Lors de son témoignage au procès l'opposant à Hollinger International - Conrad Black s'estime horriblement diffamé

Wilmington — Le magnat de la presse Conrad Black affirme avoir été «horriblement diffamé» par des collègues de longue date et trompé lorsqu'on l'a forcé à quitter la direction de son empire médiatique. Il dit avoir aussi été trompé lorsqu'il a offert de rembourser des montants suspects qui lui ont été remis.

«J'ai été horriblement diffamé et, en fait, décrit et stigmatisé comme un escroc», a affirmé M. Black au cours de son témoignage, hier, à un procès qui l'oppose à Hollinger International, une entreprise qu'il a fondée et qu'il contrôle. «Je tente de refaire ma réputation d'honnête homme.»

Pas de paiements non autorisés

Ses avocats ont présenté à la cour des documents qui, selon eux, démontrent que M. Black n'a pas bénéficié de paiements non autorisés de Hollinger International — une entreprise qui possède le Daily Telegraph de Londres, le Chicago Sun-Times et d'autres actifs dans le secteur des médias.

Selon eux, M. Black n'avait pas encore eu accès à ces documents en novembre dernier lorsqu'il a démissionné en tant que p.-d.g. de Hollinger International, lorsqu'il a accepté de rembourser les millions de dollars qu'il avait reçus de la compagnie et lorsqu'il a signé une entente visant à céder l'entreprise.

«J'ai l'esprit ouvert par rapport à cette affaire, [mais] je ne crois pas qu'une personne raisonnable qui serait dans ma position en viendrait à la conclusion que j'ai une obligation juridique ou morale de rembourser», a dit Conrad Black sur un ton calme.

Un comité spécial du conseil qui enquête sur des irrégularités «m'a assuré dans les termes les plus solennels et les plus clairs que des gens sont passés à travers toutes les preuves relativement à ces affaires», a soutenu M. Black.

«Si ces versements étaient indus, évidemment ils doivent être remboursés. Je ne pouvais pas réfuter ce qu'ils ont découvert. J'avais confiance en eux. Dans les circonstances, j'ai négocié la meilleure et plus juste entente possible.»

Ce n'est qu'après un travail d'enquête de ses avocats que de nouveaux documents ont été portés à son attention, a-t-il dit.

Le tribunal du Delaware devra décider qui du conseil ou de M. Black, en tant qu'actionnaire majoritaire, contrôle Hollinger International.

Les adversaires de M. Black l'ont décrit comme un homme rude et menaçant qui a arnaqué les autres actionnaires avant d'essayer de vendre la compagnie, de prendre l'argent et de se tirer.

Un membre du conseil d'administration et enquêteur spécial a accusé Conrad Black, jeudi, d'avoir obtenu 32 millions en paiements non autorisés avant de négocier une entente pour céder le contrôle de Hollinger, la maison mère torontoise de Hollinger International.

Richard Breeden, un ancien président de la Securities and Exchange Commission (SEC, la commission américaine des valeurs mobilières), qui a été approché l'été dernier pour enquêter sur l'affaire des paiements suspects, a affirmé que M. Black a pris l'argent sans l'approbation du conseil.

M. Breeden a aussi dit, durant son témoignage jeudi, que Conrad Black avait menacé des membres du comité spécial de Hollinger International qui enquêtent sur les irrégularités présumées. M. Black aurait dit à ces personnes qu'il les poursuivrait et leur ferait perdre leur maison.

La semaine dernière, M. Black a effectivement déposé des poursuites en Ontario contre M. Breeden et d'autres personnes. Il leur réclame 850 millions, dont 200 millions pour diffamation.

Conrad Black veut vendre le contrôle de Hollinger à un groupe britannique, ce qui contrevient au plan de restructuration de novembre dernier, selon Richard Breeden.