Littératie fiscale et démocratie

Puisque le Québécois moyen n’obtient que la note de 55 % — soit sous le seuil de passage — en matière de connaissances fiscales , les promesses électorales de nature fiscale sont soit un coup d’épée dans l’eau, soit l’occasion de véhiculer des inexactitudes.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Puisque le Québécois moyen n’obtient que la note de 55 % — soit sous le seuil de passage — en matière de connaissances fiscales , les promesses électorales de nature fiscale sont soit un coup d’épée dans l’eau, soit l’occasion de véhiculer des inexactitudes.

Le lien historique entre la connaissance et le droit de vote se vérifie en matière de littératie fiscale. Si l’on peut démontrer une relation concluante entre les connaissances fiscales et la participation électorale, elles ne permettent toutefois pas de prédire le choix partisan des électeurs.

Autrement dit, puisque le Québécois moyen n’obtient que la note de 55 % — soit sous le seuil de passage — en la matière, les promesses électorales de nature fiscale sont soit un coup d’épée dans l’eau, soit l’occasion de véhiculer des inexactitudes. Loin de critiquer la mesure, Antoine Genest-Grégoire donne l’exemple de cette promesse des libéraux fédéraux d’abaisser l’impôt de la classe moyenne. Dans les faits, c’est le palier d’imposition moyen qui était visé, la réduction fiscale se répercutant également aux revenus supérieurs sous le jeu de l’impôt progressif.

Ce chercheur signe avec Jean-Herman Guay et Luc Godbout, titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, une petite étude sur la littératie fiscale. Le document publié ce mardi poursuit le travail amorcé en mars dernier qui visait alors à mesurer la relation qu’entretiennent les Québécois avec la fiscalité. Ici, les auteurs abordent plus spécifiquement le lien entre ces connaissances plus pointues et la participation électorale.

« Qu’on pose la relation causale dans une direction ou dans l’autre, la relation est visible et congruente avec les attentes : littératie fiscale et participation électorale semblent deux phénomènes liés, comme si l’ignorance fiscale conduisait à une distance électorale ou comme si l’abstention nourrissait une ignorance des mécanismes fiscaux », peut-on lire.

Les auteurs ont voulu également mesurer s’il existe un lien entre la littératie fiscale et le choix partisan lors d’une élection. On reprenait une conception populaire identifiant la gauche à des rêveurs et la droite à des personnes plutôt portées sur les chiffres. Cette fois, l’hypothèse a été invalidée, nous dit Antoine Genest-Grégoire. « La littératie fiscale n’est pas un déterminant significatif du choix partisan. Elle ne joue donc aucun rôle pour comprendre ou expliquer le vote. » Revenant aux dernières élections fédérales, l’effet de la littératie fiscale sur le vote fédéral serait essentiellement conjoncturel. Le PLC avait rompu avec le credo de l’équilibre et de la prudence budgétaire des autres partis pour revenir aux déficits afin de relancer l’économie. « Il n’en reste pas moins qu’on comprend mieux — ou du moins autrement — la mise en scène conservatrice de la campagne de 2005 ou celle de 2015 qui chaque fois montrait le chef Stephen Harper devant une caisse enregistreuse. »

« Une meilleure littératie fiscale pourrait accroître l’outillage heuristique, donner davantage confiance aux citoyens, puis exercer un effet positif sur le suivi des débats politiques et la rétention de l’information en vue ultimement d’accroître la propension à participer au scrutin », écrivent les auteurs.