L'initiative de la SCHL suscite des craintes

Des associations de consommateurs s'étonnent de la volonté de la SCHL de permettre aux acheteurs de maisons de verser leur mise de fonds à partir d'argent emprunté.

La Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) a fait savoir lundi par voie de communiqué qu'à compter du 1er mars, elle permettrait aux acheteurs de maisons d'accumuler leur mise de fonds à partir d'autres sources que l'argent mis de côté à partir de leurs propres ressources financières.

Normalement, ceux qui veulent acheter une maison doivent verser une mise de fonds minimale de 5 % du montant de la maison en épargnant la somme requise ou à même leurs propres ressources financières. À partir du 1er mars, cette mise de fonds pourra provenir «de n'importe quelle source, notamment d'un emprunt ou des stimulants offerts par le prêteur», indique la SCHL dans son communiqué. La SCHL souligne toutefois que les emprunteurs devront toujours démontrer leur capacité à rembourser leur dette afin d'obtenir l'assurance hypothécaire.

«Ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle», s'est exclamée Louise Rozon, directrice d'Option consommateurs, au cours d'un entretien téléphonique. «Souvent, devenir propriétaire c'est un rêve. Et il ne faut pas que ce rêve-là devienne un cauchemar. Si on n'a pas réussi à se mettre un peu d'argent de côté et qu'on emprunte non seulement pour acquérir la maison, mais aussi pour la mise de fonds dont on a besoin, il y a des chances qu'on rencontre des difficultés dans l'avenir», opine-t-elle.

Option consommateurs dispense justement des cours sur le budget et apprend aux consommateurs la prudence et la modération en matière de finances.

Dépenses connexes

Mme Rozon rappelle que l'achat d'une maison suppose d'importantes dépenses connexes en plus du remboursement du prêt hypothécaire: frais de notaire, taxe de mutation, frais de déménagement, inspection de la maison, travaux de rénovation, taxes municipales, taxes scolaires, etc. «Nous, on voit que pour les gens qui ont un budget très serré, s'il arrive un imprévu, tout peut basculer. Et dans des situations où les gens ne sont plus capables de payer leur hypothèque, les banques ne se gênent pas pour reprendre possession de la maison», souligne-t-elle.

Mme Rozon signale que l'endettement des ménages est déjà à un niveau élevé. «Comme les taux [d'intérêt] sont très bas, ça favorise l'accès à la propriété, ce qui peut être quelque chose de positif. Mais si le moindrement on n'a pas de marge de manoeuvre et que les taux augmentent...»

À l'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) de l'est de Montréal, la conseillère budgétaire Marie-Hélène Legault voit aussi «une mauvaise nouvelle» pour l'endettement dans cette initiative de la SCHL. «Ça nous inquiète, admet-elle. C'est comme laisser percevoir que juste parce qu'il n'y a pas de mise de fonds, on est capable d'acheter.»

Selon Mme Legault, la SCHL aurait ainsi voulu concurrencer GE assurances-hypothèques qui a un produit financier similaire.