Le Québec fait-il fausse route?

Dans sa nouvelle politique en matière d’immigration présentée le printemps dernier, le gouvernement Couillard a décidé de choisir ses immigrants économiques en s’appuyant sur un système de déclaration d’intérêt : les personnes qui souhaitent immigrer déposent leur candidature et les dossiers qui correspondent le mieux aux besoins du Québec sont ensuite retenus.
Photo: iStock Dans sa nouvelle politique en matière d’immigration présentée le printemps dernier, le gouvernement Couillard a décidé de choisir ses immigrants économiques en s’appuyant sur un système de déclaration d’intérêt : les personnes qui souhaitent immigrer déposent leur candidature et les dossiers qui correspondent le mieux aux besoins du Québec sont ensuite retenus.

Le nouveau système de sélection des immigrants basé sur les besoins des entreprises permettra peut-être de résorber le manque de main-d’oeuvre, mais il ne garantit pas que les nouveaux arrivants pourront trouver un emploi de qualité, expose une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques dont Le Devoir a obtenu copie.

Dans sa nouvelle politique en matière d’immigration présentée le printemps dernier, le gouvernement Couillard a décidé de choisir ses immigrants économiques en s’appuyant sur un système de déclaration d’intérêt : les personnes qui souhaitent immigrer déposent leur candidature et les dossiers qui correspondent le mieux aux besoins du Québec sont ensuite retenus.

« Le MIDI [ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion] prétend que ce système permettra aux immigrants de s’intégrer plus rapidement au marché du travail. Nous craignons pour notre part qu’un tel mode de fonctionnement aide les entreprises à combler leurs besoins en main-d’oeuvre sans pour autant garantir aux personnes immigrantes qui souhaitent intégrer le marché du travail des emplois de qualité et à la hauteur de leur formation et de leurs compétences », souligne une note socio-économique qui sera rendue publique ce mardi.

Surqualification

Selon l’auteure de la note, Julia Posca, il ne faut pas se contenter de demander aux entreprises quels sont leurs besoins pour ensuite choisir les immigrants.

« Plutôt que de faciliter le recours par les entreprises aux immigrants comme main-d’oeuvre bon marché, nous croyons qu’il est plus opportun de continuer de privilégier l’immigration des personnes qualifiées et de travailler à améliorer l’accès à des emplois de qualité garantissant un niveau de vie décent », écrit-elle.

En entrevue, Mme Posca indique qu’il faut d’abord et avant tout lutter contre la « discrimination systémique » dont sont victimes plusieurs immigrants, qui se voient souvent contraints d’occuper un emploi pour lequel ils sont surqualifiés.

« Le problème, en ce moment, ce n’est pas que les immigrants qu’on reçoit ne sont pas capables d’occuper des emplois qui existent au Québec, c’est qu’on ne leur donne pas la chance de les occuper, fait-elle valoir. L’idée de choisir des immigrants qui sont plus qualifiés est la meilleure, mais seulement si on leur donne les moyens d’avoir accès à un emploi qui correspond à leurs compétences. »

Pour appuyer ses dires, la chercheuse remarque qu’en 2012, le taux de surqualification de l’ensemble de la population au travail au Québec était de 30 %, alors que celui de la population immigrante était de 43 %. Cette proportion atteignait même 54 % chez les personnes arrivées au pays il y a moins de cinq ans.

Le rapport de l’IRIS met aussi en évidence les résultats d’une étude réalisée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) comparant Montréal, Toronto et Vancouver : en 2012, la métropole québécoise présentait la plus forte proportion d’immigrants occupant un emploi de qualité « faible » (39 %) et l’écart avec la proportion du reste de la population confrontée à la même situation y était également le plus élevé (+14 %).

Redoubler d’efforts

Pour permettre aux immigrants de faire leur place sur le marché du travail, Julia Posca croit qu’il faut mettre l’accent sur la reconnaissance des diplômes et l’expérience acquise à l’étranger, la formation en emploi ou encore le mentorat. La chercheuse reconnaît que des initiatives en ce sens sont déjà en place, mais estime qu’il faut redoubler d’efforts.

