Les coopératives agricoles se tournent vers l’international

Boris Proulx Collaboration spéciale
Ghislain Gervais, président de la Coop fédérée, demeure convaincu que les coopératives peuvent bien tirer leur épingle du jeu dans le grand bal des géants mondiaux en agriculture, malgré la forme de l’entreprise, qui n’est pas aussi flexible que celle d’un acteur non coopératif.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ghislain Gervais, président de la Coop fédérée, demeure convaincu que les coopératives peuvent bien tirer leur épingle du jeu dans le grand bal des géants mondiaux en agriculture, malgré la forme de l’entreprise, qui n’est pas aussi flexible que celle d’un acteur non coopératif.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec la mondialisation et l’ouverture des marchés viennent aussi de nouveaux défis pour le secteur agricole, qui doit sans cesse se dépasser pour augmenter sa productivité et sa compétitivité. Pour aider au développement des fermes québécoises, les coopératives agricoles d’ici doivent aussi s’adapter au même rythme. Pour ce faire, elles se tournent de plus en plus vers les partenariats internationaux pour faciliter l’accès à de nouvelles technologies, à des capitaux et à de nouveaux marchés.

La demande pour les produits agricoles n’est pas près de diminuer. Au contraire, avec la hausse de la population mondiale, les prévisions indiquent que les besoins en nourriture devraient exploser, notamment dans les pays en voie de développement. Pendant ce temps, les grands joueurs de l’industrie agricole mondiale se consolident toujours plus pour répondre aux nouveaux besoins. À ce chapitre, le Québec tente aussi de tirer son épingle du jeu.

Cette année, d’importantes consolidations dans le monde agricole ont retenu l’attention, comme l’acquisition du géant des biotechnologies Monsanto par l’allemande Bayer, ou encore la fusion entre les canadiennes Agrium Inc. et Potash Corporation of Saskatchewan. Le phénomène des consolidations n’est pas nouveau en agriculture, précise toutefois Ghislain Gervais, président de la Coop fédérée. « L’objectif est d’allonger la chaîne de valeur. On crée un plus gros joueur, qui contrôlera la production, la transformation et sera très fort jusqu’à la vente. » Par exemple, Potash Corp., le plus grand producteur d’engrais au monde, peut désormais bénéficier du vaste réseau de détaillants d’Agrium, ce qui génère des économies d’échelle.

Or, dans le secteur de l’agriculture, les coopératives occupent toujours une place centrale, notamment au Québec. Selon le président de la Coop fédérée, le plus grand joueur québécois en agriculture et la 24e coopérative agroalimentaire en importance dans le monde, la même dynamique s’applique aux coopératives et aux entreprises traditionnelles : elles doivent penser à établir des partenariats afin de croître.

« Comme nos membres consolident leur ferme, il faut s’adapter pour répondre à leurs besoins. Les coopératives aussi se consolident », soutient M. Gervais. Les nouveaux besoins des agriculteurs, notamment technologiques, nécessitent aussi d’importants investissements. Afin d’augmenter la rentabilité et la compétitivité de l’agriculture québécoise, il plaide pour que les coopératives se positionnent comme de grands joueurs sur l’échiquier mondial. « Pour mieux répondre aux besoins actuels, mais aussi aux besoins futurs des agriculteurs, il faut investir. Dans ce contexte, on n’a pas d’autre choix que de se consolider », explique M. Gervais. Récemment, forte d’un partenariat conclu avec une coopérative française, la Coop fédérée a pu mettre la main sur une technologie de rendement des moissonneuses-batteuses, faisant ainsi augmenter la productivité de certains de ses membres.

De nouveaux débouchés

L’autre intérêt principal pour les coopératives agricoles à conclure des partenariats internationaux est l’accès aux marchés. L’alliance avec des groupes déjà présents dans d’autres pays et d’autres continents permet à la coopérative de profiter d’un second réseau à l’étranger pour y vendre les produits québécois. M. Gervais cite, à titre d’exemple, un autre partenariat international, celui-là pour la commercialisation des produits agricoles à Singapour. « On s’allie avec un autre joueur pour aller ensemble là-bas, pour leur offrir une plus grande gamme de produits. Ce sont des débouchés supplémentaires pour les producteurs du Québec dans des marchés en forte croissance, qui sont de plus en plus dans les pays en développement. »

Sans entente de consolidation au pays ou à l’international, le Québec va « éventuellement se faire dépasser, se faire rattraper », craint-il. Puisque les grands joueurs mondiaux en agriculture sont désormais des géants, il est impératif, ici aussi, de devenir géant pour demeurer compétitif. « Pour se tailler une place au niveau international, on n’a pas d’autre choix que de devenir grand. C’est devenu essentiel pour livrer les produits requis, avec la qualité requise, dans les temps requis. »

Ghislain Gervais demeure convaincu que les coopératives peuvent bien tirer leur épingle du jeu dans le grand bal des géants mondiaux en agriculture, malgré la forme de l’entreprise, qui n’est pas aussi flexible que celle d’un acteur non coopératif. « Les coopératives n’ont peut-être pas la rapidité d’un partenaire privé, mais elles ont une vision à long terme. Quand on est sur un marché, on y reste longtemps. » Il reconnaît que le défi est maintenant de sensibiliser ses membres à l’importance de regarder vers l’international, un souci qui apparaît « de plus en plus » chez les agriculteurs.

Alliance avec des entreprises traditionnelles

Les coopératives ne s’allient pas nécessairement avec d’autres coopératives étrangères, mais plus souvent avec des entreprises privées qui n’offrent pas les mêmes services ou ne jouent pas sur les mêmes marchés. L’art est de trouver un partenaire qui sera complémentaire aux activités de la coopérative. Pour que le mariage tienne, « l’important est d’avoir les mêmes valeurs, les mêmes objectifs », souligne M. Gervais.

Pour relever le défi de trouver un bon partenaire, il n’y a pas de formule magique, explique-t-il : « Il faut se rencontrer, il faut jaser, pour s’assurer d’avoir une vision commune à long terme. » Le président de la Coop fédérée compte d’ailleurs sur le Sommet international des coopératives de Montréal pour rencontrer des partenaires potentiels. Il pourrait en résulter de nouveaux partenariats pour le Québec dans un horizon d’un à deux ans, estime-t-il.

Dans l’optique de l’augmentation de la population mondiale, et donc de la rareté des ressources agricoles pour les plus pauvres, les coopératives pourraient représenter la meilleure solution aux problèmes d’inégalités mondiales, croit Ghislain Gervais. « Notre succès vient du fait qu’on met le membre, l’être humain, au coeur du modèle d’affaires. » Le Québec, « un bel endroit pour avoir des ambitions internationales », pourrait ainsi faire partie de la solution aux enjeux contemporains en agriculture, grâce à ses coopératives.