L'éthique des banquiers sera scrutée à la loupe

La succession d'assemblées annuelles des grandes banques canadiennes commence aujourd'hui avec le rassemblement des actionnaires de la Banque de Montréal. Les investisseurs responsables ont mis la table pour plusieurs propositions: pendant que les questions environnementales progressent bien, sauf à la TD, les membres des conseils d'administration de plusieurs institutions se font questionner sur leur salaire en forte hausse.

Aujourd'hui, la Banque de Montréal (BMO) recevra des félicitations et un appui des investisseurs responsables sur le plan environnemental, mais également de sévères critiques et un non catégorique sur la proposition visant à hausser la rémunération des membres du conseil d'administration.

La BMO fait effectivement face à une proposition des actionnaires éthiques visant à forcer l'institution à produire un rapport indiquant précisément comment la banque évalue et gère les risques liés à ses placements en matière d'environnement. La BMO, bonne joueuse, recommande d'appuyer la proposition. «Le vote devrait être fort demain [aujourd'hui]», prédit François Rebello, directeur du Groupe investissement responsable (GIR), une division de Demers conseil.

La Banque de Montréal emboîte ainsi le pas aux autres grandes banques canadiennes, qui ont désormais presque toutes accepté d'évaluer les risques écologiques de leurs placements. Presque, parce que la Banque Toronto-Dominion (TD) résiste toujours. Cette année, elle a même refusé de soumettre la proposition. Les actionnaires ne pourront donc pas se prononcer sur le sujet à son assemblée du 25 mars.

«Ça isole la TD, c'est la seule banque au pays qui ne montrera pas patte blanche en environnement, souligne François Rebello. Ce n'est pas très bon pour son image. La TD juge qu'elle n'a pas à rendre de compte là-dessus. Quand une banque accepte la production d'un rapport environnemental, elle doit dévoiler les projets à risque et comment elle décide de ses placements. La TD ne veut pas aller jusque-là.»

Rémunération excessive des conseils

Autre sujet dans les différentes assemblées: la rémunération des membres du conseil d'administration. Dans la foulée des scandales financiers à la Parmalat et Enron, les actionnaires demandent aux gestionnaires de prendre leur rôle plus au sérieux et de vérifier les faits et gestes de la direction. Ces responsabilités supplémentaires doivent être payées, jugent les administrateurs. Plusieurs banques demandent donc que le plafond de rémunération soit augmenté.

C'est le cas de la Banque de Montréal, de la CIBC, de la Banque Nationale et de la Banque Scotia. La BMO demande à ses actionnaires la permission de hausser le plafond, donc l'enveloppe globale disponible, d'un million. Celui-ci passerait ainsi à trois millions de dollars par année. Cette augmentation de 50 % permettrait aux membres du conseil de toucher en moyenne 187 500 $ par année pour leurs services.

Scénario similaire à la Banque Nationale, où le plafond passerait de 1,3 à 1,8 million de dollars disponibles pour payer les gestionnaires du conseil. Une hausse de 38 % qui ferait passer la rémunération moyenne par année à 120 000 $ par administrateur.

La Banque Scotia, elle, n'y va pas avec le dos de la cuillère. Une augmentation du plafond de 2 à 3,5 millions donnerait aux gestionnaires une rémunération moyenne de 233 333 $ pour siéger au conseil. Une hausse de 75 %!

La palme de la rémunération revient toutefois à la CIBC, tant pour le président que pour les gestionnaires. Le plafond passerait de trois à quatre millions de dollars, soit une hausse de 33 %. Les 17 membres du conseil toucheraient en moyenne par année 253 294 $. «Ça veut dire environ 10 000 $ par réunion! soutient François Rebello. Les gestionnaires disent qu'ils ont plus de responsabilités, mais ils en avaient déjà, et ils étaient payés pour ça. Ils exagèrent un peu là! Si on change un membre du conseil, la banque ne fera pas faillite, il ne faut pas les retenir à tout prix.»

Le Groupe investissement responsable a recommandé à tous ses clients de voter contre les propositions des banques sur la hausse du plafond de rémunération des administrateurs. Il faut davantage pour justifier de pareille augmentation, juge le GIR.

Des justifications, le président de la CIBC, John Hunkin, devra aussi en fournir. Son salaire a fait un bond de 712 % en 2003, en excluant les options d'achat d'actions exercées. Avec les actions, l'augmentation de la rémunération globale se chiffre plutôt à 244 %. Ainsi, M. Hunkin aura touché 7,5 millions en 2003 (13,8 millions avec les actions exercées) et est donc le président de banque le mieux payé au pays.

Il est vrai que la croissance de la valeur du titre de la CIBC a atteint 53 % l'année dernière, «mais quand même!» affirme François Rebello. «La hausse est bien moins spectaculaire dans les autres banques, dit-il. Il faut que ça suive de plus près la croissance du titre. Et il y a un principe qu'il faut respecter: il ne faut pas rémunérer plus que ce qu'il faut pour garder la personne en place. Avec une hausse de 200 ou 300 %, il ne serait pas parti ailleurs pour autant. Pas besoin de donner 712 %.»

Le GIR recommande donc de voter contre cette augmentation spectaculaire. Pour ce faire, il faudra que les actionnaires se prononcent contre la réélection du comité de rémunération de la banque, soit les quelques administrateurs qui ont accordé la hausse. Dans ce cas-ci, il y a notamment Charles Sirois, l'ancien numéro un de Téléglobe.

Dernière tendance lourde cette année, les actionnaires des banques devront se prononcer pour la première fois sur un délai visant à empêcher les délits d'initié, ces ventes d'actions avant tout le monde de la part des dirigeants qui savent ce qui se dessine pour leur entreprise.