Le TTIP n’est pas mort, rapelle la Commission européenne

Le ministre de l’Économie Sigmar Gabriel avec la chancelière allemande, Angela Merkel
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Le ministre de l’Économie Sigmar Gabriel avec la chancelière allemande, Angela Merkel

Bruxelles — Les négociations entre Européens et Américains pour mettre sur pied un vaste traité de libre-échange (TTIP ou TAFTA) avancent, a insisté lundi la Commission européenne, après les accusations d’échec portées dimanche par le vice-chancelier allemand.

« La Commission européenne fait des progrès constants dans les négociations en cours sur le TTIP », a déclaré le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, interrogé au cours d’un point presse sur les déclarations de la veille du ministre allemand de l’Économie, Sigmar Gabriel.

« Bien que les discussions commerciales prennent du temps, le processus est enclenché. […] Le dernier round a eu lieu mi-juillet à Bruxelles », a-t-il ajouté.

Il a également souligné que les négociations étaient entrées dans « une phase cruciale », car des propositions sur tous les chapitres étaient désormais sur la table.

M. Schinas a rappelé que la Commission européenne avait de nouveau obtenu au dernier sommet européen cet été le soutien des 28 États membres de l’UE pour négocier. « Nous avons un mandat de négociation qui a été accepté unanimement », a-t-il dit. « Si les conditions sont remplies, la Commission européenne est prête à boucler l’accord à la fin de l’année », a martelé M. Schinas.

Dimanche, le ministre social-démocrate allemand Sigmar Gabriel avait estimé que les discussions avec les États-Unis avaient de facto échoué car les Européens ne devaient pas céder aux exigences de Washington.

Vive contestation

La contestation en Allemagne est vive concernant l’accord en cours de négociation, y compris au sein de la coalition gouvernementale. Si les sociaux-démocrates, comme M. Gabriel, sont de plus en plus nombreux à ne plus y croire, la chancelière conservatrice Angela Merkel continue de défendre ce projet.

Les propos de M. Gabriel suscitaient beaucoup de réactions en Allemagne lundi, à la fois dans les milieux économiques et au sein du parti conservateur CDU d’Angela Merkel. « En tant que ministre de l’Économie d’une nation exportatrice, il est du devoir de Sigmar Gabriel de défendre le libre-échange sans “si” ni “mais”», a estimé Thilo Brodtmann, le directeur de la fédération allemande des machines-outils VDMA. « Le TTIP ne doit pas être sacrifié sur l’autel de la campagne électorale qui commence », s’est pour sa part insurgé le chef de la puissante fédération automobile VDA, Matthias Wissmann.

Le secrétaire général de la CDU, Peter Tauber, a pour sa part vivement critiqué M. Gabriel, qui se retrouve selon lui dans une « position intenable » puisqu’il cumule les fonctions de chef de parti (le SPD) et de ministre de l’Économie.

Angela Merkel soutient l’accord, une position confirmée lundi par le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert. « Il est bon de continuer à négocier », a-t-il déclaré lundi pendant une conférence de presse.

Le TTIP pourrait devenir l’un des thèmes de la campagne en vue des élections législatives de 2017 dans la première économie européenne. Les négociateurs de l’UE et des États-Unis ont entamé en 2013 des discussions pour créer la plus grande zone de libre-échange du monde. Ils espèrent toujours officiellement boucler les discussions d’ici à l’expiration du mandat de Barack Obama, à la fin de l’année.

Mais cette perspective est de moins en moins envisageable face à l’opposition de pays comme la France et à la mobilisation citoyenne. Le choix du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne est encore venu compliquer la donne. En coulisses, des diplomates sont convaincus que les négociations devront être suspendues au moins jusqu’à après les élections en France et en Allemagne en 2017.