De belles réalisations pour un monde meilleur

Claude Lafleur Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Économie sociale

Le Forum mondial de l’économie sociale de Montréal foisonnera d’idées et de projets novateurs visant à construire un monde meilleur. En voici deux exemples… parmi tant d’autres !

« L’union fait la force » a beau être un cliché, il s’applique pourtant judicieusement à l’économie sociale. C’est ainsi que, dans le cadre du Forum mondial de l’économie sociale, des représentants de France et de Corée du Sud nous parleront des projets dont, espèrent-ils, on pourrait s’inspirer.

Dans un premier temps, Thibault Cuénoud présentera la plateforme de sociofinancement jadopteunprojet.com, qui, en deux ans, a permis le démarrage d’une cinquantaine d’entreprises d’économie locale en Nouvelle-Aquitaine.

Pour leur part, les représentants d’iCOOP KOREA relateront comment ils ont fédéré 84 coopératives de consommateurs d’aliments produits dans le respect de la nature.

« Nous désirerons également faire état des problèmes d’un monde sans cesse plus globalisé et en compétition capitaliste, indiquent les Coréens. Nous désirons ainsi démontrer que la coopération permet de faire une réelle différence dans les petites communautés grâce à la mise en oeuvre d’idées novatrices. »

« Le Forum mondial va nous permettre de rencontrer des acteurs de la finance solidaire et alternative d’un peu partout, et j’espère énormément échanger avec eux, indique M. Cuénoud. Et comme on a tous des idées intéressantes, j’espère pouvoir en récupérer quelques-unes à Montréal ! »

Les Pirates du Clain

 

Thibault Cuénoud présentera ainsi une plateforme de financement participatif, « ce qu’au Québec, vous appelez de sociofinancement, dit-il. La plateforme jadopteunprojet.com est une sorte d’ovni, puisque nous sommes la seule du genre en France à avoir été créée par un collectif de financement solidaire. »

Lancée en 2014, cette plateforme permet à de petites PME de voir le jour en collaboration avec le milieu communautaire local et, tout aussi important, aux citoyens de la région du Poitou-Charentes d’y participer.

Il s’agit d’une structure d’économie sociale unique à bien des égards, poursuit M. Cuénoud, qui préside de façon bénévole le projet. C’est ainsi que, dans un premier temps, tout entrepreneur doit se faire accompagner par un organisme de la finance solidaire de sa région. « Cela nous assure que l’entreprise à naître sera suivie avant et tout au long de sa création, puis durant sa croissance, explique M. Cuénoud. Par la suite, en s’associant à notre plateforme, on les aide, entre autres, à créer leur logo, à animer une page Facebook, à développer une stratégie de communication par les réseaux sociaux, à créer une communauté, etc. »

Et, bien entendu, grâce à cette plateforme de sociofinancement, la jeune PME peut récolter quelques milliers d’euros. « Ça peut paraître modeste, admet-il, mais 5000 euros en phase de démarrage peuvent permettre d’acheter de l’équipement et de disposer d’un peu de trésorerie. »

Pour leur part, les citoyens de la région s’impliquent en faisant des dons aux entreprises de leur choix. Le don moyen s’élève aux environs de 60 à 65 euros, précise M. Cuénoud, alors qu’en contrepartie, le donateur reçoit éventuellement un « petit cadeau ».

Il cite ainsi l’exemple de trois jeunes de Poitiers « en situation de non-emploi » qui désiraient créer une microbrasserie. « On leur a d’abord dit qu’ils se devaient d’être accompagnés par des acteurs de la finance solidaire qui les aideraient à concevoir leur projet,explique M. Cuénoud. Ils ont ainsi créé la brasserie Les Pirates du Clain. Et une fois leur projet bien amorcé, ils sont venus nous voir pour procéder à une collecte de fonds… ce qui leur a aussi permis de se faire connaître. »

En deux ans, jadopteunprojet.com a de la sorte créé une communauté d’environ 1800 citoyens qui contribue au démarrage d’entreprises à saveur sociale et communautaire. « Ces citoyens sont également de futurs consommateurs, lance, sourire en coin, M. Cuénoud,puisqu’ils développent par la suite un intérêt pour l’achat de… bière locale ! »

« À l’heure actuelle, notre plateforme présente une cinquantaine de projets et nous connaissons une évolution d’environ 120 % d’activités tous les mois, dit-il avec satisfaction. Nous commençons à être bien connus — et même reconnus — comme plateforme solidaire. Et nous sommes tout à fait ouverts à partager notre expérience et nos ressources, même que nous le souhaitons », annonce-t-il.

Quand les femmes s’y mettent

Dans les années 1980, un nombre croissant de consommateurs sud-coréens s’inquiétait de la qualité des aliments qu’on leur offrait étant donné l’usage excessif de pesticides. Ils observaient également une baisse notable des quantités de grains et de céréales en provenance de l’étranger — d’où la naissance d’une certaine insécurité alimentaire.

C’est ainsi qu’en 1997, six coopératives de consommateurs se sont regroupées pour former iCOOP KOREA avec comme but concret de mettre en commun leurs ressources. Avant tout, il s’agissait pour elles de favoriser la production locale d’aliments en respect avec l’environnement.

« Notre but, indique-t-on, est d’encourager la consommation éthique par la collaboration. » Il s’agissait en fait d’améliorer la sécurité alimentaire en Corée du Sud tout en se préoccupant de la protection de l’agriculture locale et de l’environnement, et ce, en tout respect pour les personnes et pour les travailleurs.

Résultat : iCOOP KOREA rassemble à présent 246 690 consommateurs regroupés au sein de 84 coopératives. Fait remarquable, souligne-t-on : 99 % des membres sont des femmes, alors que 3000 d’entre elles dirigent et animent ces coopératives et tout ce mouvement de solidarité.

Autre fait remarquable, rapporte-t-on : lorsqu’une coopérative atteint une certaine taille, elle se scinde en deux afin de préserver une échelle humaine ou, plus particulièrement, son fonctionnement démocratique, de façon à ce qu’elle reste toujours très près de la communauté qu’elle dessert.

À l’occasion du Forum de Montréal, les Coréens présenteront leur nouveau projet au nom évocateur : Natural Dream Park. Il s’agit de deux complexes industriels nouveau genre spécialisés dans la production d’aliments respectueux de l’environnement et de leur communauté.

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