Selon une étude de KPMG - Sherbrooke, paradis des affaires

Sherbrooke est la ville où il est le moins cher de faire des affaires, conclut une étude réalisée dans 11 pays et 98 villes d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie-Pacifique par la firme de consultants KPMG.

La municipalité d'un peu moins de 135 000 habitants a coiffé les plus grands centres économiques du monde développé avec des coûts d'installation et de fonctionnement des entreprises de 13,5 % inférieurs à la moyenne américaine sur une période de dix ans.

Bonne perfornance

D'autres villes québécoises ont également bien fait, rapporte l'étude intitulée Choix concurrentiels 2004 et qui en est à sa cinquième édition depuis 1993. Montréal s'est ainsi hissé au premier rang des grandes villes de plus de deux millions d'habitants (10e au classement général) avec une moyenne de coûts inférieurs de 8,7 % à la moyenne américaine. Québec se classe aussi dans le peloton de tête des villes de sa catégorie, alors qu'Alma et Trois-Rivières ont brillé parmi les villes hors catégorie avec des coûts souvent inférieurs aux villes de plus de 100 000 habitants en compétition.

Le Canada s'est montré à la hauteur de ces performances en dépit de la forte appréciation de son dollar. Il ressort en effet grand champion pour la troisième fois consécutive, avec des coûts de fonctionnement inférieurs de 9 % à ceux des États-Unis, en recul par rapport à 2002 où l'écart était de 14,5 %. Il dame ainsi le pion à l'Australie (8,5 %), au Royaume-Uni (2,4 %), à l'Italie (1,3 %), à la France (0,9 %), au Luxembourg (0,9 %), aux États-Unis (0 %), à l'Islande (3,3 % plus chère que les États-Unis), aux Pays-Bas (4 % de plus), à l'Allemagne (13,9 % de plus) et au Japon (23,8 % de plus).

Basée sur la mesure de 27 éléments de coûts dont ceux liés à la main-d'oeuvre, à la construction des installations, au transport, à l'énergie, ainsi qu'à la fiscalité, l'étude laisse de côté d'autres facteurs qu'elle reconnaît être importants, comme les politiques d'aide des gouvernements, la présence d'universités, la proximité des marchés, la culture, le climat ou la qualité de vie. Elle se penche également sur 17 secteurs d'activité, dont l'aérospatiale, le secteur agroalimentaire, les plastiques, les biotechnologies et la conception de logiciels.

On y apprend notamment que le principal avantage du Canada tient à ses salaires et à ses charges sociales moins élevés dans un monde où ces coûts représentent entre 56 % et 85 % des dépenses des entreprises. On y apprend aussi que, si l'avantage du Canada sur les États-Unis n'est que de 6 % dans les activités de fabrication, il grimpe à 15,5 % dans celui des logiciels, et même à 21 % dans celui de la recherche et développement.

On y révèle que ce sont les villes américaines qui ont le plus amélioré leur sort depuis la dernière enquête de KPMG grâce à la dépréciation de leur devise. Il faudrait toutefois que le dollar canadien grimpe jusqu'à 95 ¢US pour annuler complètement l'avantage comparatif du Canada.

Le résultat de 10 ans d'effort

Ces résultats sont le fruit des efforts considérables qu'ont déployés les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux au cours des dix dernières années, a commenté hier la ministre canadienne de l'Industrie, Lucienne Robillard, lors du dévoilement des résultats de l'étude à Montréal. «Les réductions de déficits et la prudence fiscale ont créé de solides conditions macro-économiques», a-t-elle déclaré. Le rapport a également reconnu la contribution apportée par les baisses d'impôt et les importants incitatifs fiscaux en matière de recherche et développement.

Le représentant du gouvernement Charest s'est pour sa part montré nettement moins empressé de vanter la gestion des affaires publiques des dix dernières années au Québec. La province n'accueille toujours que 17 % du total des investissements privés au pays alors que sa population compte pour 23 % dans l'ensemble canadien, a souligné Alain Paquet, président de la Commission des finances publiques à l'Assemblée nationale.

«Ce déficit en matière de parts des investissements montre qu'il y a toujours des choses à faire [pour] renforcer l'aspect compétitif de l'économie québécoise», a-t-il déclaré. Il en veut pour exemple les mesures adoptées depuis les élections en ce qui a trait au chapitre 45 et à la sous-traitance, à la réduction de la taxe sur le capital ou encore à l'élimination des contraintes imposées aux PME en matière de formation professionnelle.

Des études comme celle de la firme KPMG donnent des arguments précieux à ceux qui cherchent à convaincre des investisseurs étrangers de venir s'installer chez eux, a commenté

pour sa part Alan De Sousa, conseiller municipal responsable du développement économique à la Ville de Montréal. De faibles coûts d'installation et de fonctionnement s'avèrent un atout, sinon «une condition sine qua non pour qu'ils acceptent de vous écouter».

Ces statistiques sont «utiles, mais pas suffisantes», dit de son côté le nouveau président-directeur général de Montréal International, Marc Fortier. Encore faut-il savoir, par la suite, mettre en valeur les nombreux autres avantages dont dispose la métropole. «Montréal m'apparaît souvent être un secret encore trop bien caché», remarque-t-il.

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