L’égalité des sexes se gagne à coups de points

Les femmes occupent maintenant 23 % des sièges au conseil des sociétés valant plus de 10 milliards, en hausse de deux points par rapport à 2015. <br />
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Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les femmes occupent maintenant 23 % des sièges au conseil des sociétés valant plus de 10 milliards, en hausse de deux points par rapport à 2015. 

 

La présence féminine dans les conseils d’administration des sociétés canadiennes cotées en Bourse augmente sûrement mais lentement, montrent de nouvelles données au lendemain des propos revendicateurs de la part de la présidente de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario.

Les femmes occupent maintenant 23 % des sièges au conseil des sociétés valant plus de 10 milliards, en hausse de deux points par rapport à 2015. Chez les sociétés de plus d’un milliard, leur présence est de 18 %, contre 16 % l’an dernier.

Ces données marquent le deuxième examen de la présence féminine dans les hauts échelons des entreprises depuis que les Autorités canadiennes en valeurs mobilières ont mis en place de nouvelles règles de divulgation en 2014 afin de stimuler les nominations féminines dans un monde largement dominé par les hommes.

En gros, la réglementation exige maintenant que les sociétés inscrites en Bourse se dotent d’une politique de diversité, à défaut de quoi elles doivent expliquer clairement les raisons pour lesquelles elles n’ont pas de politique. Cette façon de procéder est différente de ce qui se fait dans certains pays ayant décidé, par exemple, de décréter des quotas à atteindre.

« Même si la croissance peut sembler intéressante, elle n’est pas à la hauteur des talents qui sont aujourd’hui disponibles », a dit Louise Champoux-Paillé, une administratrice de sociétés et militante de longue date pour une plus grande place des femmes aux conseils. « Il y a dix ans, est-ce qu’on aurait pu se contenter d’une telle progression ? Peut-être. Aujourd’hui, c’est inacceptable. »

Le personnel des ACVM a également relevé que la présence féminine est de 18 % chez les sociétés ayant une politique, contre 10 % pour celles qui n’en ont pas. Chez les entreprises ayant une cible concrète, la présence moyenne est de 25 %, comparativement à 10 % pour le reste.

« Les résultats de cet examen montrent que les obligations se sont généralement traduites par une amélioration de l’information fournie par les émetteurs et qu’elles ont une incidence positive sur la représentation féminine au conseil », a affirmé Louis Morisset, président de l’Autorité des marchés financiers et, parallèlement, président des ACVM jusqu’en mars 2017.

Bouchées doubles

Maureen Jensen, devenue cet hiver la première femme à diriger la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario, a affirmé dans un discours mardi que les femmes font des progrès mais que les sociétés doivent mettre les bouchées doubles lors du recrutement au conseil.

« Sur les 521 sièges devenus vacants l’an dernier, à peine 15 %, ou 76 sièges, ont été pourvus par des femmes, a dit Mme Jensen. Cela veut dire que les chaises vides sont allées à des hommes 85 % du temps. Sans amélioration en la matière, nous n’atteindrons jamais la barre des 30 %. »

Mme Champoux-Paillé croit qu’il faudrait envisager des mesures plus fortes pour stimuler l’accession des femmes aux conseils, comme l’obligation pour les sociétés de se doter d’objectifs à atteindre. L’enjeu des femmes aux conseils est également lié à la présence féminine dans la haute direction, un terreau fertile pour le recrutement des conseils d’administration.

Une étude du cabinet d’avocats Osler publiée ce printemps a relevé encore une fois que 46 % des compagnies inscrites à la Bourse de Toronto n’ont aucune femme à leur conseil, comparativement à 47 % en 2015.

En France, la loi prévoit depuis 2011 l’atteinte d’un quota de 40 % de présence féminine, mais les entreprises de l’indice boursier CAC 40 ont jusqu’à l’an prochain pour se conformer. La moyenne générale est actuellement de 35 %.