Un acteur central des coopératives

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
« On ne regarde pas la rentabilité d’abord, mais plutôt si ça répond à un besoin dans la société et si on peut contribuer à améliorer tout ça. On va beaucoup plus loin et on accompagne davantage », précise Carole Verreault, directrice du service aux entreprises collectives et aux particuliers au centre de services de Québec.
Photo: IStock « On ne regarde pas la rentabilité d’abord, mais plutôt si ça répond à un besoin dans la société et si on peut contribuer à améliorer tout ça. On va beaucoup plus loin et on accompagne davantage », précise Carole Verreault, directrice du service aux entreprises collectives et aux particuliers au centre de services de Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopératives

La Caisse d’économie solidaire est partie prenante de nombreux projets de coopérative. Sa mission est de soutenir, de conseiller et surtout d’accompagner ses clients coopératifs et d’économie sociale pour qui, autrement, le financement serait difficilement accessible.

La Caisse a choisi de se consacrer exclusivement aux entreprises d’économie sociale et aux coopératives depuis 45 ans, « c’est une caisse de groupe et non pas de territoire, ce qui permet d’offrir des services dans toute la province. Nos services sont spécialisés, on connaît le langage coop, la structure coop et le réseau des coops pour pouvoir référer les gens. On est la principale institution financière des coops au Québec, on joue un rôle majeur », explique Carole Verreault, directrice du service aux entreprises collectives et aux particuliers au centre de services de Québec. La Caisse d’économie solidaire compte 15 000 membres, dont 3000 sont des entreprises collectives. Ce sont 500 millions de dollars investis dans le financement de ces entreprises, pour un volume d’affaires de 1,5 milliard.

Quand on remonte 45 ans en arrière, on se retrouve dans les années 1970, où, pour contrer les prêts usuraires offerts aux plus mal pris, la CSN ouvrait sa propre caisse, allait vers les gens et offrait de vrais prêts à des coûts abordables. La Caisse s’est associée avec la CSN, non pas nécessairement « pour faire du financement, mais pour avoir un monde plus juste, solidaire et équitable et faire en sorte qu’il y ait plus d’entreprises d’économie sociale et plus de coops sur le territoire du Québec », ajoute Carole Verreault. La Caisse résulte donc d’une fusion avec la Caisse d’économie des syndicats nationaux de Montréal, en 2000, à laquelle s’est jointe en 2002 la Caisse d’économie de Lanaudière. En 2004, les membres de la Caisse adoptent le projet coopératif actuel et le nom de Caisse d’économie solidaire Desjardins.

La Caisse d’économie solidaire occupe évidemment une place particulière dans le monde de la finance : « On n’accueille pas les projets de la même façon que les autres, on ne regarde pas la rentabilité d’abord, mais plutôt si ça répond à un besoin dans la société et si on peut contribuer à améliorer tout ça. On va beaucoup plus loin et on accompagne davantage », précise la directrice.

L’accompagnement est le maître mot ici. Les conseillers s’occupent de moins de dossiers parce qu’ils passent beaucoup de temps avec chacun de leur client. « On tente d’abord de voir le rêve qui est derrière chaque projet », raconte Carole Verreault, qui ajoute que c’est ce qui « prend du temps. On prend les documents, le plan d’affaires et on regarde ce qui anime le groupe. On pose beaucoup de questions au sujet de la gouvernance et on regarde l’ancrage dans le milieu, parce que ça fait partie de la réussite. »

Il ne faut pas oublier que, malgré tout, la Caisse d’économie solidaire est une institution financière avec la même réglementation et les mêmes obligations que toutes les autres. « Ce qui est différent, c’est que, quand les gens arrivent avec un projet, c’est notre connaissance de la formule coopérative qui nous permet d’aller plus loin dans l’analyse du projet et dans l’écoute du besoin. On travaille beaucoup en réseau avec les autres acteurs du mouvement coopératif », précise Carole Verreault.

Même si tous les projets coopératifs ne réussissent pas toujours à se bâtir, les chiffres montrent que « leur taux de réussite est quand même cinq à dix fois plus élevé que celui des entreprises privées… Mais, quand ça va mal, on ne jette pas l’éponge, tout ce que ça nécessite, c’est d’avoir de la patience et de pouvoir se parler, tous les créanciers et les partenaires de ce grand réseau. Je dirais qu’on sauve à peu près toutes les coops quand on travaille comme ça », affirme fièrement Carole Verreault.

Une fédération de coopératives

Le Café Campus, le Théâtre Parminou, Promo plastik : trois coopératives de travail dont les noms ne nous sont pas étrangers. Elles comptent parmi les membres de RÉSEAU, une Fédération de coopératives de travail. RÉSEAU se donne pour mission de favoriser le développement du plus grand nombre de coopératives en milieu de travail au Québec. Sa directrice, Isabel Faubert-Mailloux, raconte son lien avec la Caisse d’économie solidaire : « C’est un partenaire de longue date pour l’accompagnement des groupes. » RÉSEAU offre des services autant en démarrage de nouvelles coopératives qu’aux entreprises en marche, et la Caisse a souvent participé aux ateliers de simulation devant des financiers.

Depuis la création de RÉSEAU, en 2007, une entente avec la Caisse fait en sorte qu’elle rembourse la cotisation de la première année aux membres, dans le but de « favoriser l’adhésion des coopératives à un réseau », ajoute Isabel Faubert-Mailloux.

« La Caisse a une préoccupation particulière pour être vraiment proche des groupes, on le sent beaucoup. Ce ne sont pas que des financiers, ce sont des financiers accompagnateurs à visage humain. »

Une coop au nord du Nord

« On représente quatorze villages nordiques et, dans chaque village, on trouve le magasin coop de vente en gros et au détail. En gardant en tête le développement durable et l’économie locale, on fournit tous les services bancaires rattachés aux membres, parce qu’ici il n’y a pas de banque », explique Sokchiveneath Taing Chhoan, directeur principal, développement économique, de la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec. Dans le Nord, la seule banque est à Kuujjuaq, et les autres villages sont desservis par la coop.

Depuis plus de 20 ans, la Fédération fait affaire avec la Caisse d’économie solidaire, « elle finance la plupart des projets des coopératives et ceux de la Fédération », ajoute celui qu’on nomme tout simplement Chhoan. Une équipe de la Caisse se consacre aux projets des coopératives de la Fédération. On parle ici de chiffres importants : les actifs d’un plan quinquennal frôlent les 60 millions.

Depuis neuf ans, le gouvernement du Québec exige d’un citoyen qui reçoit un crédit de solidarité d’être titulaire d’un compte bancaire. « Depuis ce temps, la Caisse a commencé à offrir des services bancaires en partenariat avec la Fédération. Sous plateforme Desjardins, la Caisse gère presque tout et nous faisons le pont entre le site local et la Caisse. » Seize Inuits travaillent pour les centres de services bancaires dans les 14 villages où les guichets sont situés dans les magasins coop. « En quatre ans, on a atteint 5500 comptes », rappelle le directeur.

Malheureusement, la Caisse s’est retirée il y a deux ans… Le projet aura duré sept ans : « Le plan de match au départ devait faire en sorte de mettre sur pied une caisse autonome en trois ans », explique Chhoan. Pour y arriver, il aurait fallu que toutes les entreprises de la région participent… Ça n’a pas été le cas. Les comptes sont encore actifs, mais il n’en reste plus que 3000, qui seront maintenus, mais aucun nouveau compte ne s’ouvre plus.

Cette chance ne se représentera peut-être plus, mais le directeur garde espoir de voir un jour des actifs autochtones appartenir vraiment aux autochtones.

À voir en vidéo