Les Belges font durer le suspense

Justin Trudeau n’avait toujours pas renoncé, mercredi, à se rendre à Bruxelles ce jeudi pour le sommet Canada-Union européenne visant à ratifier l’accord de libre-échange négocié depuis sept ans. Mercredi, les différentes parties de la Belgique n’avaient toujours pas convenu entre elles de textes à soumettre à leurs partenaires européens pour tenter de dénouer l’impasse.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau n’avait toujours pas renoncé, mercredi, à se rendre à Bruxelles ce jeudi pour le sommet Canada-Union européenne visant à ratifier l’accord de libre-échange négocié depuis sept ans. Mercredi, les différentes parties de la Belgique n’avaient toujours pas convenu entre elles de textes à soumettre à leurs partenaires européens pour tenter de dénouer l’impasse.

Les différentes parties belges ont échoué mercredi dans leurs discussions pour trouver une position commune et sortir de l’impasse qui bloque le traité de libre-échange entre Européens et Canadiens (AECG), rendant difficilement réalisable une signature de l’accord comme prévu jeudi à Bruxelles.

« Nous attendons toujours une réponse concrète de la part des entités fédérées », les régions et communautés belges pour l’instant divisées sur l’AECG, n’a pu que constater mercredi soir le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, à l’issue d’une énième réunion de concertation. « Nous allons nous revoir demain [jeudi] à 10 h pour définir ce qui va être dit au niveau de la Belgique lors des réunions européennes », a ajouté le ministre fédéral belge, qui s’est refusé à parler d’« échec ». La Belgique doit envoyer sa position dans la foulée aux ambassadeurs des 27 États-membres de l’UE à Bruxelles qui se réuniront jeudi à 11 h.

« Les textes sont là. La seule chose que le gouvernement fédéral attend maintenant, c’est que les régions nous disent exactement quelle est leur réponse », a répété M. Reynders en sortant de la dernière session de concertation, qui avait déjà été interrompue en fin d’après-midi pour que chaque partie puisse étudier les documents avant de reprendre vers 21 h.

 

Pour compliquer les choses, l’UE et le Canada sont censés tenir un sommet ce jeudi à Bruxelles pour signer officiellement le traité, en présence du premier ministre canadien, Justin Trudeau. « On le regrette, mais ce ne sera pas possible de tenir le sommet demain », a lancé le ministre-président de la région francophone de la Wallonie, le socialiste Paul Magnette, chef de file des opposants à l’AECG, en quittant, laconique, la réunion.

« Je suis certain qu’il ne sera pas possible de signer le traité demain. Par contre, je garde un bon espoir qu’il est possible de trouver un accord intrabelge et avec la Commission européenne afin de pouvoir soumettre une position belge aux autres pays membre de l’Union européenne », a renchéri de son côté Oliver Paasch, le ministre-président de la communauté germanophone.

Rencontre compromise

Les dirigeants des instances européennes se sont refusé jusqu’à présent à annuler le sommet UE-Canada de jeudi, mais la rencontre paraît désormais très compromise. Selon l’agence de presse Belga, le premier ministre libéral de Belgique, Charles Michel, a eu un contact dans la soirée avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour l’informer de la situation. Il s’entretiendra jeudi matin avec le président du Conseiùl européen, Donald Tusk.

Selon M. Paasch, ce sont « toujours les mêmes points » qui font l’objet d’un blocage. « On a des discussions techniques qui sont compliquées », a reconnu Rudy Demotte, qui représente la communauté linguistique française de Belgique [aussi appelée Fédération Wallonie-Bruxelles]. Pour lui également, le maintien de la cérémonie de signature de l’accord avec M. Trudeau, jeudi, à Bruxelles « paraît difficile ».

Depuis plusieurs jours, le gouvernement fédéral de centre droit tente en vain de convaincre la région francophone de Wallonie, la région de Bruxelles-Capitale et la « Communauté française » de revenir sur leur veto, qui bloque la signature de l’AECG par la Belgique et, en conséquence, par l’Union tout entière.

 

Les négociations entre les différents niveaux de pouvoir en Belgique s’intensifient depuis le début de la semaine, commencée sur un bref constat d’impasse. Mardi, les tractations ont duré six heures, avant de reprendre mercredi matin. « Les réunions se suivent et se ressemblent », s’est désolé mercredi Paul Magnette, qui persiste dans ses critiques à l’encontre du mécanisme d’arbitrage (ICS) instauré par le traité en cas de conflit entre un investisseur et un État. Il craint également que l’AECG ne dégrade la filière agricole, un enjeu majeur en Wallonie.

Ces longues tractations, dont sont coutumiers les responsables politiques belges, se font en présence d’un représentant de la Commission européenne, qui s’inquiète pour la crédibilité de l’UE sur la scène internationale et suit très attentivement le débat paralysant la signature des 28 avec le Canada. « Est-ce que nous pourrons signer l’accord avec le Canada demain ? On ne peut pas encore le dire. Au-delà de la date de signature, ce qui est important c’est que la Belgique trouve un accord », a estimé Jean-Claude Juncker devant le Parlement européen, mercredi, à Strasbourg.

La délégation canadienne qui devait se rendre à Bruxelles jeudi pour signer l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne ne quittera pas le Canada comme prévu mercredi soir. Un attaché de presse du gouvernement a confirmé en soirée mercredi que la délégation canadienne dirigée par le premier ministre Justin Trudeau n’irait pas en Europe pour l’instant. Alex Lawrence a tenu à préciser que le Canada était toujours prêt à signer le traité lorsque l’Europe le sera également.