Réévaluation du yuan chinois: danger, disent les économistes

Pékin — De plus en plus d'économistes soutiennent que tout changement brutal de la politique monétaire chinoise, comme une réévaluation du yuan, demandée avec insistance par les États-Unis, pourrait provoquer un cataclysme financier en Chine et dans le monde.

«Dans un environnement mondial hautement spéculatif, un changement soudain affectant le yuan pourrait inciter à une forte spéculation sur le marché des changes», estime Andy Xie, économiste en chef chez Morgan Stanley à Hong Kong, dans une étude sur le sujet.

«Cela pourrait provoquer une crise financière majeure compte tenu de l'abondance des actifs accumulés [aux États-Unis] alors que les taux d'intérêt étaient bas», explique-t-il, suggérant entre autres que les investisseurs pourraient alors se tourner vers la Chine. Le yuan est lié depuis dix ans par une parité quasi fixe au billet vert, par rapport auquel il ne varie que dans une fourchette très étroite d'un dollar pour 8,276 à 8,28 yuans.

Les pays occidentaux, principalement les États-Unis, poussent pour obtenir une réévaluation du yuan, dont la faiblesse procure, selon Washington, un avantage compétitif indu aux produits chinois sur le marché américain.

La baisse du dollar face à l'euro et aux principales devises accroît la pression sur Pékin. Et depuis plusieurs jours, la banque centrale chinoise tente de faire taire la rumeur d'une réévaluation prochaine, de l'ordre de 5 %, la déclarant «sans fondement».

«C'est grâce à ce système de taux de change [fixe] que le yuan a pu rester stable au moment de la crise financière asiatique», a répété un porte-parole de la banque, cité jeudi dans la presse chinoise.

L'entêtement des autorités n'empêche toutefois pas les pressions financières d'augmenter, selon Guan Tao, un responsable de l'Administration d'État des changes. Les critiques américaines n'ont fait qu'attirer l'argent en Chine, les investisseurs pariant pour un réajustement de la parité yuan-dollar, a-t-il expliqué dernièrement dans un commentaire signé pour le quotidien officiel China Securities Journal.

Pour Paul Coughlin, directeur chez Standard and Poor's Asia Pacific, l'agence de notation, le système financier chinois est trop fragile pour supporter une bourrasque monétaire. «Si la monnaie chinoise se mettait à flotter, le système bancaire aurait du mal à maîtriser la situation», disait-il récemment lors d'un point de presse à Pékin. «Nous pensons que cela déstabiliserait le système financier chinois», ajoutait-il.

Conséquences sur l'emploi et les revenus

Les conséquences d'un yuan flottant dépasseraient le cadre du système financier. Il y aurait des répercussions inquiétantes sur l'emploi et les revenus en Chine, selon les observateurs.

Si les gains engrangés par les exportations vers le marché américain diminuaient, les entreprises des provinces côtières compenseraient par une économie sur les salaires. «Les provinces de l'intérieur dépendent pour beaucoup des revenus gagnés par les migrants qui travaillent sur la côte», rappelle Any Xie. «Un coup porté aux exportateurs côtiers aurait un impact dévastateur sur les provinces de l'intérieur», estime l'analyste.

Le premier ministre Wen Jiabao et le gouverneur de la Banque centrale, Zhou Xiaochuan, répètent, en termes volontairement vagues, que le yuan devrait rester «pratiquement stable». Des experts interprètent ce flou comme un signe que le yuan pourrait finalement être réévalué modérément.

Un yuan rattaché à un panier de devises, incluant l'euro et le yen, serait un autre scénario possible, plus supportable pour l'économie chinoise, selon les experts. «Un petit ajustement ou un rattachement à un panier de devises n'aurait pas un impact important», avance Paul Coughlin.