Ottawa aidera Bombardier

Navdeep Bains, ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Navdeep Bains, ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique

L’aide d’un milliard de dollars réclamée par Bombardier au gouvernement fédéral pour soutenir la commercialisation de la CSeries se fait toujours attendre, mais Ottawa demeure ferme sur ses conditions tout en montrant un degré d’ouverture plus grand avec le temps.

Le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, a clairement affirmé, mardi, lors d’une annonce à Montréal, que l’on avait désormais dépassé l’étape de la justification d’une aide fédérale. « Nous sommes à la table. Nous voulons trouver une solution et nous n’abandonnerons pas. Ce n’est pas une question de ‘‘si’’, mais bien de ‘‘comment’’ nous ferons l’investissement pour nous assurer d’un secteur aéronautique fort », a déclaré le ministre.

Cette nuance laisse croire que les négociations progressent, bien que ni le ministre, ni Bombardier ne veuillent se prononcer sur l’état des pourparlers, sauf pour dire qu’ils se poursuivent. Simon Letendre, porte-parole de l’avionneur, a indiqué à La Presse canadienne « qu’il y a des rencontres sur une base régulière » et que l’entreprise est « à la recherche d’une solution gagnant-gagnant pour continuer le développement du programme de la CSeries ».

Le ministre Bains a réitéré la position de son gouvernement dans le dossier, soit que l’aide sera conditionnelle au maintien du siège social au Canada, des activités de recherche et développement ainsi que des emplois manufacturiers reliés à la fabrication des appareils. « Nous voulons nous assurer que la décision sera conforme aux priorités que nous avons établies. […] Les emplois sont extrêmement importants », a-t-il martelé.

Le ministre Bains était venu annoncer un investissement qui pourrait atteindre 54 millions dans les projets de recherche en aéronautique d’un consortium dirigé par Bombardier. Le consortium regroupe 15 entreprises et universités dont, à Montréal, l’École Polytechnique et l’Université McGill. « Il faut aider l’université et l’industrie à travailler ensemble pour préparer les emplois de demain en ayant l’avion de demain », a pour sa part déclaré le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, qui était également présent à la conférence de presse, mais surtout à titre de député de Saint-Laurent, circonscription où Bombardier a plusieurs installations.

Le consortium doit pour sa part investir un montant équivalent à celui de l’aide gouvernementale, en l’occurrence une somme d’argent allant jusqu’à 54 millions également, mais le directeur principal de Bombardier en matière de technologies, d’innovation et d’ingénierie en aéronautique, Fassi Kafyeke, a indiqué que les investissements des partenaires privés iraient bien au-delà des 54 millions requis par le programme fédéral.

Le projet de recherche vise à développer, entre autres, des systèmes électriques de pointe devant remplacer les systèmes pneumatiques et hydrauliques traditionnels des aéronefs. Dans ce cas, on vise surtout à remplacer les commandes de vol mécaniques conventionnelles par des interfaces électroniques qui permettront aux ordinateurs d’avion d’effectuer des tâches sans l’intervention du pilote. D’autres projets de recherche concernent le développement de systèmes aérodynamiques visant à rendre les appareils plus écoénergétiques et plus silencieux.

Cependant, les sommes dont il est question ici seront consacrées à amener des idées déjà élaborées beaucoup plus loin dans leur développement, puisqu’on en est à ce que M. Kafyeke a appelé des projets « de démonstrateur technologique. Nous partons avec des technologies sur lesquelles nous avons déjà travaillé durant 5 à 10 ans. […] Maintenant, c’est la dernière étape pour dire : est-ce que ça fonctionne vraiment dans les circonstances dures que l’on retrouve sur un vrai avion », a-t-il précisé.

« C’est l’étape critique, là où beaucoup d’idées meurent », a-t-il rappelé, soulignant que, souvent, de bonnes idées ne peuvent être mises à l’épreuve en raison des coûts importants qu’impliquent leur réalisation et les essais devant en déterminer le bien-fondé.

3 commentaires
  • Alain Lavallée - Inscrit 12 octobre 2016 09 h 19

    Un exemple éloquent des coûts du fédéralisme canadien

    Le cas de la C Series est un exemple éloquent des coûts liés au fédéralisme canadien. Le fédéral dans ce dossier n'apporte qu'une incertitude très nuisible à Bombardier, tout cela parce que finalement la logique du fédéralisme canadien est centralisatrice, comme l'a montré Jane Jacobs.

    Ottawa va probablement cherche simplement un moyen de transférer le contrôle de Bombardier vers Toronto, ou tout au moins des emplois de pointe ( ex; R & D) comme l'exige la logique centralisatrice fédéralisante, d'une part et d,autre part, le gouv. Trudeau manque de courage et craint le Quebec bashing s'il soutient Bombardier.

    J'ai fait une longue analyse du cas de la C Series et des coûts du fédéralisme canadien, sur le site du journal Le Monde

    http://quebec.blog.lemonde.fr/2016/06/27/couts-du-

    • Alain Lavallée - Inscrit 12 octobre 2016 11 h 04

      J'ajouterai simplement qu'Ottawa en annonçant qu'il versera 54 millions $ en R & D à un consortium d'entreprises et d'universités , montre cette volonté de transfert vers le Canada hors Québec.

      Des 5 universités faisnat partie du consortium: 2 sont à Toronto, 1 à Vancouver - Victoria et

      1 au Québec francophone... l'Univ de Montréal

  • René Pigeon - Abonné 12 octobre 2016 11 h 07

    Comment amener l’industrie aéronautique du Québec à transférer ses activités en Ontario, se demandait un fonctionnaire ontarien.

    Il y a plusieurs années, j’ai participé à une réunion de fonctionnaires fédéraux et ontariens œuvrant au développement de l’industrie automobile, qui a pris une tournure inattendue. Soudain, d’une manière qui s’écartait de l’ordre du jour, le directeur de l’équipe des fonctionnaires ontariens se demande à voix haute ce que son ministère provincial de l’industrie pouvait faire pour amener l’industrie aéronautique du Québec à transférer ses activités en Ontario. Les fonctionnaires fédéraux et provinciaux coopèrent, comme il se doit dans une fédération ; mais, comme la question ne concernait pas l’industrie pour laquelle nous étions mandatés, les participants fédéraux n’ont pas répliqué à la question. J’ai tout de même remarqué que ce directeur, un fonctionnaire chevronné et visiblement respecté de ses pairs, n’a eu aucune gêne à énoncer son ambition de développer l’économie de sa province au détriment des concitoyens de la province voisine qui n’a pas le luxe d’attirer les investisseurs étrangers par la position géographiquement et politiquement avantageuse que nous lui connaissons tous. Cette ambition semblait partagée par ses collègues du ministère ontarien.

    L’incident s’est passé au temps du gouvernement libéral de Jean Chrétien.