Le mouvement coopératif s’engage pour les Objectifs de l’ONU

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
La lutte contre la faim dans le monde fait partie des Objectifs de développement durable.
Photo: Albert Gonzalez Farran AFP La lutte contre la faim dans le monde fait partie des Objectifs de développement durable.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopératives

Le Sommet international des coopératives de 2016 promet de déboucher, le 13 octobre prochain, sur des solutions concrètes pour atteindre les Objectifs de développement durable. Entrevue avec Stéphane Bertrand, directeur général de l’événement.

À l’issue du Sommet international des coopératives, qui se terminera le 13 octobre prochain à Québec, le mouvement coopératif et mutualiste devrait proposer, à travers une déclaration, des solutions concrètes pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), adoptés par les pays membres des Nations unies, le 25 septembre dernier, dans le but d’éradiquer la pauvreté, de protéger la planète et de garantir la prospérité pour tous. Ces 17 objectifs, qui poursuivent la mission amorcée par les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) entre 2000 et 2015, visent notamment, d’ici 2030, l’élimination de l’extrême pauvreté et de la faim, la réduction des inégalités, la préservation et la restauration des écosystèmes, ainsi que l’établissement de modes de consommation et de production durables.

Le 13 octobre, des séances de discussions seront tenues à Québec, dans le cadre du Sommet international des coopératives, afin de trouver des solutions pour répondre à ces objectifs par le biais des entreprises collectives. Des représentants de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de la Banque mondiale seront présents.

« Ce ne seront pas des paroles dans les airs ni une réflexion qui ne va mener nulle part. C’est une réflexion qui va mener à des engagements et à des projets concrets, puis à des choses fermes qu’on va mesurer et dont on va regarder l’évolution dans le temps », assure, à l’autre bout du fil, Stéphane Bertrand, directeur général du Sommet international des coopératives. Le suivi, affirme-t-il, sera assuré par le Sommet international des coopératives et l’Alliance coopérative internationale (ACI). Il souhaite que le mouvement coopératif et mutualiste devienne ainsi « le premier groupe économique mondial à s’engager résolument à atteindre les Objectifs du développement durable ».

Le pouvoir d’agir

Même le thème de cette troisième édition, le pouvoir d’agir, semble vouloir appeler les coopératives à bouger. Est-ce parce que les solutions concrètes auraient manqué dans les précédents sommets, en 2012 et 2014 ? « Non », rétorque M. Bertrand, avant de préciser que chaque édition a été très différente. De plus, il évoque le fait que, en matière de reconnaissance, le mouvement coopératif est « parti de plus loin qu’on pensait », ce qui explique pourquoi cet enjeu avait été omniprésent lors des deux autres événements.

« En 2012, on s’est aperçu très vite que les gens avaient une méconnaissance du mouvement coopératif. Ce fut un sommet davantage axé sur la reconnaissance de l’ampleur du mouvement coopératif dans les pays et dans le monde. »

En 2014, le Sommet tablait sur la question de l’innovation. Il poursuivait ainsi sa quête vers une meilleure reconnaissance, mais cette fois-ci dans la perspective de prouver la pertinence de son modèle dans le monde d’aujourd’hui. « Les coopératives souffrent souvent de préjugés [les dépeignant] comme un système un peu vieillot qui n’a pas su évoluer, indique M. Bertrand. En 2014, c’était de montrer aux gens que ce n’est pas désuet et que c’est quelque chose d’extrêmement performant, voire quelque chose qui répond aux nouvelles tendances que l’on voit, soit des entreprises beaucoup plus humaines, plus proches des gens, qui respectent leurs employés. »

Ce sommet avait débouché sur une déclaration dans laquelle les coopératives et les mutuelles prenaient sept engagements. On pouvait y lire que les coopératives devaient exercer davantage leur influence auprès du B20, du G20 et des grandes organisations internationales, afin de faire reconnaître leur leadership, être innovantes, plus fortes et plus nombreuses pour répondre aux besoins des personnes et des sociétés, contribuer de façon significative à la sécurité alimentaire, poursuivre leur rôle de créateur d’emplois de qualité, intensifier leur action pour favoriser l’accès aux soins et aux services de santé, poursuivre leurs efforts pour assurer l’universalité de l’accès aux services financiers et contribuer à la formation d’une communauté scientifique « servant les intérêts à long terme du développement durable ».

Sept engagements

Au sujet du premier engagement, qui consistait à renforcer son influence auprès des organisations internationales, M. Bertrand répond « mission accomplie ». Il constate aussi que plusieurs pays ont revu, dans les dernières années, leurs lois qui encadrent les coopératives, afin de favoriser une meilleure croissance des entreprises collectives. « Ça, c’est un gain majeur », juge-t-il.

Quant aux six autres engagements, il affirme qu’il y a eu des avancées dans tous les secteurs, sans vouloir révéler les résultats des études à ce sujet, qui seront dévoilés lors du Sommet. « Évidemment, il y a beaucoup de travail à faire. Ce n’est pas quelque chose qui se fait, qui se réalise et puis on passe à autre chose. C’est un travail continu, qui se perpétue dans le temps. »

À la veille de ce troisième sommet, est-ce que les défis du mouvement coopératif et mutualiste sont différents ? « Les coopératives sont des entreprises comme n’importe quelle autre, donc elles ont des défis économiques et financiers, des défis de marché, d’innovation, d’adaptation aux nouvelles réalités et à la nouvelle économie dans son sens large. C’est un défi de tous les jours », observe-t-il. Même si les coopératives ont semblé avoir traversé avec plus de succès l’instabilité économique qui a suivi la crise financière de 2008, M. Bertrand prévient que « ce n’est pas parce qu’on est résilient qu’on passe à travers tout. Il faut être extrêmement alerte à tous ces changements qui se passent autour de nous. L’économie mondiale est dans une reprise, mais tout demeure extrêmement fragile. »

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