Talons aiguilles à Toronto, souliers plats à Berlin

Richard Baker, gouverneur et président exécutif de la Baie d’Hudson.
Photo: Christopher Katsarov Agence France-Presse Richard Baker, gouverneur et président exécutif de la Baie d’Hudson.

Plus d’un an après son entrée sur le marché européen avec le rachat de Galeria Kaufhof, la Compagnie de la Baie d’Hudson, le grand détaillant canadien, admet qu’il n’a pas fini de découvrir les subtiles différences culturelles entre les consommateurs des deux continents.

« Il y a beaucoup à apprendre et il y a beaucoup de différentes nuances », a souligné mercredi Richard Baker, gouverneur et président exécutif de la Baie d’Hudson (HBC), lors d’un entretien.

Les différences touchent notamment les genres de souliers, de sacs à main, et de produits cosmétiques que les Européens préfèrent, par rapport aux Canadiens et aux Américains.

« Il y a une plus grande inclinaison chez les femmes pour les souliers à talons hauts, à talons aiguilles, en Amérique du Nord qu’en Europe », a observé le chef de la direction, Jerry Storch.

« Lorsqu’on demande aux gens pourquoi, eh bien, ils répondent que les Allemandes ont simplement un plus grand sens pratique, par exemple. Ou qu’il y a davantage de rues pavées alors elles n’aiment pas autant les talons aiguilles. Ce n’est pas qu’il ne devrait pas y avoir de talons aiguilles dans notre gamme de produits […], mais il ne devrait pas y en avoir autant que dans le centre-ville de Toronto, par exemple. »

HBC a racheté l’an dernier Galeria, le plus grand détaillant en Allemagne et en Belgique, pour 3,9 milliards. Il s’agissait de sa première incursion dans un marché à l’extérieur de l’Amérique du Nord. La transaction a vu HBC prendre le contrôle de plus de 135 emplacements de vente au détail, plusieurs centres de logistique, entrepôts et autres propriétés, ainsi que le siège social de Galeria Kaufhof à Cologne, en Allemagne.

Depuis, il a dévoilé un important plan d’expansion pour l’Europe qui entraînera l’ouverture d’une vingtaine de magasins La Baie d’Hudson et Saks Off 5th dans les Pays-Bas. La société a déjà signé des baux à long terme pour 11 de ces magasins.

Selon M. Storch, les changements apportés aux activités allemandes par rapport à celles du Canada et des États-Unis — comme les ajustements au personnel des comptoirs de produits de beauté et le plus grand nombre de promotions — ont été couronnés de succès.

« Tout ce que nous avons essayé a fonctionné. Je dis ça en toute humilité », a-t-il affirmé lors d’une conférence téléphonique avec des analystes, avant l’entretien.

« Lorsque nous avons racheté Kaufhof, nous avions dit que nous n’allions pas arriver en faisant comme si les Nord-Américains en savaient plus. »

La Compagnie de la Baie d’Hudson a affiché mardi, après la clôture des marchés, une perte nette de 142 millions pour son deuxième trimestre, ce qui se comparait à un bénéfice net de 59 millions pour la même période l’an dernier.

La plus grande partie de la perte a été attribuée à une augmentation des coûts liés aux ententes de la coentreprise de HBC avec la société de placement immobilier RioCan et Simon Property Group.

La société torontoise, aussi propriétaire des détaillants de luxe Lord Taylor et Saks Fifth Avenue, a affiché des ventes consolidées en hausse de 60 % à 3,25 milliards pour le trimestre clos le 30 juillet. Ce gain était essentiellement attribuable à l’ajout de HBC Europe et des activités de commerce électronique Gilt.

Selon M. Baker, la société, fondée en 1670, n’est pas activement à la recherche de nouvelles acquisitions à l’étranger — du moins pour l’instant.

« Bien franchement, nous sommes déjà assez occupés. Il y a une énorme croissance et d’énormes occasions dans ce que nous détenons déjà, et si nous devions ne jamais acheter une autre entreprise, il y aurait une longue séquence de croissance seulement avec l’amélioration de ce que nous détenons », a-t-il indiqué aux analystes pendant la conférence téléphonique.