Pas de hausse à 15 $, affirme Trudeau

Une affiche appelant à la hausse du salaire minimum à 15 $ brandie lors d’une manifestation, le 1er mai dernier
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Une affiche appelant à la hausse du salaire minimum à 15 $ brandie lors d’une manifestation, le 1er mai dernier

Les syndicats et les groupes de défense des plus démunis qui militent pour obtenir un salaire minium de 15 $ l’heure au Québec ont rencontré un nouvel écueil au moment d’annoncer vendredi une intensification de leur mobilisation. Après l’accueil tiède de Philippe Couillard, le premier ministre Justin Trudeau a rejeté tout changement, du moins pour l’instant.

M. Trudeau a indiqué vendredi avant-midi qu’il n’envisage pas de hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure pour le moment. Le premier ministre préfère aider les Canadiens avec l’allocation pour les enfants ou les investissements en infrastructures, a-t-il indiqué lors d’une séance de type questions-réponses organisée à Toronto par la société Thomson Reuters.

Cette prise de position pourrait compliquer la tâche des partisans du salaire minimum à 15 $, qui doivent également convaincre le gouvernement Couillard. Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a d’abord déclaré en août que le salaire minimum actuellement en vigueur au Québec est approprié, puis le premier ministre Couillard a dit être ouvert à un débat sur la question, sans en dire plus.

Les gouvernements provinciaux sont responsables d’établir le salaire minium sur leur territoire, tandis qu’Ottawa peut modifier celui des travailleurs employés par des entreprises réglementées par le gouvernement fédéral, comme les banques et les sociétés de télécommunications.

Bataille de l’opinion publique

« C’est sûr qu’on va taper sur le même clou des côtés provincial et fédéral pour tenter d’infléchir leur décision ou leur manque d’intérêt pour une discussion publique à ce sujet-là », a affirmé au Devoir le vice-président de la CSN, Jean Lacharité, en marge de l’annonce de dix journées d’action à travers le Québec pour informer et sensibiliser les citoyens.

La campagne « 5-10-15 », à laquelle prennent part la CSN, la CSQ, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), le Front de défense des non-syndiqués et le Collectif pour un Québec sans pauvreté, vise à obtenir le droit de connaître son horaire de travail cinq jours à l’avance, de disposer de 10 jours de congé payés par année et de toucher un salaire de 15 $ l’heure.

Les activités régionales feront place le 15 octobre à une grande manifestation à Montréal. Vendredi, les participants à la campagne ont symboliquement déposé des sacs d’arachides devant les bureaux montréalais du premier ministre Couillard et de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), laissant entendre que plusieurs Québécois travaillent « pour des pinottes ».

M. Lacharité explique qu’à défaut d’avoir le soutien immédiat des premiers ministres Couillard et Trudeau, la campagne a pour but de gagner la bataille de l’opinion publique.

« Pour nous, ce n’est pas qu’une question économique. C’est une question hautement politique qui a des implications sociales importantes. On ne peut pas continuer à accepter qu’il y ait des gens qui restent dans la pauvreté tout en travaillant », dit-il.

Pour et contre

Le débat sur le salaire minimum à 15 $ l’heure a été amorcé aux États-Unis, où des États comme la Californie ou New York ont décidé d’atteindre cette cible à plus ou moins brève échéance. Il s’est depuis transporté en territoire canadien, au point de convaincre le gouvernement de l’Alberta d’adopter le mois dernier un plan la menant graduellement à un salaire minimum de 15 $ l’heure en octobre 2018.

Au Québec, les syndicats trouvent sur leur chemin les organisations patronales, qui craignent essentiellement les impacts d’une telle mesure sur les PME. La FCEI et le Conseil du patronat du Québec estiment qu’une hausse du salaire minimum de près de 40 % exercerait une trop grande pression sur les coûts de main-d’oeuvre des petites entreprises.

« Avec une marge de profit d’à peine 3 %, par exemple, le propriétaire d’une auberge en région, du resto du coin ou d’une petite boulangerie devrait soit supprimer des heures de travail, voire des emplois, ou encore augmenter ses prix de façon significative pour assurer la survie de son entreprise », a fait valoir la vice-présidente de la FCEI, Martine Hébert, dans une lettre ouverte publiée en avril dernier.

Jean Lacharité, de la CSN, croit au contraire que les entreprises disposent d’une marge de manoeuvre suffisante pour bonifier les conditions salariales de leurs employés.

« En passant de 10,75 $ à 15 $ l’heure, les travailleurs feraient rouler encore plus l’économie. Ils augmenteraient leurs dépenses dans l’ensemble des régions du Québec et même les PME en profiteraient », fait-il valoir.

1 commentaire
  • Jean Jacques Roy - Abonné 8 octobre 2016 09 h 42

    La lune de miel est terminé!

    C'était prévisible, Justin Trudeau s'est fait défénitivement remettre au pas de l'establishment canadien et la vieille machine libérale s'impose de nouveau.

    Justin tout souriant avait promis un gouvernement de collégialité, peut-être sur des questions mineures!

    Mais non sur les questions majeures: la guerre, l'exploitation du pétrole et son exportation, le modèle et les choix économiques. Sur ces questions, Justin n'écoute plus ni la population, ni les gouvernement provinciaux et municipaux. Comme toujours ce sont les lobbies du monde de la finance et du commerce international qui dicte la conduite des libéraux de Trudeau.

    C'est la même logique qui s'applique lorsque Justin revient sur sa promesse d'augmenter le salaire minimum à 15$. Ce faisant, Trudeau se range du côté des élites et se rapproche des premiers ministres des provinces nullement intéressés à augmenter le salaire minimum!