Filière éolienne: un manufacturier de Matane en panne de contrats

Les derniers parcs éoliens du Québec doivent entrer en service l’an prochain.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les derniers parcs éoliens du Québec doivent entrer en service l’an prochain.

Faute de contrats à court terme, l’usine de tours en béton exploitée par Enercon à Matane, une des quatre installations manufacturières de la filière éolienne au Québec, s’apprête à mettre à pied la majeure partie des employés restants pour ne garder que le personnel essentiel au maintien du bâtiment.

Le complexe matanien du groupe allemand, dont l’effectif de 150 travailleurs il y a quelques années n’était plus que d’une soixantaine au printemps dernier, a terminé sa production depuis un certain temps et le carnet de commandes est à sec. Selon Eva Lotta Schmidt, gestionnaire en développement des affaires chez Enercon Canada, l’usine compte présentement 15 employés, dont deux seront remerciés à la fin de la semaine et neuf autres la semaine prochaine. Par la suite, quatre employés seront en poste de manière permanente.

« Nous ne voulons pas fermer l’usine. Ça ne fait pas partie de nos plans, a dit Mme Schmidt lors d’un entretien téléphonique. Nous travaillons avec tous les partenaires possibles pour faire bouger les choses au Québec. Nous croyons qu’il y a un bon potentiel, un bon régime de vent, et les prix du dernier appel d’offres étaient ultracompétitifs avec n’importe quelle autre forme de nouvelle électricité produite au Québec. »

Stratégie énergétique

Les derniers parcs éoliens du Québec doivent entrer en service l’an prochain. Les mises à pied prévues chez Enercon surviennent alors que la filière éolienne supplie le gouvernement Couillard de donner une direction claire pour la suite des choses dans un contexte où son plan stratégique mise sur une augmentation de production de 25 % des énergies renouvelables d’ici 2030.

Selon le Créneau éolien ACCORD au TechnoCentre éolien, à Gaspé, la filière éolienne compte 5000 personnes, majoritairement dans les services. Dans la Matanie et la Gaspésie, région désignée de l’éolien, il y a 1200 emplois, dont 535 dans les usines. Outre Enercon, il y a l’usine de tours d’acier de Marmen à Matane, l’usine de pales de LM Wind Power à Gaspé et le groupe québécois Fabrication Delta, spécialisé dans les tours d’acier à New Richmond.

Arrimés à des exigences de contenu local dans une perspective de développement régional, des appels d’offres pour des parcs éoliens de producteurs privés ont eu lieu en 2003, en 2005, en 2009 et en 2013. Le prix moyen du dernier appel d’offres était de 6,3 ¢ du kWh. Cependant, le gouvernement a averti qu’un cinquième appel d’offres n’aurait pas lieu si les excédents d’électricité d’Hydro-Québec ne passaient pas de 4 % à 2,5 %.

D’ici là, les entreprises font du démarchage dans les autres marchés. Un autre équipementier, LM Wind Power, a confirmé la semaine dernière qu’il doit embaucher 85 travailleurs supplémentaires, portant son effectif à 285 personnes, en raison d’un contrat de plusieurs années décroché aux États-Unis.

« Le dernier contrat sur lequel on travaillait était destiné à l’Ontario, a dit Mme Schmidt. L’Ontario a des règles de contenu local, et la partie effectuée par Matane était celle dont la production est permise à l’extérieur de la province. » Enercon, qui compte 45 usines dans le monde, fait du démarchage dans l’Ouest canadien, notamment en Alberta et en Saskatchewan, de même qu’en Ontario. Elle regarde aussi du côté des Maritimes et du marché américain, où l’éolien est en forte croissance.

Puisque l’usine de Matane fabrique des tours en béton, le poids et la taille des pièces favorisent un rayon d’exportation d’environ 500 kilomètres. Au-delà de cette distance, le transport peut nuire aux coûts.

Le maire de Matane, Jérôme Landry, a rencontré la direction d’Enercon à Montréal mercredi afin de faire le point comme il en a l’habitude lorsqu’il est de passage dans la métropole. M. Landry a indiqué qu’une rencontre est prévue la semaine prochaine entre le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, et les maires de Matane, de Gaspé et de New Richmond. Ce rendez-vous s’inscrit dans la foulée de la création d’une cellule d’intervention.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 1 septembre 2016 08 h 42

    pourquoi toujours parasiter le gouvernement

    n'était-il pa prévisible que cette fillière allait se developper qu'avec le temps, surtout que nous sommes dans une ère de surplus d'électricité, il y a certaiment encore des zones qui auraient intérêts a être électrifier avec des éoliennes, la difficulté n'est-il pas les gens qui seraient près a s'y intéresser et a y investir, pourquoi ces compagnies attendent toujours l'apport du gouvernement, que je hais ce type de parasitage, n'est-ce pas la pire des attitudes