Portrait - Les enfants d'abord

Il naît chaque année 8,5 millions de bébés en Amérique du Nord et dans les pays de l’Europe de l’Ouest. Cette statistique dont fait état Pierre Dupuis, vice-président et chef de l’exploitation de Dorel, est au coeur de la stratégie de déve
Photo: Jacques Nadeau Il naît chaque année 8,5 millions de bébés en Amérique du Nord et dans les pays de l’Europe de l’Ouest. Cette statistique dont fait état Pierre Dupuis, vice-président et chef de l’exploitation de Dorel, est au coeur de la stratégie de déve

Tout a commencé avec Léo Schwartz dans un garage à Laval en 1962 par la fabrication de matelas pour enfants. Puis son fils Martin et son beau-fils ont démarré une usine de meubles à assembler. En 1987, les deux entreprises ont fusionné pour devenir Les Industries Dorel, un groupe qui englobe maintenant 10 usines et 6000 employés avec un chiffre d'affaires qui a dépassé un milliard de dollars américains en 2003 et qui se rapprochera de deux milliards cette année.

Le marché des enfants

Le marché des enfants demeure toujours un créneau majeur pour ce groupe, mais pas le seul. Il naît chaque année 8,5 millions de bébés en Amérique du Nord et dans les pays de l'Europe de l'Ouest. Cette statistique dont fait état Pierre Dupuis, vice-président et chef de l'exploitation de Dorel, est au coeur de la stratégie de développement. Dorel fabrique et vend 7,5 millions de sièges d'auto pour bébés, ce qui lui assure des revenus de 300 millions (toujours en dollars américains). Ce produit trouve évidemment preneur dans les pays les plus développés, où les lois sont les plus strictes en matière de sécurité. Le siège d'auto pour bébés est devenu «un cheval de bataille» pour Dorel, qui fabrique de nombreux autres produits pour la clientèle des enfants, comme des parcs, des poussettes aux multiples modèles, des chaises hautes, des porte-bébés abdominaux ou dorsaux, des baignoires, des pyjamas, des biberons, etc. Bref, Dorel en a fabriqué (lui-même ou en sous-traitance) et vendu pour la jolie somme de 800 millions l'an passé.

À cela, il faut ajouter les meubles à assembler et d'innombrables articles pour la maison (tables, bibliothèques, lits, chaises, commodes, etc.), lesquels contribuent pour au moins 400 millions aux revenus du groupe. Il y a en outre les escabeaux, pour des revenus de 100 millions.

Enfin, il y a eu en janvier dernier l'acquisition plutôt spectaculaire de Pacific Cycle, une société américaine qui a une culture d'entreprise tout à fait comparable à celle de Dorel et qui conçoit et fabrique des vélos à des prix allant de 49 $ à 3700 $, pour des ventes totales de 400 millions, dont 80 % obtenus sur le marché américain. De toute évidence, il y a une continuité logique dans le marché entre la poussette et le vélo, entre le bébé et l'enfant (plus tard l'adolescent et l'adulte) qui pratique le vélo.

Toutefois, Dorel et Pacific Cycle ont plus que cela en commun. Les deux conçoivent, fabriquent et vendent leurs produits aux mêmes clients, qui sont à 90 % les magasins de grande surface, comme Wal-Mart. Ils confient en outre une part importante de la fabrication de leurs produits à des sous-traitants en Chine. Les importations de Dorel auprès de trois importants sous-traitants en Chine furent de 400 millions en 2003.

Des acquisitions

Au moment de la fusion des deux premières entreprises créées par les Schwartz en 1987, le chiffre d'affaires était de 25 millions. L'inscription en Bourse s'est faite dans le cadre d'une émission du régime d'épargne-actions créé par le gouvernement québécois, qui a permis d'injecter environ 20 millions de capitaux nouveaux dans Dorel. Dès l'année suivante commençait une longue liste d'acquisitions: Cosco, Charleswood et Silgo aux États-Unis. En 1994 a lieu une première acquisition en Europe, Maxi-Millian, installée aux Pays-Bas avec des bureaux de vente en France et en Allemagne. De grosses acquisitions ont lieu en 2000 avec Safety 1st pour 150 millions aux États-Unis et, en 2003, en France avec Ampa pour un coût de 247 millions, ce qui donne alors à Dorel un réseau de vente dans tous les pays de l'Europe de l'Ouest. Enfin, Dorel a payé 310 millions pour Pacific Cycle au début de cette année.

Pour l'instant, Dorel n'envisage pas d'effectuer une nouvelle acquisition, préférant plutôt digérer Pacific Cycle, quoiqu'il y ait peu de synergie à dégager de la venue de cette importante entreprise qui fait désormais de Dorel le plus important producteur de bicyclettes en Amérique et peut-être au monde, avance M. Dupuis. Dorel est aussi premier dans les produits pour enfants et deuxième pour les meubles en Amérique du Nord.

Cette multinationale vend présentement ses produits dans 40 pays. Seulement 5 % de ses ventes sont faites au Canada, 28 % en Europe et le reste en Amérique. Elle a ouvert un bureau à Moscou et commence à s'intéresser davantage aux pays de l'Europe de l'Est. Le volume est important pour Dorel, qui dépense beaucoup d'argent pour le développement de nouveaux produits. Par exemple, il a investi 1,7 million pour la conception de son siège d'auto pour bébés. Dorel a trois centres de recherche: à Boston, à Chiolet, en France, et à Helmond, aux Pays-Bas.

Décentralisation

Il n'y a que 18 personnes au siège social du groupe à Montréal, ce qui montre bien que Dorel possède une organisation très décentralisée qui laisse beaucoup de responsabilités aux divisions locales. Il y a toujours à Montréal-Nord une usine où 300 personnes s'occupent de fabriquer des futons et une autre pour les meubles à Cornwall, en Ontario, où travaillent plus de 500 personnes. Il y a quatre usines en Europe et quatre autres aux États-Unis.

Ce sont des gestionnaires professionnels qui veillent à la bonne marche de cette organisation considérable. Par exemple, Pierre Dupuis, qui est chef de l'exploitation depuis cinq ans, a effectué l'an passé 11 voyages en Europe, un en Chine et des dizaines aux États-Unis. La décentralisation n'élimine pas le besoin d'établir des valeurs communes à toutes les entités, notamment en matière de rendement des entreprises et de gestion des ressources humaines. «La solution de remplacement à la décentralisation serait une énorme bureaucratie pour surveiller. On n'y croit pas», explique M. Dupuis.

Cependant, la famille Schwartz y est toujours très présente, avec 20 % des actions et plus de 50 % des droits de vote. Les trois fils de Léo et le beau-fils font également partie de l'équipe de direction. Mais ce ne sont pas des gens qui recherchent les honneurs et les prix. La croissance de leur groupe s'est faite sans tambour ni trompette. Ce sont des entrepreneurs prudents qui tiennent à maintenir un bilan en bon état en dégageant une marge d'autofinancement d'au moins 100 millions par année.

Le titre de Dorel, qui était de sept dollars en 1987, se situe maintenant à environ 43 $, mais il y a eu depuis deux fractionnements, ce qui veut dire pour l'actionnaire que c'est comme si la valeur de l'action était passée de 3,50 $ à 43 $. En revanche, Dorel ne paie pas de dividende parce que tous les profits sont réinvestis dans la compagnie.