L’inflation à son plus haut niveau depuis deux ans

Photo: Pascal Pavani Agence France-Presse

L’inflation en zone euro a atteint son plus haut niveau en septembre depuis près de deux ans, une bonne nouvelle pour la BCE, qui tente de faire remonter les prix, toutefois accueillie sans joie par les analystes sur fond de chômage stagnant.

« La Banque centrale européenne va devoir digérer des évolutions contradictoires », constate Howard Archer, expert d’IHS Global, commentant les chiffres diffusés vendredi par l’Office européen des statistiques, Eurostat. « Elle se réjouira certes de voir l’inflation doublée à +0,4 % en septembre, contre +0,2 % en août, à un plus haut niveau depuis 23 mois », pointe-t-il.

Un chiffre qui est conforme aux attentes des analystes interrogés par le fournisseur de services financiers Factset, mais qui reste très éloigné de l’objectif que s’est fixé la BCE d’une inflation de presque 2 %, niveau jugé bénéfique à l’activité économique.

Depuis deux ans, l’institution de Francfort s’échine à stimuler l’activité du crédit afin de relancer la croissance et l’inflation dans les 19 pays de la zone euro. Elle a déjà considérablement renforcé ces derniers mois ses mesures de soutien à l’économie, en abaissant ses taux à des niveaux historiquement bas, en mettant des prêts géants bon marché à disposition des banques et en rachetant en masse des titres de dettes tous les mois sur les marchés.

10,1 %
Le taux de chômage continue d’être élevé, même s’il s’agit du plus faible taux depuis juillet 2011.

Mais les chiffres de l’inflation sous-jacente (hors énergie, produits alimentaires, boissons alcoolisées et tabac) — plus révélateurs de la tendance car ils ne comprennent pas les produits les plus volatils — ne permettent pas de pavoiser : le taux a stagné en septembre : +0,8 %, comme en août. « L’accélération de l’inflation en septembre était presque uniquement due à une baisse moindre des prix de l’énergie », relève Jack Allen, analystes de Capital Economics.

Le chômage ne baisse pas

Également source d’inquiétude pour les experts, le chômage qui ne baisse pas depuis maintenant quatre mois : « Il plafonne toujours au-dessus des 10 % », observe Bert Colijn, expert d’ING. En effet, le taux de sans-emploi est resté stable en août dans la zone euro, à 10,1 %. Certes, c’est le plus faible taux enregistré depuis juillet 2011, mais il est bien au-dessus du chiffre moyen du chômage pendant la période comprise entre 1999 et 2007 (8,8 %), avant que n’éclate la crise dans la zone euro.

« Également préoccupante pour la zone euro, la hausse du nombre de chômeurs de 8000 personnes en août, soit la deuxième augmentation ces trois derniers mois », note par ailleurs M. Archer. « Cela laisse à penser que les marchés du travail de la zone piétinent dans le sillage d’une croissance économique qui ralentit et les incertitudes qui s’accumulent » [comme le Brexit], ajoute-t-il.

Disparités

En outre, de fortes disparités subsistent parmi les pays ayant adopté la monnaie unique. L’Allemagne, première économie de la zone euro, a affiché le taux de chômage le plus faible en août : 4,2 %. En revanche, les taux de chômage les plus élevés ont été une fois de plus relevés en Grèce (23,4 % en juin 2016, dernier chiffre disponible) et en Espagne (19,5 %). La France fait un peu moins bien que la moyenne, avec un taux à 10,5 %.

Pour les moins de 25 ans, les chiffres sont pires : dans la zone euro, 20,7 % étaient sans emploi. Là encore, l’Allemagne — souvent vantée pour son système d’apprentissage — affiche le taux le plus faible : 6,9 %. Et la Grèce et l’Espagne ont les taux les plus élevés, respectivement 47,7 % en juin (dernier chiffre disponible) et 43,2 %.

Dans l’ensemble des 28 États membres de l’Union européenne, le chômage s’est établi à 8,6 %, stable par rapport au taux de juillet.