Un service public, mais à quel coût?

Selon le groupe de travail qui s’est penché sur les perspectives de la société d’État, Postes Canada pourrait pallier les économies perdues par la suspension de la conversion en facturant 22 $ par année à tous les ménages, ou 88 $ aux ménages qui reçoivent la livraison à domicile.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Selon le groupe de travail qui s’est penché sur les perspectives de la société d’État, Postes Canada pourrait pallier les économies perdues par la suspension de la conversion en facturant 22 $ par année à tous les ménages, ou 88 $ aux ménages qui reçoivent la livraison à domicile.

Le statu quo du modèle actuel entraînera pour Postes Canada des pertes annuelles de plus de 700 millions d’ici 10 ans, estime la firme comptable Ernst Young dans une analyse remise au groupe de travail qui s’est penché sur les perspectives de la société d’État.

Très attendue par la direction et le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), qui se sont récemment entendus sur des conventions collectives de courte durée afin d’aborder les grands enjeux de façon plus approfondie, l’analyse du groupe de travail servira de base à une grande consultation gouvernementale.

Le groupe de travail de quatre personnes ne prend pas position sur les manières de restructurer la société, d’ajuster ses coûts ou de générer des revenus, mais énumère diverses options. Parmi celles-ci figurent la poursuite de la conversion aux boîtes communautaires (économies de 400 millions par année), la livraison un jour sur deux (74 millions) et la conversion en franchises des 800 bureaux de poste les plus rentables (177 millions).

On évoque aussi la possibilité de distribuer la marijuana advenant sa légalisation. « Grâce à son réseau de livraison national, inégalé à l’heure actuelle, Postes Canada est en position avantageuse pour saisir une part importante du volume d’expédition de marijuana utilisée à des fins récréatives », a écrit le groupe.

Le groupe, qui dit vouloir « alimenter » la discussion, soupèse également les avantages et les inconvénients des mesures. Par exemple, la conversion des bureaux de poste en franchises aurait des défis de nature syndicale alors que la livraison un jour sur deux pourrait être difficile, car il « faudrait regrouper des itinéraires et des dépôts, intégrer la livraison de colis et convertir des boîtes postales communautaires ». La privatisation ne fait pas partie des options énumérées.

« Les perspectives financières sont préoccupantes, en grande partie en raison de l’érosion des volumes et d’une augmentation constante des coûts », a écrit le groupe de travail, selon lequel Postes Canada « est à la croisée des chemins », car l’augmentation des coûts dépasse celle des revenus. « Les projections pour la période 2016-2026, dans la mesure où l’on continue de suspendre le plan d’action en cinq points, indiquent que Postes Canada n’est pas financièrement viable sans une nouvelle croissance des revenus ou une réduction significative des coûts. »

Le plan en cinq points, adopté par Postes Canada sous le règne du gouvernement Harper, visait des économies de 700 à 900 millions par année et projetait une « autonomie financière » d’ici 2019. Environ la moitié de cette somme devait découler du recours aux boîtes postales communautaires de manière à éliminer la livraison à domicile. Or la conversion du service à domicile a été suspendue en 2015 lors de l’élection du Parti libéral, car le chef Justin Trudeau en avait fait un engagement.

Coût par adresse

Selon le groupe de travail, Postes Canada pourrait pallier les économies perdues par la suspension de la conversion en facturant 22 $ par année à tous les ménages, ou 88 $ aux ménages qui reçoivent la livraison à domicile. Elle pourrait aussi augmenter le prix du timbre de 17 %, mais cela aurait des conséquences négatives.

Aux prises avec des volumes de lettres décroissants, Postes Canada a tiré profit d’une forte hausse de la livraison de colis, conséquence de la popularité grandissante du commerce en ligne. Au cours des six premiers mois de 2016, les revenus ont atteint 3,99 milliards, en baisse de 0,3 % par rapport à 2015. Le bénéfice net est passé de 12 à 32 millions.

La société compte environ 64 000 employés, dont 50 000 sont représentés par le STTP. Son statut de société de la Couronne remonte à 1981.

Le groupe de travail était dirigé par Françoise Bertrand, présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, et comptait aussi Jim Hopson, Krystyna Hoeg et Marena McLaughlin.

La direction de Postes Canada s’est dite « très satisfaite » du rapport. « Nous nous réjouissons des échanges importants qu’il inspirera », a-t-elle écrit dans un communiqué. « Le rapport exhaustif réaffirme les enjeux auxquels est confronté le système postal ainsi que la voie que suivait la Société en vue d’assurer son avenir pour l’ensemble des Canadiens. »

La direction de Postes Canada affirme depuis longtemps que son régime de retraite est devenu un fardeau. Son déficit de solvabilité, qui désigne les sommes devant être déboursées si la société fermait ses portes, était de 8,1 milliards au 30 juin. Le syndicat préfère évaluer sa santé sur une base de continuité, laquelle montre plutôt un excédent de plus d’un milliard.

Le syndicat milite fortement pour l’offre de services bancaires dans les bureaux de poste afin de générer des revenus et de desservir des communautés délaissées par l’industrie bancaire. Le groupe de travail ne croit pas vraiment à un service bancaire postal « à grande échelle », mais juge réaliste l’idée d’un partenariat avec des banques ou des coopératives d’épargne.

Au cours des prochaines semaines, les syndiqués devront se prononcer sur des ententes de principe conclues le 30 août. L’enjeu du régime de retraite a été laissé de côté.

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 13 septembre 2016 09 h 36

    C'est presque une blague...

    Alors que nous nous sommes débarassé de la correspondance par courrier, la quasi totalité des lettre que je reçois sont de la publicité, non sollicitée je tiens à le préciser, on veut nous imposer une charge supplémentaire...

    Ça va pas la tête...