Consultation sur le rapport Brunet - Innovatech Montréal joue sa survie

Le «tout-capital de risque» a rendez-vous à Québec à compter d'aujourd'hui. Les mémoires des parties intéressées s'agglutineront autour du rapport Brunet sur le rôle de l'État québécois, qui vient redessiner ce mode de financement névralgique dans un contexte de capitaux publics de plus en plus rares et frileux. Si les dés sont, en définitive, jetés pour la SGF et Investissement Québec, les regards de l'industrie se déplacent sur Innovatech Montréal, dont on souhaite voir la pérennité confirmée. Au prix, s'il le faut, de sa privatisation.

La consultation publique sur le rapport du groupe de travail sur le rôle de l'État québécois dans le capital de risque s'amorce aujourd'hui sous l'égide de la Commission des finances publiques. Les travaux de la Commission doivent durer trois semaines et permettront de décortiquer les 76 mémoires reçus depuis le dépôt, en décembre dernier, du rapport du groupe de travail présidé par Pierre Brunet.

Trop d'État

Essentiellement, le groupe de travail a conclu à une trop grande présence de l'État dans le capital de risque. Il reconduisait, au passage, la pertinence de la Société générale de financement, mais en invitant à un recentrage de l'action de cette société d'État sur les grands projets de 100 millions et plus. Pour Investissement Québec, le groupe présidé par l'ex-dirigeant de la Financière Banque Nationale retenait un rôle confiné aux prêts et garanties de prêts. Pour les Innovatech, on allait dans le sens de leur abolition sur trois ans et de leur remplacement par de nouveaux fonds publics-privés articulés autour d'incitatifs fiscaux, non sans qu'elles obtiennent, dans l'intervalle, les 80 millions répondant à leurs besoins

supplémentaires.

Ce remodelage du paysage du capital de risque au Québec n'est pas sans inquiéter l'industrie. «Beaucoup d'efforts seront encore nécessaires pour favoriser la levée de nouveaux fonds spécialisés privés au Québec et [...] le temps presse afin d'éviter de créer un vide au niveau de l'offre de capital», a soutenu la semaine dernière Annie Thabet, présidente de Réseau Capital. Elle a rappelé, et déploré, que d'importants investisseurs institutionnels, tels la Caisse de dépôt, la SGF et les Innovatech «aient ralenti leur rythme d'investissement et puissent même être amenés à se retirer du marché du capital-risque». Ce qui ne serait pas sans menacer le segment névralgique de cette industrie, celui du capital de démarrage.

Innovatech Montréal

L'une de ces institutions, Innovatech Montréal, se démarque par sa stature et son envergure. Fondée en 1992 elle a, depuis, acquis cette maturité qui lui permettrait de couper ce cordon ombilical qui la relie au coffre de l'État, s'il est vide, et de s'en remettre à des capitaux privés. Du moins, «sa transformation est nécessaire», estime Claude Miron, un des gouverneurs de Réseau Capital. Il prône la transformation progressive d'Innovatech Montréal en un fonds de fonds. En une institution qui fournirait indirectement le capital-risque nécessaire, par l'intermédiaire de fonds privés. Une solution qui impliquerait cependant une réinjection de capitaux publics de manière à permettre à Innovatech Montréal de poursuivre sa mission le temps qu'elle puisse liquider de façon ordonnée son portefeuille, évalué au coût de 300 millions. Ce désinvestissement progressif permettrait de recycler ainsi les capitaux dégagés dans de nouveaux investissements stratégiques.

Ce scénario reprend une des deux grandes recommandations formulées par Innovatech Montréal. Outre la formation d'un fonds de fonds, avec pour mandat d'accroître la présence du secteur privé, on propose également d'examiner la privatisation éventuelle de ses opérations. Un tel scénario de privatisation avait déjà été élaboré et retenu par le gouvernement précédent au début de 2000. Il avait finalement été écarté l'année suivante, l'effondrement des valeurs technologiques en Bourse ayant créé une forte érosion de la valeur du portefeuille d'Innovatech.

On retient cependant de cette approche une relance plus rapide d'Innovatech Montréal sous l'injection de capitaux privés frais, un champ d'action plus grand avec l'apport de capitaux dits de suivi, et un partenariat avec le privé tant souhaité par le gouvernement. On retient également qu'il résulte de la privatisation de ce portefeuille une entrée de fonds immédiate dans les coffres de l'État.

Sans aller aussi loin, Claude Miron soutient qu'il serait dommage, voire dommageable de perdre un tel joueur. Qu'il y a bien le Fonds de solidarité qui joue un rôle, mais à part cela... «Sans compter toute cette expertise acquise par Innovatech Montréal depuis 1992», a-t-il ajouté.

Le débat est engagé autour de la pérennité d'une institution créée en 1992 par le gouvernement libéral de l'époque. «Ayant investi dans plus de 220 entreprises et participé à plus de 80 désinvestissements, Innovatech Montréal est à la fois un précurseur dans le financement de l'Innovation et l'une des sociétés de capital de risque les plus actives au Québec. Avec un portefeuille actuel de 130 participations et plusieurs partenariats étrangers, elle est également le partenaire de tous les autres investisseurs sur son territoire», prend-elle soin de rappeler, dans sa présentation.