Le Groupe Dorian réclamera l'aide financière des gouvernements - La relance du chantier Davie s'accélère

Le processus de relance du chantier naval des Industries Davie, à Lévis, va s'accélérer sous peu, alors qu'une rencontre des créanciers devrait permettre au syndic de faillite, qui gère le site de construction de navires depuis deux ans, d'accepter ou de refuser l'offre d'achat du Groupe maritime Dorian.

D'autre part, Le Devoir a obtenu copie de certains documents qui circulent dans les ministères économiques à Québec et à Ottawa, faisant état d'une demande d'aide variant entre 600 000 $ et 10 millions de dollars de la part du Groupe maritime Dorian pour relancer le chantier qui emploierait 2000 travailleurs dans les périodes de pointe.

Actuellement, le chantier met à l'oeuvre quelques centaines de travailleurs qui perdront graduellement leur emploi quand les deux derniers contrats accordés à Industries Davie en décembre 2002 arriveront à échéance. L'espoir de remettre à flot le plus gros site de construction naval au Québec repose donc sur le Groupe maritime Dorian, qui rassemble des investisseurs canadiens et grecs. Le consortium se présente avec des garanties de contrats de 160 millions de dollars pour la fabrication de huit navires pour la société grecque Bary Maritime, sans compter les commandes qui pourraient s'ajouter rapidement.

Aide gouvernementale

Dans une entrevue accordée au quotidien Le Soleil le 29 janvier dernier, les dirigeants du Groupe Dorian indiquaient qu'une aide gouvernementale s'imposait et que le temps pressait, puisque les bateaux pourraient voir le jour ailleurs si le chantier n'est pas modernisé bientôt.

Dans les bureaux du ministère du Développement économique et régional, à Québec, on signale qu'aucune évaluation du dossier ne sera entamée avant que le syndic de faillite n'autorise la vente. Même position dans les coulisses du parlement à Ottawa.

Selon le syndic de faillite Groupe Thibault Van Houtte et associés, une décision sur l'offre d'achat devrait être prise cette semaine ou au début de la semaine prochaine. «L'offre sera soumise [aujourd'hui] aux cinq inspecteurs qui représentent les créanciers, a expliqué au Devoir Patrice Van Houtte, associé responsable du dossier chez le syndic. Après cette date, soit l'offre est acceptée, soit il y a une contre-offre.»

Ce dernier confirme que le Groupe maritime Dorian et les représentants des gouvernements se sont déjà rencontrés pour discuter de l'aide financière demandée. Selon Patrice Van Houtte, ce volet ne concerne en rien le syndic de faillite, même si les ministres attendent le résultat de la rencontre pour commencer à négocier. «Ce qui risque d'arriver, si l'offre a du bon sens, c'est que les créanciers vont dire oui, ensuite le Groupe maritime Dorian ira voir les gouvernements pour demander de l'argent, dit-il. Ce sera alors aux ministres de voir si ça vaut la peine de mettre de l'argent pour créer les centaines d'emplois du projet.»

Une aide et des craintes

Le Groupe maritime Dorian n'a pas donné suite aux appels du Devoir hier. Mais selon les documents consultés, le soutien financier demandé par les investisseurs n'est pas énorme comparativement à d'autres projets de relance qui ont nécessité des dizaines de millions en aide du gouvernement, notamment l'usine Gaspésia (plus de 150 millions de dollars) ou encore l'usine Paccar, à Sainte-Thérèse (30 millions).

«[Chantier maritime Dorian] devra faire des ajustements au niveau de la structure de Davie Maritime, peut-on lire dans l'un des documents. Il demande donc au gouvernement de supporter le chantier de 6 à 10 mois à raison de 600 000 $ à un million par mois. En fait, le Groupe maritime Dorian désire que le gouvernement fédéral, ainsi que le gouvernement provincial, finance les frais d'opération jusqu'à l'automne 2004 et les améliorations nécessaires afin de permettre une production optimale.»

Tant à Québec qu'à Ottawa, on refuse de confirmer ces chiffres, préférant dire qu'aucune offre formelle n'a été déposée et que le syndic doit rendre sa décision avant d'aller plus loin.

Le document évoque aussi la possibilité d'aider le groupe avec des contrats de réfection ou de construction de navires. On peut également lire qu'Industries Davie a perdu deux contrats (Océanex et Shell) de plusieurs millions de dollars parce que le gouvernement du Québec n'a pas voulu donner de garanties de prêts cette année.

Des craintes sont bien présentes

Une source près du dossier a d'ailleurs confirmé au Devoir les craintes bien présentes au sein des deux ordres de gouvernement. «Les gouvernements sont tannés de donner de l'argent à la Davie, parce que chaque fois la relance n'a pas duré longtemps. Ça n'a pas généré de retombées à long terme depuis la première baisse de régime.» Cette fois, le projet doit donc être solide.

La dernière relance du chantier, en 1999, par le consortium formé de deux sociétés québécoises, Groupe Océan et Groupe Desgagnés, et de deux sociétés américaines, Syntek Technologies et Transnational Capital Ventures, avait laissé la Davie pratiquement sans le sou. Groupe maritime Dorian se présente quant à lui avec des garanties de contrats et un fonds de roulement certifié par une banque américaine de 15 millions de dollars.

Au début du mois de février, le syndicat des travailleurs du chantier a accepté les demandes du nouveau consortium qui désirait augmenter la productivité de 30 % grâce à des réaménagements de convention collective. Si les emplois sont au rendez-vous, le syndicat a notamment promis d'ouvrir le chantier 365 jours par année et de ne pas recourir à la grève pendant cinq ans.