Les villes à l’heure de l’économie sociale

Martine Letarte Collaboration spéciale
Les représentants d’environ 325 municipalités sont attendus à Montréal cette semaine sur le thème de la « Collaboration entre les gouvernements locaux et les acteurs de l’économie sociale et solidaire pour le développement des villes ». En vignette, le Village au Pied-du-Courant, aménagé par l’OBNL la Pépinière.
Photo: Jean-Michael Seminaro Les représentants d’environ 325 municipalités sont attendus à Montréal cette semaine sur le thème de la « Collaboration entre les gouvernements locaux et les acteurs de l’économie sociale et solidaire pour le développement des villes ». En vignette, le Village au Pied-du-Courant, aménagé par l’OBNL la Pépinière.

Ce texte fait partie du cahier spécial Économie sociale

Le Forum mondial de l’économie sociale (GSEF) 2016 se tiendra à Montréal dès mercredi. Des leaders du domaine provenant de mégapoles comme de petites municipalités d’une soixantaine de pays dans le monde s’y retrouveront pour mettre en avant leurs meilleures stratégies.

Ce matin, vous payez une facture sur AccèsD de Desjardins avant de vous rendre au travail. Vous êtes en retard, alors vous sautez dans un taxi Coop pour aller reconduire fiston au CPE et votre plus grande à son collège privé. Vous faites un saut en chemin pour acheter un café équitable issu d’une coopérative de petits producteurs mexicains. Après le travail, vous allez rejoindre des amis aux Jardins Gamelin, puis terminez la soirée au Divan Orange, où il y a un spectacle que vous ne voulez pas manquer. Sans vous en rendre compte, vous venez de faire sept transactions ou activités en économie sociale.

« À peu près tout le monde au Québec fait affaire chaque jour avec des entreprises d’économie sociale sans nécessairement en être conscient », constate Jean-Martin Aussant, directeur général du Chantier de l’économie sociale, qui organise le GSEF 2016 avec la Ville de Montréal.

Les derniers chiffres datent, et le gouvernement est en train de refaire un portrait à jour, mais on parle de plus de 7000 entreprises d’économie sociale au Québec. Elles emploient plus de 150 000 personnes dans une foule de secteurs.

« L’économie sociale génère environ 10 % du PIB du Québec, indique Jean-Martin Aussant, économiste de formation. C’est rare dans le monde, les endroits où l’économie sociale est aussi présente. »

« Dans la métropole, l’économie sociale représente plus que 60 000 emplois, précise pour sa part Denis Coderre, maire de Montréal. C’est incontournable. »

Opter pour l’économie sociale

Qu’est-ce que l’économie sociale au juste ? Au Québec, la loi la définit par trois types d’entreprises : les coopératives, les mutuelles et les organismes à but non lucratif (OBNL). Il y a de grands joueurs, comme Desjardins bien sûr, mais également plusieurs petites initiatives dans différents secteurs de l’économie.

« On voit beaucoup de jeunes en ce moment, particulièrement dans le domaine de l’urbanisme, qui créent des entreprises sous la forme collective parce que cela répond mieux à leurs valeurs en matière de gestion démocratique et de partage plus équitable des retours », constate Béatrice Alain, directrice générale du GSEF 2016.

Par exemple, en plus des Jardins Gamelin, l’OBNL la Pépinière a créé le Village au Pied-du-Courant. Ces lieux visent une nouvelle occupation du territoire pour améliorer les milieux de vie en misant sur le design urbain, l’économie sociale, la culture et l’implication des communautés locales.

« Le thème du forum d’ailleurs fait un clin d’oeil au concept très actuel des villes intelligentes, mais nous l’interprétons dans le sens de tirer profit de l’intelligence collective, explique Béatrice Alain. Lorsqu’on concerte les citoyens pour aménager l’espace public et utiliser les ressources communes, on arrive à quelque chose de plus innovant et qui répond mieux aux besoins locaux. »

Dans les politiques de Montréal

Pour arriver à de tels résultats sur le terrain, il faut pouvoir compter sur une ouverture des gouvernements locaux. La Ville de Montréal, qui a d’ailleurs sa commissaire à l’économie sociale, frappait un grand coup en 2009 en lançant son Partenariat en économie sociale pour un développement solidaire et durable. Montréal s’engageait alors à travailler avec les entreprises d’économie sociale dans le cadre d’une stratégie intégrée pour développer durablement la ville.

« Concrètement, cela signifie que chaque fois que nous réalisons des projets, comme PME MTL, on s’assure qu’il y a quelque chose d’intéressant pour les entreprises d’économie sociale, explique le maire. Ça signifie qu’on travaille avec La Ruche, la plateforme de sociofinancement. Ça veut dire qu’on participe à l’Opération sac à dos des Magasins-Partage. »

Aux yeux de Denis Coderre, ce genre de projets a des impacts directs sur la qualité de vie des gens, sur les plans de la mixité sociale, la réinsertion sociale, la création de richesses et la cohésion sociale.

Comme Montréal, plusieurs villes s’intéressent à l’économie sociale. On en attend environ 325 au GSEF.

« C’est majeur, affirme Denis Coderre. Alors que, dans une vingtaine d’années, près de 70 % de la population mondiale habitera en ville, les villes sont devenues incontournables et elles s’intéressent aux stratégies gagnantes pour mieux intégrer l’économie sociale au développement. Par exemple, pour aborder les enjeux de logement et pour s’attaquer à de grandes problématiques, comme le réchauffement climatique. »

Pour Montréal, le GSEF sera aussi l’occasion d’affirmer son leadership dans le domaine en annonçant officiellement la création de la Maison de l’innovation sociale.

« C’est un projet majeur réalisé avec plusieurs partenaires, comme des universités, de grandes fondations, des praticiens et des gouvernements, mais on ne peut pas donner d’autres détails pour le moment », précise Jean-Martin Aussant.

Inspiration mutuelle

Comme hôte de ce grand événement, est-ce que Montréal peut se considérer comme un exemple à suivre ?

« Il n’y a pas un modèle pour tous, parce que les réalités sont différentes d’un territoire à un autre, précise Béatrice Alain. Cela dit, je pense que le Québec se démarque par son écosystème, qui soutient les initiatives locales en matière de financement, d’accompagnement technique, de réseautage et de renforcement des capacités. »

Par contre, cela ne veut pas dire que le Québec peut s’asseoir sur ses lauriers.

« Plusieurs endroits dans le monde réalisent des choses très innovantes en matière d’économie sociale, renchérit-elle. Je pense par exemple à l’Espagne et à Séoul. Le Forum permettra de mieux voir ce qu’ils font, comment ils ont réussi à mettre en place des mesures et comment cela pourrait faire avancer nos pratiques. »


Pour y participer

Date : Du 7 au 9 septembre

Où : Au Palais des congrès de Montréal, 1001, place Jean-Paul-Riopelle

Quoi : Plus de 30 ateliers et des visites sur le terrain

Pour qui : Pour des participants de tous les continents désirant discuter de la collaboration entre les gouvernements locaux et les acteurs de l’économie sociale pour développer durablement les villes

Site Web : www.gsef2016.org