Un événement charnière exceptionnel, selon Marguerite Mendell

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Interrogée sur ses attentes quant au Forum, Mme Mendell confie être fort emballée par la tenue de cette rencontre internationale dans la métropole québécoise.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Interrogée sur ses attentes quant au Forum, Mme Mendell confie être fort emballée par la tenue de cette rencontre internationale dans la métropole québécoise.

Ce texte fait partie du cahier spécial Économie sociale

Du 7 au 9 septembre prochains, Montréal sera l’hôte de la troisième édition du Forum mondial de l’économie sociale. À cette occasion, plus de 1000 personnes des quatre coins de la planète se pencheront sur les différentes formes de collaboration possibles entre les gouvernements locaux et les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS). D’après Marguerite Mendell, économiste, professeure à l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia et directrice de l’Institut d’économie politique Karl-Polanyi, l’événement s’annonce particulièrement prometteur. Entretien.

Largement connue dans les réseaux de l’économie sociale, du développement économique communautaire et de la finance solidaire, Marguerite Mendell est l’une des plus réputées spécialistes de l’ESS en Amérique du Nord. Ayant toujours partagé sa carrière entre la recherche universitaire et la pratique au sein d’organismes, elle a développé au fil des 30 dernières années une expertise hors du commun.

En plus d’être membre du conseil d’orientation du prochain Forum mondial de l’économie sociale, Mme Mendell prendra part à plusieurs activités au cours de l’événement. Notamment, le 7 septembre, elle sera l’une des intervenantes lors d’un atelier portant sur le financement de l’ESS au Québec. Puis, le lendemain, aux côtés de M. Christian Iaione, professeur à l’Université LUISS de Rome, et de M. Madani Coumaré, président du Réseau africain de l’ESS et président du Réseau national malien de l’ESS, elle présentera une allocution dont le thème est « L’ESS comme outil stratégique du développement durable des villes ».

Interrogée sur ses attentes quant au Forum, Mme Mendell confie être fort emballée par la tenue de cette rencontre internationale dans la métropole québécoise.

« Il s’agit d’un événement charnière et exceptionnel pour Montréal, et ce, pour plusieurs raisons », indique-t-elle.

Parmi celles-ci, notons d’abord le thème autour duquel s’articulera le Forum. Car d’après la spécialiste, dans le contexte actuel, s’interroger sur les diverses formes que peut prendre la collaboration entre les gouvernements locaux et les organisations de l’ESS s’avère particulièrement pertinent.

« L’événement sera vraiment axé sur les contextes locaux et le développement des villes. C’est tout à fait d’actualité, parce qu’un peu partout à travers le monde, on commence à réaliser que les villes ont la capacité de répondre à plusieurs grands défis sociaux, économiques et environnementaux. Ce qui est très intéressant, c’est que la recherche nous démontre que, là où il y a collaboration entre les acteurs de l’économie sociale et solidaire et les gouvernements locaux, les résultats sont meilleurs. Les possibilités de relance et de restructuration y sont plus grandes, et les objectifs sociaux économiques et environnementaux sont plus souvent atteints », précise Mme Mendell.

Apprendre des autres et tisser des liens

 

Mais il n’y a pas que la thématique du Forum qui enthousiasme l’économiste. Le fait que l’événement regroupe des chercheurs, des acteurs de l’ESS et des membres de divers paliers de gouvernement d’un peu partout à travers le monde s’avère aussi très intéressant aux yeux de Mme Mendell.

« Le modèle québécois d’économie sociale attire beaucoup d’attention internationale ; on est reconnus à travers le monde pour nos initiatives, relève-t-elle. Mais il ne faut pas oublier qu’au Québec, on a aussi appris énormément des expériences d’ailleurs, qu’on a adaptées à nos façons de faire. »

Par exemple, depuis 1997, le Québec compte des coopératives de solidarité. Or, ces dernières sont largement inspirées des coopératives sociales qui ont émergé en Italie dans les années 1960 et 1970 et qui ont été institutionnalisées par une loi en 1991. Dans le même ordre d’idées, le Regroupement des cuisines collectives du Québec s’est beaucoup appuyé sur l’expérience du Pérou pour s’organiser. Également, le modèle de crédit communautaire qui a été implanté au Québec en 1990 a emprunté plusieurs éléments à l’approche mise en avant par la Banque Grameen du Bangladesh, qui, depuis 1976, se spécialise dans le microcrédit.

« Au Forum, il y aura des gens de presque tous les continents qui partageront leur expérience. Ce sera une occasion extrêmement riche d’apprentissage et de partage des meilleures pratiques. Ça va nous permettre d’accroître notre connaissance de ce qui se passe ailleurs dans le monde et, par la suite, nous pourrons utiliser ce que nous avons appris comme levier pour créer de nouvelles initiatives », soutient la spécialiste de l’ESS.

Dans le même esprit, Mme Mendell estime que le Forum sera pour la plupart une excellente occasion de tisser de nouveaux liens. Sa programmation comprenant bon nombre d’ateliers collaboratifs et d’activités sociales, les participants auront maintes occasions de faire d’intéressantes rencontres.

« Il est rare qu’un événement nous donne l’occasion d’avoir accès à autant de gens de différents pays, mais aussi, de différents domaines. Le Forum va permettre aux acteurs de l’économie sociale et solidaire, aux chercheurs et aux représentants des gouvernements d’avoir des échanges formels, mais aussi informels. C’est important, parce que c’est souvent après des rencontres imprévues, autour d’un café ou dans un corridor, que se développent des relations durables qui peuvent mener à toutes sortes de partenariats », note l’économiste.

Si elle s’avère convaincue de l’apport positif qu’aura sur ses participants la troisième édition du Forum mondial d’économie sociale, Mme Mendell dit espérer que celle-ci saura aussi inspirer le milieu académique québécois, et ce, particulièrement sur le plan de la transdisciplinarité.

« Je ne veux absolument pas nier l’importance de la recherche fondamentale ni celle de la recherche appliquée classique, mais je crois que le milieu académique doit s’ouvrir davantage et tenter d’adopter une approche plus transdisciplinaire, conclut l’économiste. C’est quelque chose qui commence à émerger dans divers milieux, mais ce n’est pas encore extrêmement répandu. On doit encourager ces pratiques-là, et j’espère vraiment que les initiatives qui seront présentées lors du Forum inspireront le milieu académique en ce sens. »

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