Mesurer l’emploi autrement

Quelque 26 200 emplois ont été créés en août d’un océan à l’autre.
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir Quelque 26 200 emplois ont été créés en août d’un océan à l’autre.

Aussitôt publiées par Statistique Canada, les plus récentes données sur l’emploi au pays laissent place à une grande interprétation, voire à des conclusions contradictoires sur l’état de l’économie. Pour remédier à ces « guerres de chiffres » idéologiques, l’Institut du Québec (IQ) offre deux nouveaux indices, qui concluent à un marché de l’emploi plus vigoureux en août, mais de moins bonne qualité.

Les données sont pourtant claires : 26 200 emplois ont été créés en août d’un océan à l’autre. Le rebond de l’emploi comble partiellement le recul de juillet (-31 200 emplois au Canada) et n’a pas été suffisant pour faire baisser le taux de chômage, en hausse de 0,1 point de pourcentage par rapport à juillet, pour atteindre 7 %, à cause de la hausse de la population active. La plus forte progression de l’emploi provient du Québec, avec 21 900 postes créés en août, dont plus des deux tiers sont à temps partiel.

Le gouvernement du Québec voit dans ces données une confirmation du succès de ses politiques économiques. « Cela vient conforter les actions prises par notre gouvernement en matière d’emploi. […] Les jeunes, comme toute la population, doivent être optimistes en ce qui concerne leur avenir sur le marché du travail », écrit le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, dans un communiqué. Actuellement, 4 128 700 personnes travaillent dans la province.

Analysant les mêmes données de Statistique Canada, l’opposition à l’Assemblée nationale n’y voit pas que de bonnes nouvelles. Le Parti québécois qualifie le rebond de « mince rattrapage après un été catastrophique », critiquant du même souffle que seuls 65 000 des 250 000 emplois promis ont été créés depuis l’arrivée au pouvoir du Parti libéral. « Soulignons qu’aucun emploi à temps plein n’a été créé au Québec depuis le début de l’année 2016 », écrit Sylvain Gaudreault, porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances et revenu.

Même les grandes banques ont divers avis sur les données d’août. La Banque Nationale écrit que les derniers chiffres sont « au-dessus des attentes » au pays, alors que Desjardins retient que « la tendance de l’emploi [au Canada] reste faible malgré un rebond en août ».

Pour la fin du débat sur les chiffres

Pourquoi les mêmes données, censées être neutres, laissent-elles place à autant d’interprétations et de débats ? « Lorsqu’on parle des statistiques sur l’emploi, on a tendance à regarder seulement le taux de chômage et la création d’emplois. Le chômage est moins révélateur parce que la population vieillit, et la création d’emplois ne parle pas de la qualité des emplois », explique Mia Homsy, directrice de l’Institut du Québec. L’organisme, né en 2014 d’un partenariat entre le Conference Board du Canada et HEC Montréal, propose de mettre fin « à une guerre de chiffres interminable » à l’aide de deux nouveaux indices composites : vigueur du marché du travail et qualité des emplois.

Le constat de l’IQ, à la lumière des données pour août : une hausse de la vigueur, mais une baisse de la qualité des emplois. Dans les deux cas, la tendance est observable depuis plusieurs mois.

La vigueur de l’emploi est calculée en compilant les données du taux d’emploi des 25 à 54 ans, du taux de chômage (en baisse), du chômage de longue durée (en baisse), de la part de l’emploi dans le secteur privé (en hausse), de l’utilisation de la main-d’oeuvre (en hausse) et du taux d’activité (en baisse). Après un creux marqué en août 2014, l’IQ note une croissance soutenue de la vigueur du marché du travail du Québec depuis un an.

Par contre, la qualité de ces emplois laisse à désirer. L’IQ la mesure à partir de données jugées « décevantes » en août, dont la rémunération, la croissance de l’emploi à temps plein, dans les secteurs privé et public, et la part des travailleurs temporaires. Le salaire horaire (en hausse) et la part des travailleurs à temps partiel involontaires (en baisse) viennent toutefois atténuer la baisse de qualité globale des emplois, qui diminue lentement depuis août 2015.

Il s’agit de la première publication des données sur la vigueur et la qualité de l’emploi, exercice que l’Institut du Québec entend répéter mensuellement.

3 commentaires
  • Marie-Josée Gagné - Inscrit 10 septembre 2016 08 h 30

    Félicitations à L'IQ

    Enfin, nous pourrons connaître la situation de l'emploi avec des indicateurs différents de ceux de 1960.
    Il est aussi grand temps que le statut de travailleur autonome cesse d'être considéré comme un emploi de moindre qualité qu'un emploi permanent. Pourquoi?
    Le statut d’emploi permanent n’a plus la même valeur qu’avant. Qui peut prétendre que la permanence de son emploi est garantie ? Peu de gens en dehors des employés de l’état.
    Le statut de travailleur autonome est riche parce que :
    a. la majorité d’entre eux travaillent pour plus d’un « client » ce qui diminue leur dépendance envers un seul employeur
    b. ces gens savent qu’ils doivent livrer un travail de haute qualité afin de poursuivre leur implication chez leurs clients
    c. ces personnes développent la capacité de se trouver du travail par eux-mêmes.
    En conclusion, une société avec un plus grand nombre de travailleurs autonomes est une société plus dynamique et plus prospère, le contraire de ce que les écrits sur la qualité de l’emploi nous suggèrent.

    • Ronald Houde - Abonné 10 septembre 2016 13 h 35

      Totalement d'accord avec vous, Marie-Josée. Les jeunes aujourd'hui ont abandonné le modèle de nos parents et veulent garder le contrôle de ce qu'ils font et pour qui ils le font.
      Les gouvernements, par contre, ne sont pas fous du modèle, car ils ne peuvent plus compter sur le prélèvement automatique des impôts sur le revenus et des contributions aux programmes des rentes et de l'assurace-emploi.
      Avec une partie de plus en plus importante de la population ouvrière dans le monde du travail autonome, cette population pourra entrevoir appuyer ou démettre un gouvernementavec son portefeuille plutôt qu'un bulletin de vote...

  • Bernard Terreault - Abonné 10 septembre 2016 09 h 22

    Bel effort

    Espérons que cet Institut soit et demeure réellement objectif et ses méthodes rigoureuses. Il sera plus difficile pour les politiciens de jouer avec les chiffres.