« Notre gouvernement s’attaque à la problématique de la reconnaissance des acquis et des compétences, autant pour les futurs immigrants que pour ceux déjà au Québec et qui sont soit surqualifiés, soit dans l’impossibilité de travailler dans leur domaine. […] Nous continuerons aussi à lutter contre le racisme et la discrimination », affirmait à ce sujet la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, dans une lettre publiée dans Le Devoir à la fin du mois d’août.

De son côté, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain offre par exemple le programme Interconnexion, qui permet de jumeler des nouveaux arrivants et des organisations montréalaises.

La chercheuse de l’IRIS n’est par ailleurs pas opposée à une hausse des seuils d’immigration au Québec, à condition que les ressources consacrées à l’intégration suivent le rythme. « Depuis 2014, il y a eu des coupes au sein du ministère de l’Immigration, des bureaux ont été fermés, des offres de cours pour les immigrants ont été réduites. Sans un réinvestissement adéquat, nous n’aurons pas les moyens de bien accueillir les immigrants », dit-elle.

Après avoir évoqué le printemps dernier le besoin de faire passer les seuils d’immigration de 50 000 à 60 000 par année, le gouvernement Couillard a finalement choisi d’avancer plus prudemment. Il mise sur un seuil de 51 000 immigrants en 2017 et 2018, puis de 52 500 nouveaux arrivants l’année suivante.

5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 27 septembre 2016 07 h 32

    Ridicule

    La journée où les équivalences seront sans contestation entre les universités du tiers monde et de celles qu'on a ici, alors on pourra parler de surqualification. De même pour l'expérience acquise. Ridicule, on peut s'acheter un diplôme dans ces pays en voie de développement.

    • Jean Richard - Abonné 27 septembre 2016 10 h 21

      Les préjugés sont tenaces...

      Et puis, si on se tend un miroir, ignore-t-on, par exemple, que la tricherie fait partie des mœurs dans les universités québécoises. Acheter un diplôme ou tricher, ça se rejoint quelque part.

      Les universités du tiers-monde ? Il y a des pays peu fortunés où l'éducation est placée au sommet des valeurs sociales. Est-ce vraiment le cas au Québec, où notre système d'éducation régresse davantage qu'il ne progresse ?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 27 septembre 2016 10 h 55

      @M. Richard.

      Il ne faut pas trop en demander à M. Dionne : il a une peur bleue de la dillution de notre pureté mythique, ce qui le conduit à formuler des jugements saugrenus dès lors qu'il s'agit d'immigration.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 septembre 2016 17 h 25

      Cher monsieur Lamy-Théberge,

      Encore une fois, si l'immigration d'aujourd'hui apporte seulement une contribution culturelle, pardieu pourquoi continue-t-on dans cette direction ? Si les véritables bénéfices à attendre de l’immigration sont d’ordre culturel et humanitaire, pourquoi laissons-nous entrer des centaines de milliers d'immigrants à chaque année alors qu'on fait des coupures dans les programmes sociaux et que nos aînés, les bâtisseurs de ce pays, s'enlisent dans leur crasse dans les CHSLD ?

      Pour les qualifications, pardieu, c'est tellement ridicule. Mais je vous comprends; vous travaillez à essayer d'intégrer des immigrants du Maghreb avec des qualifications douteuses au marché du travail qui est inexistant à Montréal. C'est votre gagne-pain. Vous devez supporter une position qui va à l'encontre du gros bon sens.

      Regardez la réponse des libéraux du Québec aux chauffeurs de taxis.

  • Donald Bordeleau - Abonné 29 septembre 2016 22 h 14

    Le 1% comme le patronatet le gouvernement contre le salaire à 15$/h

    Dépêchez-vous de faire entrer à pleine porte des travailleurs dociles et vulnérables, qui ne mettra pas de pression à la hausse sur les salaires des emplois qu'on doit pourvoir...

    C'est le dernier argument du patronat pour contrer le mouvement de hausse du salaire minimum à 15$/hre comme le gouvernement.
    Exactement! Est-ce que la FCEI et la FCCQ vont maintenant se poser la question suivante: pourquoi tant d'entreprises ont-elles besoin de travailleurs pauvres?