agence France-Presse Le président du Conseil européen, Donald Tusk (à gauche), le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker

Le Canada et l’Union européenne ont finalement signé l’Accord économique et commercial global (AÉCG), dimanche, mais cela n’empêche pas le premier ministre canadien Justin Trudeau de reconnaître qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.
 

M. Trudeau a dit espérer que la mise en œuvre provisoire de l’entente — qui nécessite seulement l’approbation des Parlements canadien et européen et non de tous les États membres de l’UE — pourra se réaliser d’ici quelques mois. Selon lui, cette ratification par les deux parlements permettrait l’entrée en vigueur de 98 % des clauses de l’accord.

   

Jusqu’à maintenant, les représentants canadiens et européens soutenaient que cette ratification pourrait mettre en œuvre 90 % du texte signé.

L’AÉCG touche plus de 500 millions d’Européens et 35 millions de Canadiens.

Sept ans de négociations 
Après sept ans de négociations ardues, M. Trudeau et les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, ont formellement signé l’accord de 1600 pages et son complément, l’Accord de partenariat stratégique (APS).

Le chemin menant à sa ratification complète sera long. Même M. Trudeau l’a reconnu en affirmant qu’il faudra plus qu’une simple cérémonie de signature pour que l’entente entre entièrement en vigueur. « Le travail ne fait que commencer, a-t-il dit. Il ne faut pas se contenter de signer des accords aussi difficiles et importants que celui-là. Il faut assurer le suivi. C’est ce que nous avons fait afin de donner des outils aux petites et moyennes entreprises. »

Le premier ministre n’a pas fait preuve d’amertume contre le gouvernement socialiste de la Région wallonne mené par Paul Magnette qui avait semé l’espoir chez les opposants qui fleurissent en Europe, particulièrement en France, en Allemagne et en Autriche, en refusant de ratifier l’entente. Le Parlement wallon a finalement levé le dernier obstacle avant la signature du traité en retirant son opposition, vendredi.

Le premier ministre a aussi souligné l’aide qu’il a reçue du gouvernement québécois de Philippe Couillard, présent à Bruxelles en compagnie d’un de ses prédécesseurs Jean Charest, un partisan de la première heure de l’entente.

Mais la délégation canadienne a pu constater que l’entente ne jetait pas l’ensemble de l’Europe dans une grande euphorie. Elle a été accueillie par un petit groupe d’opposants bruyants.

M. Trudeau n’a pas minimisé la grogne, mais il a ajouté que le rôle des dirigeants politiques était de la surmonter. « Le leadership ne rassurera pas uniquement nos concitoyens mais il servira d’exemple au reste du monde pour négocier des ententes commerciales qui bénéficieront à tout et chacun », a-t-il déclaré.

Ratification 
Les libéraux et les conservateurs étant pour l’entente, l’AÉCG devrait être facilement ratifié par le Parlement canadien. Mais cela ne sera pas le cas en Europe. Le Parlement européen devra approuver l’AÉCG. Les observateurs s’attendent à ce qu’il le fasse au début de 2017.

Mais les 28 pays membres de l’UE et une myriade de gouvernements régionaux devront aussi ratifier le texte de l’entente. Ce processus pourrait s’éterniser pendant plusieurs années et même dérailler. Le quotidien Le Monde rappelait dimanche que pas moins de 38 assemblées, nationales ou régionales, devront se prononcer dans les pays de l’Union.

Ce n’était pas la première fois que les autorités canadiennes et européennes sortaient les grandes pompes pour célébrer l’AÉCG. En octobre 2014, le prédécesseur de Justin Trudeau, Stephen Harper s’était rendu à Bruxelles pour signer l’entente de principe avec le commissaire européen d’alors, Jose Manuel Barroso. Onze mois plus tard, c’était au tour de M. Harper d’accueillir M. Barroso pour une nouvelle cérémonie de signature qui devait marquer la fin des négociations.

6 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 30 octobre 2016 10 h 19

    Traité avantageux pour qui exactement?

