Le titre de Deutsche Bank malmené

L’agence de notation Standard and Poor’s a estimé que la note BBB + attribuée à Deutsche Bank n’était pas affectée par ces négociations aux États-Unis.
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse L’agence de notation Standard and Poor’s a estimé que la note BBB + attribuée à Deutsche Bank n’était pas affectée par ces négociations aux États-Unis.

Deutsche Bank a subi un nouveau coup dur après l’annonce d’une amende record de 14 milliards de dollars aux États-Unis pour solder un ancien litige lié aux  subprimes, même si la première banque allemande devrait au final payer moins.

Signe de l’inquiétude des marchés, la Bourse de Francfort a vivement réagi vendredi à la nouvelle : le titre du géant de la finance a dévissé sur la séance de 8,5 % à 11,99 euros.

Deutsche Bank, impliquée dans près de 8000 litiges judiciaires dans le monde, a déjà écopé d’une amende de 2,5 milliards de dollars pour manipulations du taux interbancaire Libor aux États-Unis. Si elle était confirmée, cette amende de 14 milliards serait la plus importante jamais infligée à une banque étrangère aux États-Unis. Le français BNP Paribas détient actuellement la palme, avec 8,9 milliards, écopés en 2014 pour avoir violé des embargos américains.

8,9 milliards
C’est le montant de l’amende record qui avait été imposée à la banque BNP-Paribas en 2014 pour avoir violé les embargos américains.

De nombreux analystes ne croient pas toutefois que Deutsche Bank devra débourser une telle somme. L’amende ne s’élèvera « probablement pas à 14 milliards de dollars, si l’on compare avec les autres banques également actives dans ces activités. On table plutôt sur 5 milliards de dollars », commente l’analyste Robert Halver, chez Baaderbank. « Mais c’est sûr, 5 milliards de dollars font naturellement mal », ajoute-t-il.

La banque a déjà fait savoir dans un communiqué qu’elle n’avait « pas l’intention de solder ces potentielles requêtes civiles au montant proche du chiffre cité ». Le département de la Justice américain l’a invité à soumettre une contre-offre, a précisé Deutsche Bank, soulignant que les négociations « viennent seulement de commencer ». Le gouvernement allemand a dit s’attendre à un compromis, partant « du principe que cette procédure aboutira sur la base d’une égalité de traitement à un résultat juste », a déclaré la porte-parole du ministère allemand des Finances, Friederike von Tiesenhausen, lors d’un point presse régulier à Berlin.

La banque d’affaires américaine Goldman Sachs avait trouvé un accord mi-avril sur une amende de 5,06 milliards de dollars également pour un litige lié aux subprimes.

Deutsche Bank est accusée, comme d’autres grandes banques, d’avoir vendu à des investisseurs avant l’éclatement de la crise financière de 2007-2008 des prêts hypothécaires résidentiels (RMBS), qui sont des crédits immobiliers convertis en produits financiers, tout en sachant qu’ils étaient toxiques. Baptisée titrisation, cette tactique, utilisée abondamment par les grandes banques pour convertir des portefeuilles de prêts en titres financiers qu’elles cèdent ensuite sur les marchés, est jugée responsable des pertes abyssales subies en 2008 par de nombreux investisseurs, dont ceux ayant acheté les titres adossés aux fameuses subprimes.

Deutsche Bank a mis de côté 5,5 milliards d’euros (6,2 milliards de dollars) au 30 juin pour résoudre des litiges en cours, selon des documents boursiers. Elle espérait, selon des sources proches, écoper d’une amende comprise entre 2 et 3 milliards dans le dossier des RMBS. « Une amende supérieure aux provisions existantes renforcerait les chances d’une augmentation de capital », ce qui entamerait encore un peu plus la santé financière de la banque, prévient Christian Koch, expert chez DZ Bank.

Pour l’heure, l’agence de notation Standard and Poor’s a estimé que la note BBB + attribuée à Deutsche Bank n’était pas affectée par ces négociations aux États-Unis.

La banque allemande a annoncé vouloir solder les principaux litiges d’ici la fin de l’année, dont ce dossier sur les crédits immobiliers. Outre l’amende de 2,5 milliards de dollars, Deutsche Bank a également soldé un différend avec le régulateur des services financiers de New York (DFS) et la Réserve fédérale (Fed) qui l’accusaient de violations d’embargos américains contre la Syrie et l’Iran. Le groupe n’en aura pas pour autant terminé avec les autorités américaines puisque le DFS enquête sur des soupçons de blanchiment d’argent supposé au sein de sa filiale russe.

Fragilisée par des scandales à répétitions qui plombent ses comptes via des milliards de provisions et un environnement difficile de taux bas, la banque mène par ailleurs une lourde restructuration et prévoit de fermer d’ici 2020 quelque 200 filiales en Allemagne et de supprimer près de 9000 postes au niveau mondial.