Les coopératives interpellées par les enjeux de société actuels

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Anne Gaboury et Sylvia Okinlay-Paraguya (Philippines), respectivement p.-d.g. de Développement international Desjardins et présidente de Proxfin, sont entourées dans l’ordre de partenaires de Proxfin provenant de la Lituanie, du Paraguay et de la Zambie.
Photo: Desjardins Anne Gaboury et Sylvia Okinlay-Paraguya (Philippines), respectivement p.-d.g. de Développement international Desjardins et présidente de Proxfin, sont entourées dans l’ordre de partenaires de Proxfin provenant de la Lituanie, du Paraguay et de la Zambie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopératives

Guy Cormier est devenu le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, il y a quelques mois. Il milite en faveur d’un alignement sur les valeurs coopératives d’origine de cette institution québécoise. Le Devoir a recueilli ses propos dans le cadre du Sommet international des coopératives 2016.

Le Sommet de 2016 demeure une initiative de Desjardins, dont les racines sont encore ancrées dans sa mission première malgré l’énorme poids financier acquis par le Mouvement. Il en va de même alors que plusieurs des enjeux de société actuels interpellent le monde coopératif, de l’avis du plus jeune président de son histoire.

Guy Cormier les nomme : « Il y a ces questions que nos populations se posent sur le développement durable, sur une économie encore plus humaine et inclusive, sur la création et le partage de la richesse, sur des valeurs reliées à l’entraide, à la solidarité et à un monde meilleur. » À travers tous les nouveaux défis planétaires de cet ordre, « je constate que le modèle d’entreprise dominant traditionnel a démontré certaines difficultés à répondre à l’ensemble des besoins des parties prenantes, qu’il s’agisse des employés, des membres clients, des gouvernements, de l’État ou de la société au sens large ».

Au-delà de la mission de base

Le p.-d.g., malgré son jeune âge (46 ans), appartient au secteur coopératif depuis maintenant près d’un quart de siècle ; il est maintenant convaincu que les valeurs du modèle coopératif semblent correspondre aux préoccupations qui sont en émergence dans la société ; celles-ci relèvent « de la solidarité, de l’entraide, de la prise en charge et de l’argent au service des personnes en termes financiers ». Il croit par conséquent que « les coopératives de services financiers, de travailleurs, d’habitation ou agricoles — en travaillant encore mieux ensemble et en s’alliant collectivement — jouissent d’un pouvoir qui est très très important ».

Il en veut pour preuve la taille imposante du Sommet 2016 : plus de 100 pays représentés et plus de 2500 participants appartenant à des coopératives de toute nature situées aux quatre coins du globe : « Ce Sommet s’intègre très bien dans une vision où la coopérative, au-delà de sa mission essentielle, joue un rôle dans la société qui est encore plus grand ; elle possède un “ pouvoir d’agir ” et une réelle capacité d’avoir un impact, d’influencer et de faire grandir des personnes de différents horizons, et cela, au-delà de faire des excédents et de réaliser des profits. Voilà en quoi on rejoint totalement les besoins de la population. »

De Paris à Québec

À titre de vice-président finances des caisses, le p.-d.g. actuel a participé au G 20-Y (génération Y) à Paris, en 2011. À cette occasion, 500 délégués de grandes entreprises ont échangé sur de grands enjeux mondiaux avec de jeunes leaders issus de 18 pays, en marge du sommet du G-20. Guy Cormier constate déjà à cette époque que « la télécommunication instantanée à travers le monde, jumelée à la globalisation des marchés, ne pouvait pas être le seul remède à tous les problèmes ou à tous les maux de la planète ».

Il en est ressorti « qu’il importe de mettre en place des mécanismes qui servent aux gens à coopérer réellement sur des dimensions non seulement financières, mais aussi sur celles qui touchent l’évolution de nos sociétés, des différentes économies et du monde au sens large ».

De même, il est alors apparu, au cours des travaux, que des économies dynamiques et en croissance émergeaient de plus en plus dans certains pays comme la Chine, l’Inde et l’Indonésie ; sans l’apport de la coopération, il y avait un haut risque que celles-ci créent de nombreuses inégalités : « Il y aura une grande partie de ces populations qui n’auront pas accès aux services financiers. » Pour pallier cette lacune, les coopératives figuraient comme la solution appropriée.

Dans ce sens-là, il se réjouit de la richesse du programme du Sommet de Québec, qui accueillera des conférenciers renommés : « Ce sont des personnes qui expriment une opinion soit sur les inégalités sur le plan économique, soit sur la géopolitique mondiale et sur la nécessité de se tourner vers un renouveau économique qui est beaucoup plus inclusif sur certains aspects. » Déjà en 2011 apparaissaient de telles problématiques, qui sautent aux yeux aujourd’hui.

Desjardins à l’échelle mondiale

Développement international Desjardins (DID) est devenu une composante du Mouvement en 1970 et représente une grande source de fierté pour le nouveau président : « On a réuni des partenaires et on a développé une expertise et une capacité d’intervention qui font maintenant qu’on est présent dans plus de 25 à 30 pays ; à ces endroits-là, il n’y avait pas la connaissance fine de lancer des coopératives financières, pour soutenir des individus dans leurs activités quotidiennes, et de petites entreprises, dans leur démarrage et leur fonctionnement. »

Ce sont des employés du Mouvement qui se mobilisent dans DID pour en exporter l’expertise : « Ils sont présents dans tous ces pays où ils séjournent pour des périodes d’un à deux ans, pour aider les populations locales à se prendre en charge et à développer un projet. » Desjardins reçoit « des remerciements incommensurables » de la part des gens de ces pays-là : « On leur a apporté de bonnes choses sur le plan de l’économie et des enjeux sociaux et on va continuer de le faire. »

Dans le sillage de DID, Proxfin, le réseau d’expertise en finances de proximité, voyait le jour il y a une dizaine d’années. Ce réseau international compte aujourd’hui dans ses rangs 30 institutions et 10 millions de membres. Il a pour but de favoriser les échanges entre individus et institutions : ce partage d’informations, sur la gestion des risques, sur l’intercoopération, sur les performances ou sur d’autres sujets connexes, consolide leur existence et assure leur développement.

Là encore, Guy Cormier se réjouit de l’existence de ce réseau : « On contribue de cette manière à un rayonnement mondial. On le fait en relation avec notre mission d’éducation financière, de solidarité et d’entraide. Il est clair pour moi que DID et Proxfin sont des sources de fierté. »

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