Faire rayonner le mouvement

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le mouvement coopératif a déjà pris de l’ampleur au cours des 10 dernières années. Aujourd’hui, il représente 3000 milliards de dollars de revenus annuels, plus de 250 millions d’emplois à travers la planète, plus de trois millions d’entreprises et un milliard de membres.
Photo: IStock Le mouvement coopératif a déjà pris de l’ampleur au cours des 10 dernières années. Aujourd’hui, il représente 3000 milliards de dollars de revenus annuels, plus de 250 millions d’emplois à travers la planète, plus de trois millions d’entreprises et un milliard de membres.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopératives

Quelque 2500 personnes venues des quatre coins de la planète sont attendues à Québec, du 11 au 13 octobre prochain, pour la troisième édition du Sommet international des coopératives. Trois jours de rencontres, d’échanges, de partage d’expériences et de développement de partenariats, avec, en ligne de mire, la volonté de faire rayonner le mouvement afin qu’il prenne véritablement sa place dans l’écosystème économique mondial.

« Le mouvement coopératif agit de façon très concrète auprès des personnes et des communautés à travers le monde, explique Monique Leroux, présidente de l’Alliance coopérative internationale, coorganisatrice du sommet. Mais il ne fait pas les manchettes des journaux tous les jours. On fait notre travail sur une base discrète, efficace, parfois humble. Mais c’est important de faire rayonner le modèle, car, si l’on regarde les défis d’aujourd’hui, les inégalités sociales et économiques, les changements climatiques, l’éducation, la démocratie et j’en passe, le mouvement coopératif a des solutions à apporter. »

Ce sera d’ailleurs une des grandes thématiques de cette rencontre que de contribuer à atteindre les Objectifs de développement durable de l’Organisation des Nations unies (ONU). Inclusion financière, sécurité alimentaire, pauvreté, etc., autant de sujets qui reviendront régulièrement dans les conférences et autres tables rondes.

« Nous devons trouver le moyen d’accroître notre pouvoir d’agir, estime Mme Leroux. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère économique. Économie de partage, économie de collaboration, économie circulaire. Par son essence même, le mouvement coopératif fait partie de cette nouvelle manière de consommer et de faire des affaires. Il est grand temps qu’il prenne la place qui lui revient. »

Un mouvement qui a déjà pris de l’ampleur au cours des 10 dernières années. Aujourd’hui, il représente 3000 milliards de dollars de revenus annuels, plus de 250 millions d’emplois à travers la planète, plus de trois millions d’entreprises et un milliard de membres.

« C’est extrêmement robuste, souligne l’ex-présidente du Mouvement Desjardins, lui-même coorganisateur du sommet. Je crois beaucoup au concept de l’économie plurielle. Ce concept est fort simple : il part du principe qu’on ne peut regarder seulement l’économie, qu’il faut se pencher aussi sur la société. Ça nous prend des pouvoirs publics, des gouvernements qui établissent des politiques responsables ; ça prend des entreprises privées qui apportent du développement et de l’emploi ; mais, entre les deux, le mouvement coopératif, sorte d’hybride entre les deux avec ses caractéristiques de long terme et de décisions collectives, apporte énormément de résilience et de diversification. C’est fondamental pour une société. »

Mme Leroux rappelle, par exemple, que les coopératives ont bien négocié la crise financière de 2008.

« Les entreprises qui ont eu à être rachetées par les pouvoirs publics, ce ne sont pas les coopératives, martèle-t-elle. Au contraire, elles ont été en mesure, pendant la crise, d’augmenter leurs parts de marché, alors que d’autres se voyaient dans l’obligation de se retirer. Ce sont des entreprises qui ont des modèles de long terme, qui ont un engagement de développement durable, qui ne sont pas sujettes à des prises de contrôle hostiles, la propriété étant partagée et généralement protégée par la loi. Ça lui donne un visage humain, il y a une dimension de confiance très importante. »

Un membre, une voix

Visage humain, visage démocratique aussi, puisque toute coopérative est basée sur le principe « un membre, une voix ».

« À partir du moment où, comme membre d’une coopérative, on décide de participer, peu importe le montant de capital qu’on va y investir, on va être reconnu, souligne Monique Leroux. Ça, c’est extrêmement puissant. C’est aussi un modèle d’affaires qui permet de faire de l’éducation en action. Quelqu’un qui est actif dans une coopérative agro-alimentaire ou une coopérative financière, quelle que soit sa taille, s’il en devient un dirigeant élu, va apprendre comment fonctionne l’entreprise. Il va même parfois garder une racine locale, tout en faisant partie d’un groupe qui peut être national, voire international. Ça permet de faire des ponts, ça permet aux gens de s’engager, ça permet de contribuer et de ne pas avoir cette impression de distance par rapport aux décideurs. »

Par ailleurs, qui dit coopérative ne dit pas forcément petites structures. Oui, il y a des coopératives de microfinances ou de micro-agriculture dans les pays en voie de développement. Mais il y a aussi les caisses Desjardins au Québec, ou, en France, les banques Crédit agricole ou mutuel ou encore l’épicier E. Leclerc, avec des succursales sur tout le territoire.

Ce troisième sommet international, le troisième organisé au Québec, sera donc l’occasion pour le mouvement de réaffirmer ses valeurs et sa capacité à répondre aux enjeux du moment.

« Il faut se rappeler que le premier sommet a eu lieu en 2012, à l’occasion de l’Année internationale des coopératives décrétée par l’ONU, note la présidente de l’Alliance coopérative internationale. On voulait permettre aux leaders du milieu de se rencontrer et d’échanger sur la reconnaissance et la contribution du modèle coopératif et mutualiste. À l’époque, j’étais présidente du Mouvement Desjardins, et c’était un vieux rêve d’Alphonse Desjardins que d’avoir un rassemblement international de ce type. Je me suis dit “pourquoi pas ?”. J’avais juste l’idée d’en faire un. Et puis, on s’est vite aperçu qu’il fallait se revoir régulièrement. »

Cette grande rencontre aura donc lieu au Centre des congrès de Québec, dès dimanche pour les activités présommet et à partir de mardi pour les conférences, tables rondes et autres forums. En attendant une quatrième édition, mais cette fois, sans doute, ailleurs dans le monde.

3e Sommet international des coopératives

Du 11 au 13 octobre

Ville de Québec

À voir en vidéo