Ententes de principe entre Postes Canada et ses facteurs

Deux ententes de principe ont été conclues, selon le STTP, soit une pour chaque unité de négociation.
Photo: David Afriat Le Devoir Deux ententes de principe ont été conclues, selon le STTP, soit une pour chaque unité de négociation.

Des milliers de facteurs de Postes Canada devront d’ici quelques semaines se prononcer sur des ententes de principe que leur syndicat recommande d’accepter, mais la durée des conventions serait de deux ans plutôt que quatre car il faut du temps pour régler certains enjeux d’une « grande complexité », laisse entendre la société d’État. Le syndicat a affirmé que le régime de retraite, un enjeu majeur, demeure intact.

Contrairement aux négociations de 2011, quand les employés ont été mis en lockout avant de retourner au travail sous le coup d’une loi spéciale du gouvernement Harper, Postes Canada et le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) se sont entendus dans la nuit de lundi à mardi après un sprint auquel ont participé un médiateur spécial et le directeur général du Service fédéral de médiation et de conciliation.

L’annonce, faite mardi en soirée, survient après neuf mois de pourparlers marqués notamment par des déclarations publiques de la ministre du Travail, MaryAnn Mihychuk, qui a invité les parties à éviter un arrêt de travail, de même que par l’entrée en scène étonnante d’eBay Canada, qui a proposé à ses vendeurs d’envoyer une lettre au premier ministre réclamant une « solution législative » pour régler le conflit.

« Ces conventions sont de deux ans, plutôt que des contrats de quatre ans qui ont généralement été négociés par le passé », a affirmé Postes Canada en se disant « heureuse » du dénouement. La société d’État a toutefois mentionné deux enjeux qui font ombrage à ses affaires : la baisse des volumes de lettres et le régime de retraite à prestations déterminées, qu’elle juge trop lourd. « Cette approche accorde plus de temps pour des discussions plus réfléchies et des analyses plus approfondies afin de régler ces problèmes sans la menace continue d’un arrêt de travail. »

Pas de recours aux moyens de pression

Le STTP représente environ 50 000 des 64 000 employés de Postes Canada. Les membres forment deux unités de négociation : les facteurs urbains, et les facteurs ruraux et suburbains. « Nous ne pouvons pas divulguer les détails de ces ententes pour le moment, mais nous sommes heureux que nos membres n’aient pas à recourir à des moyens de pression », a affirmé le président national du STTP, Mike Palecek.

Dans un bulletin distinct, les deux négociateurs en chef, Sylvain Lapointe et George Floresco, ont déclaré qu’ils n’ont « pas obtenu tout ce que nous voulions, mais nous avons obtenu les éléments essentiels pour parvenir à un règlement négocié ». En premier lieu, le syndicat dit avoir « protégé le régime de retraite à prestations déterminées pour l’ensemble des participants actuels et futurs », et évité des augmentations de primes du régime de soins de santé complémentaire.

Pour l’unité urbaine, qui compte 42 000 membres, il y aura une hausse de salaire de 1 % rétroactive au 1er février 2016 et une autre de 1,5 % le 1er février 2017.

Par ailleurs, le syndicat et Postes Canada ont convenu d’un processus de révision d’équité salariale pour les facteurs ruraux et suburbains. La société d’État a affirmé lors de sa rencontre publique annuelle qu’elle ne voyait pas d’enjeu autour de cette question. Le processus « ne s’enlisera pas devant les tribunaux pendant des dizaines d’années », ont écrit les négociateurs du STTP, qui a déjà chiffré à 28 % l’écart salarial moyen entre les facteurs suburbains et ruraux, et ceux des villes. « Le processus prendra 19 mois, et les membres FFRS en connaîtront les résultats rapidement. »

Les derniers jours ont été marqués par l’envoi d’un préavis de grève de 72 heures, mais le début des moyens de pression — le refus d’effectuer des heures supplémentaires — a été reporté à deux reprises en raison de la poursuite des négociations.

Régime de retraite

Aux prises avec des volumes de lettres en baisse, Postes Canada, passée d’un statut de ministère à société d’État en 1981, affirme depuis un certain temps que le régime de retraite, un enjeu majeur des pourparlers, est devenu un fardeau beaucoup trop lourd pour sa structure financière. Parmi les facteurs de croissance des dernières années figure toutefois le secteur des colis, propulsé par la demande provenant du commerce en ligne.

Dans le cadre des présentes négociations, elle proposait de soumettre les nouveaux employés à un régime à cotisations déterminées, ce que le syndicat refusait en raison du fait qu’il n’offre pas la même sécurité qu’un régime à prestations déterminées. Au 30 juin 2016, le déficit de solvabilité du régime (qui s’appliquerait en cas de fermeture complète) se chiffrait à plus de 8 milliards, comparativement à 6,1 milliards à la fin 2015. Le syndicat préfère évaluer le régime sur une base de continuité, un calcul en fonction duquel l’excédent est de plus de 1 milliard.

Au cours des six premiers mois de 2016, les volumes de colis à Postes Canada ont augmenté de 11,4 %. Cependant, le courrier transactionnel a diminué de 7 % (en excluant les envois du recensement). Toujours sur six mois, les revenus ont atteint 3,99 milliards, en baisse de 0,3 %, alors que le bénéfice net a triplé, passant de 12 à 32 millions.