Un 15 octobre pour 15 $ l’heure

La revendication du salaire minimum à 15 $ est dans l’actualité depuis des mois.
Photo: Antonio Perez / Chicago Tribune / Associated Press La revendication du salaire minimum à 15 $ est dans l’actualité depuis des mois.

La lutte pour le salaire minimum à 15 $ au Québec commence à prendre du muscle et à s’activer, alors qu’une importante manifestation est prévue dans deux semaines à Montréal.

La plus grande centrale syndicale au Québec, la FTQ, est l’une des organisatrices, avec « Fight for 15 », un groupe plus connu dans le Canada anglais, particulièrement en Ontario et en Colombie-Britannique, et même aux États-Unis, ainsi que « 5-10-15 », un regroupement de plusieurs autres organisations syndicales et de non-syndiqués au Québec, qui doit être officiellement lancé le 7 octobre.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne vendredi, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a dit espérer que plusieurs milliers de personnes participeront à cette manifestation du 15 octobre, qui doit marquer le coup. « Au Forum social, je disais qu’un jour, il faudra former une coalition. Pas une coalition qui aurait nécessairement l’ensemble des mêmes revendications, mais en tout cas une revendication commune autour du salaire minimum à 15 $. Et là, je suis bien content, parce que c’est en train de se concrétiser. On aime ça », a dit M. Boyer.

Au nom de la décence

Cette revendication du salaire minimum à 15 $ est dans l’actualité depuis des mois. (Il est actuellement de 10,75 $.) Il en avait notamment été question lors du Forum social mondial, qui s’est tenu à Montréal du 9 au 14 août, lorsque l’homme d’affaires Alexandre Taillefer, aux côtés de M. Boyer, avait défendu l’idée au nom de la « décence » et comme moyen de combattre la pauvreté.

Au Québec, la FTQ et la CSN sont revenues à la charge à plusieurs reprises, comme le Front de défense des non-syndiqués et des groupes comme Au bas de l’échelle. Car même des syndiqués ne touchent pas ce salaire de 15 $ l’heure, notamment dans bien des résidences privées pour personnes âgées, dans la restauration, dans les commerces de détail et au Vieux-Port de Montréal, où il est une revendication phare. Un argumentaire sur la question préparé par la FTQ pour ses membres évoque le nombre de 141 300 travailleurs qui sont membres d’un syndicat et dont la rémunération est inférieure à 15 $ l’heure.

Une catastrophe

Le 22 août dernier, lors d’un passage à Longueuil, le premier ministre Philippe Couillard s’était dit ouvert à l’idée de débattre de la question, mais à condition d’entendre tous les points de vue. La vice-présidente de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Martine Hébert, qui représente des milliers de petites et moyennes entreprises, avait qualifié de « catastrophique » une augmentation aussi importante du salaire minimum.

Plus tôt cette semaine, à l’Assemblée nationale, l’opposition péquiste a demandé qu’une commission parlementaire se penche sur la question, mais sa motion à cet effet a été battue en brèche par les députés libéraux. Québec solidaire aussi défend l’idée.

M. Boyer avoue qu’il préfère que le débat soit plus large qu’en commission parlementaire. Mais il ne veut pas non plus noyer le poisson en retardant le débat jusqu’au Sommet sur l’économie et l’emploi qui doit avoir lieu en février et lors duquel bien d’autres questions économiques seront aussi discutées, en présence de 300 personnes. « Ce n’est pas le bon forum pour discuter de ça. Une minute chacun pour intervenir, on ne pense pas que c’est un débat sérieux », a-t-il affirmé. Le président de la FTQ est plus pressé : il veut en discuter dès cet automne.

En 2015, 211 500 personnes étaient rémunérées au salaire minimum au Québec, soit 6 % des salariés. Et 52 % des personnes qui touchent le salaire minimum détiennent un diplôme d’études postsecondaires.

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