Dix minutes d’angoisse, puis c’est l’émerveillement

Les voitures d’Uber sont facilement reconnaissables avec tout leur équipement sur le toit.
Photo: Angelo Merendino Agence France-Presse Les voitures d’Uber sont facilement reconnaissables avec tout leur équipement sur le toit.

C’est avec une certaine nervosité qu’on s’assoit pour la première fois dans une voiture autonome d’Uber, mais après avoir vu la machine à l’oeuvre, on se détend progressivement, impressionné par les capacités de ces véhicules qui pourraient représenter l’avenir de l’automobile.

Arrivés à un stop, c’est à nous de nous engager, mais la voiture en face nous coupe la route. Le technicien d’Uber assis à la place du conducteur pour parer à toute urgence saute sur le volant pour éviter l’accident… mais c’est tout à fait inutile. Bardée de capteurs et de systèmes informatiques pointus, la Ford Fusion autonome d’Uber a repéré la manoeuvre cavalière du conducteur pressé et a freiné toute seule sans problème. Une fois l’obstacle passé, elle reprend gentiment sa route préprogrammée pour nous conduire à destination dans le dédale des rues de Pittsburgh avec ses collines escarpées, ses vieilles rues étroites et ses autoroutes en pagaille.

De manière remarquable, il semble y avoir moins d’incidents de ce type dans une voiture autonome que dans un véhicule conduit par un être humain.

Un technicien est assis sur le siège du conducteur, les mains à quelques millimètres du volant. À sa droite, un bouton rouge d’arrêt d’urgence. Juste au cas où. Mais une fois passée la nervosité des dix premières minutes, on découvre que cette machine semble vraiment savoir ce qu’elle fait.

La voiture circule à un train de sénateur, comme conduite par un aimable grand-père, elle garde de confortables distances de sécurité et s’arrête bien derrière les autres. Elle décolle parfois avec un peu plus d’aplomb d’un stop, d’autres fois beaucoup plus doucement. La plupart du temps les décélérations sont progressives et ne rendront pas les passagers malades. Avec quand même de rares coups de freins plus brusques, sans raison apparente.

La voiture autonome est calme et patiente, et elle met ses clignotants pour tourner. À l’inverse de beaucoup de conducteurs…

Les Ford Fusion d’Uber, facilement reconnaissables avec tous leurs équipements embarqués sur le toit (lasers, caméras…), ont encore besoin d’interventions humaines régulières : quand un camion de livraison s’arrête en pleine voie ou qu’un piéton s’engage sur la route de manière imprévue par exemple. Mais ce qui est surprenant, c’est la manière dont le véhicule n’hésite jamais, ne louvoie pas. Un camion arrive en face un peu trop près de la ligne du milieu ? La voiture autonome Uber garde sa ligne, impassible, quand un conducteur aurait pu hésiter et dévier sa trajectoire.

La voiture voit des choses que les humains ne peuvent pas voir, affirme un technicien. Et quand un conducteur zélé double la Ford Fusion dans une zone où les dépassements sont interdits, l’intelligence artificielle ne panique pas et réduit simplement un peu sa vitesse pour recréer une distance de sécurité adéquate. Juste de quoi rassurer le passager.

L’élément le plus dangereux lors des premières présentations aux journalistes en ce début de semaine est que le technicien assis derrière le volant oublie souvent de regarder la route : or la voiture n’est pas encore prête pour cela. Et il faudra encore tester le système sous la neige et sur la glace du rigoureux hiver de ce coin de Pennsylvanie.

Cependant, Uber le sait, le principal défi pour ce « taxi sans chauffeur » résidera dans les moments où le passager doit monter ou descendre du véhicule. Les Ford Fusion d’Uber sont programmées pour trouver des places de parking nettes pour embarquer ou débarquer ses clients, des emplacements souvent durs à trouver dans les grandes villes. Là, un conducteur humain qui s’arrête quelques secondes en double file conserve l’avantage.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 15 septembre 2016 09 h 27

    Faire rouler davantage de voitures

    Au Canada, on compte 24 millions de véhicules routiers immatriculés et seulement 22 millions de détenteurs de permis de conduire. Aurait-on une pénurie de conducteurs pour faire rouler tous ces véhicules ?

    Ainsi le veut la doctrine économique actuelle : la survie s'appuie sur la croissance infinie. Au cours des dernières années, la croissance du parc automobile s'est fait plus rapidement que celle de la population humaine, d'où la pénurie de conducteurs. Il n'y a plus qu'une solution pour que la croissance infinie de l'automobile se poursuive : automatiser la voiture. Cette voiture automatisée servira d'abord et avant tout à faire rouler l'économie – et c'est en roulant qu'elle le fera.

    À court terme, il y a des mesures que l'on pourrait prendre pour augmenter le nombre de conducteurs : abaisser l'âge du permis à 12 ans, inciter les gens âgés à rester au volant, orchestrer la disparition des transports collectifs pour amener plus de gens vers la voiture individuelle, perpétuer les aménagements urbains 100 % automobiles afin d'éliminer les modes de déplacement concurrentiels (vélo, marche et autres micro-véhicules). Mais de telles mesures ne seraient que temporaires, le temps de laisser la voiture autonome entrer dans les mœurs.