    Si ce traité de libre-échange est si avantageux pour les canadiens, comment se fait-il que nous n'en sachions rien! Pourquoi le tout a-t-il été discuté derrière des portes closes durant 7 ans, et que nous sommes toujours restés dans l'ignorance? Lorsque l'on sait que M. Charest et M. Johnson ont été étroitement liés dans les négociations, pour qui exactement discutaient-ils, pour l'ensemble des québécois ou pour leurs amis des affaires car on les sait très proches et même amis de la famille Desmarais, entre autre. Quels québécois seront considérés gagnants avec ce traité, s'il y en a, le 1% de la population, les pétrolières, les petites entreprises, le domaine de l'alimentation, et qu'en sera-t-il des lois environnementales? Nous savons déjà que les fromages européens vont entrer massivement mettant en péril notre propre industrie. La compensation promise sera-t-elle au rendez-vous? Combien d'autres domaines seront ainsi mis en péril? Comment pouvons-nous sortir gagnants face à toute l'Union européenne? Beaucoup de questions restent sans réponse, puisque on ne nous a pas informés! Si l'économie ne s'améliore pas, si des emplois se perdent au lieu de se créer, si nos PME se font avaler par de plus grosses entreprises européennes, nous aurons vite compris que nous nous sommes fait rouler dans la farine! L'avenir le dira, mais quand le citoyen n'a pas son mot à dire, on peut logiquement penser qu'il y a anguille sous roche, et que le Québec en sortira peut-être perdant!

  • Jacques D'aragon - Inscrit 30 octobre 2016 11 h 26

    Longue vie à l'accord !

    En tant que Canadien et Français, je suis enchanté de cet accord : il devrait permettre de faciliter les échanges, en particulier commerciaux. Chaque pays a ses points forts mais aussi des faiblesses. Par exemple, si l'Administration française copiait les méthodes de celle du Canada, cela serait un immense progrès ainsi que de grosses économies de temps et d'argent même si mes amis québécois auront du mal à me croire ! Et si le prix des ouvrages d'art comme les ponts québécois, s'alignaient sur ceux des Européens, cela ferait une très grosse diminution du coût, de 30 % au moins. Et on discute de milliards. Il faudra du temps mais cela viendra ! En attendant, continuons à profiter du sirop d'érable, du boeuf Angus AAA et des fromages français ou québécois. Bon appétit !

  • Claude Bariteau - Abonné 30 octobre 2016 12 h 38

    Initiateur le Québec, mon oeil.

    Le Québec n'a pas été l'initiateur de ce projet, mais le PM Charest qui s'y est lancé sans en avoir le mandat émanant du peuple québécois, fort plutôt de ses accointances avec la famille Desmarais et d’autres milieux d’affaires analogues du Canada et en Europe.

    Que le PM Couillard pose à ses côtés, que le fasse aussi le négociateur nommé par le PM Charest qui n’a jamais fait rapport aux élus de l’Assemblée nationale désireux d’y voir clair, voire de se prononcer au-delà d’un principe général, que le PM Trudeau-fils signe après l’accord donné par son ministre Dion sur les conditions du peuple wallon et de la Belgique ne révèlent qu’une chose : au Canada les provinces n’ont pas de pouvoir et ces personnes se sont auto-proclamées au-dessus du peuple québécois dont elles ont une conception qui renvoie au statut de sujets qui découle d’un régime politique monarchiste constitutionnel qu’elles privilégient.

    C’est ce que révèle cet accord pour le peuple québécois. Il est du même ordre que celui présumé pour rapatrier la constitution par le paternel du PM Trudeau-fils.

  • Gérard Garnier - Inscrit 30 octobre 2016 12 h 58

    A l'époque de Marco Polo, celui-ci fut certainement fort critiqué pour avoir ouvert les frontières et programmer la mort des artisans de Venise. On connaît la suite. Que ce soit les lecteurs du Figaro ou ceux du Devoir, la majorité prédit des catastrophes. Heureusement que les commerçants et les politiques sont présents pour construire l'avenir.

    • Yves Petit - Inscrit 30 octobre 2016 17 h 27

      Gérard, il semble bien que l'avenir sera fait de sable puisque ces pantins de la finance n'ont pas l'intelligence de voir que l'accroissement du commerce international, en plus de fragiliser les emplois, augmente le réchauffement climatique...ça c'est de la vision!

  • Yves Petit - Inscrit 30 octobre 2016 17 h 24

    Marché de dupes

    Les pantins rigolent. Ils viennent de s'assurer une job avec une grosse firme d'avocats internationale ou une banque une fois leur métier de marionnette terminé.