Deutsche Bank nie avoir demandé l’aide de Merkel

Le Britannique John Cryan, aux commandes de Deutsche Bank depuis l’été 2015, est monté en première ligne pour tenter d’apaiser les investisseurs.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse Le Britannique John Cryan, aux commandes de Deutsche Bank depuis l’été 2015, est monté en première ligne pour tenter d’apaiser les investisseurs.

Menacée par des amendes records aux États-Unis, Deutsche Bank a tenté mercredi de rassurer sur sa santé financière, rejetant, au diapason avec le gouvernement, les rumeurs tenaces affirmant que le géant bancaire allemand a besoin d’un plan de sauvetage de l’État.

Le patron du groupe, John Cryan, a choisi le journal le plus lu d’Allemagne, Bild, pour essayer de faire taire les rumeurs : une aide de l’État « n’est pas un sujet pour nous », a-t-il dit, affirmant n’avoir jamais fait une demande en ce sens auprès de la chancelière, Angela Merkel.

Et comme pour prouver qu’il a les moyens de trouver des fonds par lui-même, l’établissement de Francfort a annoncé la cession de sa filiale d’assurance Abbey Life au britannique Phoenix Life Holdings pour 1,1 milliard d’euros. L’opération, qui était attendue, lui permet de renforcer légèrement son ratio de solvabilité, et donc sa solidité financière.

Le britannique John Cryan, aux commandes de Deutsche Bank depuis l’été 2015, est monté en première ligne pour tenter d’apaiser les investisseurs et enrayer la descente aux enfers de l’action, tombée cette semaine à un niveau jamais atteint dans son histoire de 10,55 euros à la clôture à la Bourse de Francfort.

En cause : un article de l’hebdomadaire Focus ce week-end, affirmant que l’État avait refusé toute aide au géant allemand et refusé d’intercéder en sa faveur auprès du ministère de la Justice américain, qui réclame à la banque une amende record de 14 milliards de dollars pour solder un ancien litige lié à la crise des subprimes. Et mercredi, l’hebdomadaire Die Zeit en a remis une couche. Selon un article à paraître jeudi, le gouvernement et les autorités compétentes allemandes ainsi qu’européennes travaillent en fait actuellement à un plan de sauvetage, au cas où la banque échouerait à trouver l’argent nécessaire pour affronter ses problèmes juridiques.

Le ministère des Finances est venu à la rescousse en démentant clairement cette information. « L’article est faux. Le gouvernement ne prépare pas de plan de sauvetage. De telles affirmations ne sont pas fondées », a-t-il fait savoir dans une déclaration. Un porte-parole de Deutsche Bank a lui aussi de nouveau démenti.

L’annonce de l’amende de 14 milliards de dollars réclamée par le ministère de la Justice américain avait relancé mi-septembre les craintes entourant la solidité financière de l’ancien joyau bancaire de l’Allemagne. Il est « clair depuis le début que nous n’allons pas payer cette somme », a redit le patron de Deutsche Bank à Bild.

Mais même si les analystes jugent aussi que la banque va parvenir à réduire la facture, rien ne dit en revanche que les 5,5 milliards mis de côté par l’institut suffiront à régler l’ensemble de ses 8000 litiges judiciaires dans le monde. Les marchés craignent notamment une augmentation de capital, qui viendrait diluer la valeur de l’action du groupe, en dépit des démentis répétés de Deutsche Bank.

La cession de l’assureur Abbey Life, au-delà d’apporter un petit confort financier à la banque, s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de cession d’activités périphériques ou de retrait de la banque de certaines régions. Elle participe aussi à la vaste restructuration décidée par le groupe après une perte de 7 milliards d’euros en 2015, qui prévoit par ailleurs la fermeture de quelque 200 filiales en Allemagne d’ici 2020 et la suppression de près de 9000 postes au niveau mondial.