Malgré l'envolée de l'euro - La demande intérieure se réveille en Europe

Bruxelles — Chaînon manquant de la reprise naissante de la zone euro, la demande intérieure a commencé à se réveiller fin 2003 et pourrait se consolider cette année, garantissant à l'Europe une croissance modeste mais réelle, malgré l'envolée de l'euro.

Après une longue léthargie, l'investissement des entreprises en Allemagne et en France, les deux poids lourds de la région, a redémarré au dernier trimestre de l'année écoulée, selon les données officielles. En Allemagne les investissements, qui s'étaient repliés de 0,5 % au troisième trimestre, ont rebondi de 1,7 % au quatrième, en particulier dans le secteur stratégique des biens d'équipements (+1,9 %). En France, les dépenses d'investissements sont redevenues positives (+0,6 %) fin 2003, pour la première fois depuis près de trois ans.

«Le rebond de l'investissement est désormais confirmé et constitue un élément encourageant pour la croissance», analyse Amélie Derambure, économiste au Crédit agricole.

C'est la reprise, depuis l'été dernier, d'exportations nourries par la forte demande mondiale, qui a revigoré les entreprises en les encourageant à investir. «Une séquence vertueuse se met en place» qui va de la reprise des exportations à celle des investissements, conduisant à une amélioration de l'emploi qui devrait redresser à son tour le moral des ménages et leur consommation, estime Mme Derambure. Selon elle, l'envolée de l'euro, érodant la compétitivité des exportations européennes, reste cependant «le principal risque pour la reprise» de la zone euro qui devra se contenter d'une «croissance modeste de 1,4 % cette année».

Les poids lourds

L'économie allemande, à la traîne depuis plusieurs années, semble aujourd'hui la plus prometteuse. Berlin a vu ses exportations atteindre un pic à 607 milliards d'euros durant les onze premiers mois de l'année 2003, en hausse de 1 %. Au dernier trimestre, elles n'ont augmenté que de 0,3 % mais il pourrait s'agir d'un rattrapage après l'envolée de 3,8 % du trimestre précédent.

«L'Allemagne profite de sa bonne spécialisation pour accroître ses parts de marché dans le monde», relève Florence Béranger, de CDC-Ixis. L'industrie reprend des couleurs: les commandes qui lui ont été adressées ont progressé de 1,6 % sur un mois en décembre, et sa production s'est accrue de 2,2 % au quatrième trimestre. Mais les restructurations industrielles qui ont permis cette embellie ont aussi un revers: elles ont détérioré l'emploi et le moral des ménages, qui ont freiné leur consommation (-0,4 % au quatrième trimestre).

En France, la hausse de 1 % des exportations au dernier trimestre 2003, au même rythme que le précédent, a été plutôt décevante. «Cependant, la vigueur de la reprise industrielle mondiale nous fait penser que le commerce extérieur continuera à stimuler l'activité dans la première moitié de 2004, malgré l'euro», tempère Nicolas Sobczak, économiste à Goldman Sachs. «Nous attendons une accélération de l'investissement dans les prochains trimestres, et la consommation devrait suivre.»

La consommation en France a déjà mieux résisté qu'en Allemagne, avec une progression de 1,6 % l'an passé.

L'Italie, elle, a été pénalisée par l'euro: ses exportations ont baissé de 5,2 % en valeur en 2003. «Spécialisée dans les produits de moyenne gamme, l'industrie italienne a eu plus de mal à soutenir la concurrence des pays de l'est de l'Europe et de l'Asie», relève Amélie Dermabure.

Quant à l'Espagne, sa forte croissance est en trompe-l'oeil, estime dans une étude Patrick Artus de la CDC. Spécialisé dans «des secteurs peu sophistiqués» avec une «faible taille du secteur technologique», et un «déficit commercial chronique», le pays a basé sa croissance sur des facteurs non récurrents, comme les aides de l'UE, stratégie qui le condamne à «l'appauvrissement», estime cet économiste.