La CSN, un acteur naturel de l’économie sociale

Anne Gaignaire Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Économie sociale

Avec 15 000 membres dans des organismes de l’économie sociale et plusieurs outils collectifs, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) est très engagée dans le domaine qui rejoint ses valeurs et sa mission ; un secteur vigoureux qui prend de l’ampleur.

Comme c’est le cas pour la plupart des organisations syndicales, le rôle de la CSN ne s’arrête pas à la défense des travailleurs. En arrière-plan, c’est tout un projet de société qu’elle défend, rappelle Pierre Patry, trésorier de la centrale syndicale. Que ce soit pour « démocratiser les lieux de travail ou faire en sorte que les travailleurs aient la mainmise sur leur argent », la CSN a toujours voulu démocratiser l’économie. Son engagement envers l’économie sociale date même de ses origines, comme le souligne une étude du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES)* : dès la fin des années 30, la CSN participe à l’âge d’or des coopératives.

Aujourd’hui, 15 000 membres de la CSN (sur 325 000) travaillent en économie sociale. La proportion est en revanche assez récente, puisque la plupart — 11 000 — se trouvent dans les centres de la petite enfance (CPE), qui se sont syndiqués progressivement ces dernières années. La CSN était déjà présente dans les garderies privées dans les années 70, c’est donc tout naturellement qu’elle a pris sa place dans les CPE lorsque ceux-ci ont commencé à être aux prises avec des coupes budgétaires et des « attaques du gouvernement », explique Pierre Patry. Le reste des membres de l’économie sociale travaille dans des organismes à but non lucratif (OBNL) ou des coopératives dans divers secteurs d’activité (social, environnement, etc.).

Parfois les mêmes défis que dans le privé

 

Si la CSN, par philosophie, veut développer l’économie sociale dans divers secteurs, tels que l’éducation, la santé et les services sociaux, notamment, il ne faut pas pour autant que ça devienne de la main-d’oeuvre à bon marché, qui se substituerait à des emplois du secteur public, comme on commence à le voir dans les soins à domicile, met en garde Pierre Patry : « Il faut trouver la frontière pour conserver au public ce qui doit l’être ! »

Le syndicat reste donc vigilant et, même au sein des organismes d’économie sociale dans lesquels il est présent pour représenter les travailleurs, il veille au grain, car « nous nous heurtons parfois aux mêmes problèmes que dans des entreprises privées quant aux conditions de travail », constate Pierre Patry. « Dans les organismes d’économie sociale, certains problèmes liés aux conditions de travail surviennent à la suite de coupes budgétaires », poursuit le trésorier de la CSN, qui fait parfois front avec ces organismes dans sa lutte contre le gouvernement. « On a participé à certaines manifestations avec les CPE », rappelle Pierre Patry.

Cependant, dans l’ensemble, le travail syndical est plus aisé dans un organisme de l’économie sociale — « où on peut avoir prise sur les décisions, où l’information stratégique est partagée et où on ne recherche pas le rendement à court terme » — que dans une entreprise privée, estime le trésorier du syndicat.

De nombreux outils collectifs

 

La CSN est engagée dans l’économie sociale également en étant un acteur, puisqu’elle a créé au fil des ans de nombreux outils collectifs. Si la Caisse d’économie solidaire, un outil financier innovant, a été créée en 1971, c’est au début des années 90 qu’« un pas de plus est franchi […], alors que la récession économique touche à nouveau le Québec », rappelle l’étude du CRISES. La CSN fonde alors plusieurs organismes, Bâtirente, un REER collectif pour les travailleurs de la CSN, Fondaction et, plus tard, Filaction, deux fonds de développement, ainsi que MCE Conseils, Neuvaction et DSI, des organisations-conseils sur les plans national et international.

Les outils d’économie sociale que la CSN met sur pied lui permettent aussi d’agir dans le domaine du développement durable. Assez tôt, elle a épousé les thèses environnementalistes au point d’en faire un sujet de préoccupation important, soucieuse de poursuivre son projet d’une société durable sur tous les plans. À son congrès de 2008, rappelle l’étude du CRISES, la CSN demande à tous les syndicats de s’inscrire « graduellement dans un processus continu d’action sur les enjeux environnementaux ». C’est donc dans toutes ses sphères d’activité que le développement durable va teinter les décisions. Mais un outil lui est, avec le temps, consacré : Neuvaction, un organisme qui pose des diagnostics socioéconomiques avant un investissement dans une entreprise et qui se spécialise depuis quelques années dans le développement durable.

Étant donné l’expansion de l’économie sociale à l’échelle planétaire, mais aussi au Québec, où elle représente déjà 5 % du PIB avec un chiffre d’affaires de 17 milliards et 125 000 emplois, l’engagement de la CSN dans le domaine ne pourra que croître dans les prochaines années.

*« La contribution de la CSN à une économie solidaire et responsable : des outils collectifs à un Carrefour financier solidaire » — CRISES (2014)

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