Toujours pas d'entente dans le dossier de la Gaspésia

Québec — À quelques jours de la fin de la protection accordée par le tribunal, il n'y a toujours pas d'entente entre les partenaires dans l'usine Gaspésia, à Chandler. Le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, présentera de nouveau, aujourd'hui, le dossier au conseil des ministres, qui aura à trancher.

Michel Audet ne s'est guère montré optimiste hier. «C'est évident qu'il y a des dépassements énormes, très importants, et la rentabilité pour les partenaires n'est pas là», a affirmé le ministre au cours d'un point de presse.

La relance de la Gaspésia, soutenue par trois actionnaires — le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ, 50 %), la Société générale de financement (SGF, 25 %) et Tembec (25 %) —, est un projet de 500 millions qui fait face à des dépassements de coûts de 200 millions. Au moment où la société en commandite Papiers Gaspésia demandait la protection de la cour, le 30 janvier dernier, en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, les actionnaires et leurs prêteurs, dont Investissement Québec, avaient englouti 300 millions.

Le président de la SGF, Henri Roy, qui assistait à la commission parlementaire sur le rôle du gouvernement dans le capital de risque, à laquelle assistait également M. Audet, a indiqué au Devoir que les discussions se poursuivront toute la semaine et qu'une entente de dernière minute n'est toujours pas exclue.

Le Fonds de solidarité hésite à réinvestir sa part du dépassement de 200 millions, soit 100 millions. L'organisme a déjà radié les trois quarts de son investissement fait à ce jour de 70 millions et voulait limiter sa nouvelle mise de fonds à 65 millions. Le Fonds FTQ exigeait aussi qu'Investissement Québec convertisse son prêt en capital-actions, une somme prévue de 145 millions, tout en augmentant sa mise de 35 millions.

Décision périlleuse

Pour le gouvernement Charest, la décision est périlleuse, quelle qu'en soit l'issue. La formation libérale s'est présentée comme le parti des régions lors des dernières élections. Si le gouvernement coupe les vivres à l'usine Gaspésia et condamne le projet de relance, cette prétention électorale sera mise en doute, d'autant plus qu'il doit déjà éteindre les feux allumés au Saguenay par la fermeture de l'usine d'Abitibi-Consolidated et celle de l'usine d'Arvida d'Alcan.

En revanche, si le gouvernement décidait malgré tout de sauver l'usine Gaspésia, ce serait sans doute au prix d'un engagement étatique majoritaire dans le projet, ce qui contrevient aux principes des libéraux de Jean Charest. D'ailleurs, Michel Audet veut diminuer le rôle de l'État dans le capital de risque, a-t-il réitéré hier. Soulignant les pertes «de 500 à 600 millions» subies par la SGF et les sociétés Innovatech, le ministre a dit que l'objectif du gouvernement, «c'est de réduire cette part [de l'État] et d'y mettre plus de capital privé pour qu'au total on ait autant d'investissement mais moins de capital de risque public».