Le secteur québécois de la franchise courtise les universités

L’industrie québécoise de la franchise emploie environ 190 000 personnes, ce qui correspond à 4,7 % de l’ensemble des emplois.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’industrie québécoise de la franchise emploie environ 190 000 personnes, ce qui correspond à 4,7 % de l’ensemble des emplois.

Face à des entrepreneurs qu’elle juge mal formés et à court de compétences, une fondation vouée à la promotion du secteur de la franchise au Québec veut développer une formation universitaire s’adressant spécifiquement aux franchiseurs et aux franchisés. L’Université Concordia et HEC Montréal, les deux établissements pressentis jusqu’à présent, ne ferment pas la porte.

Le président de la Fondation québécoise de la franchise, Pierre Garceau, qui a auparavant présidé le Conseil québécois de la franchise (CQF), veut « professionnaliser l’industrie de la franchise au Québec », qui compte près de 300 franchiseurs.

« Si tu es un entrepreneur et que tu veux devenir un franchisé, ce n’est pas en passant deux semaines dans le siège social du franchiseur pour apprendre comment faire de la pizza que tu vas réussir », affirme-t-il en entrevue au Devoir.

Selon lui, de nombreux entrepreneurs en devenir se lancent dans le monde de la franchise sans avoir les connaissances requises. Certains franchisés ne possèdent pas les outils nécessaires pour effectuer la gestion des finances et des ressources humaines, tandis que des franchiseurs potentiels proposent des projets trop ambitieux ou mal ficelés, explique-t-il.

Tout est à construire

M. Garceau propose donc de créer un programme universitaire consacré au secteur de la franchise pour pallier les lacunes qu’il observe depuis des années. Cette offre de cours deviendrait en quelque sorte l’extension de l’Académie québécoise de la franchise, qui donne des formations aux membres et aux non-membres du CQF.

« Nous sommes en train de regarder, avec l’Université Concordia et HEC Montréal, comment on pourrait former des diplômés en franchise, indique-t-il. Aucune université québécoise n’a de cursus consacré à la franchise. Tout est à construire avec les universités. »

Les deux établissements évoqués confirment qu’ils ont rencontré M. Garceau dernièrement. Aucun projet concret n’est en branle pour le moment, mais rien n’est exclu, répond-on de part et d’autre.

« Nous sommes toujours ouverts, nous écoutons toutes les propositions, souligne la directrice des communications de Concordia, Christine Mota. Le projet n’est pas lancé pour le moment, mais ça ne veut pas dire que ça ne va pas se faire. »

Du côté de HEC Montréal, la porte-parole Julie Lajoye indique que « pour le moment, aucun projet professionnel n’est ficelé ». Est-ce que ce pourrait être le cas dans le futur ? « Je ne peux malheureusement pas deviner l’avenir », se contente-t-elle de répondre.

Nouveau modèle

Pierre Garceau estime que sa proposition de formation répond aux objectifs du gouvernement du Québec, qui veut stimuler l’entrepreneuriat. Elle se différencierait selon lui des autres formations de gestion en démystifiant le monde particulier de la franchise et son modèle en évolution.

« Auparavant, la relation entre le franchiseur et le franchisé était plutôt paternaliste, dit-il. C’était plus directionnel : le franchisé était dépendant de son franchiseur. Aujourd’hui, la relation entre le franchiseur et le franchisé est devenue horizontale plutôt que verticale. Ce sont des partenaires stratégiques. »

« La franchise, qu’on le veuille ou non, n’est pas une entreprise comme les autres. Si tu es un franchisé et que tu commets des erreurs, ça vient nécessairement affecter les franchisés du réseau, et même la tête du réseau », précise-t-il. Le franchiseur et le franchisé ont donc intérêt à travailler main dans la main et à connaître le rôle et les attentes de l’autre, ajoute M. Garceau.

Selon un rapport commandé par le CQF, dont les résultats ont été publiés en 2014, l’industrie québécoise de la franchise emploie environ 190 000 personnes, ce qui correspond à 4,7 % de l’ensemble des emplois au Québec. Avec un chiffre d’affaires avoisinant les 27 milliards de dollars, le secteur représente environ 8,2 % du PIB de la province.