Téléphonie mobile: place à la consolidation

New York — Le rachat d’AT&T Wireless par Cingular pourrait marquer le début tant attendu d'une vague de consolidation de la téléphonie mobile aux États-Unis, un secteur en proie à une concurrence féroce.

«Nous nous attendons depuis longtemps à une consolidation dans le secteur des télécoms aux États-Unis. On peut s'attendre à ce que [le rapprochement] Cingular-AT&T Wireless devienne le moteur du marché», souligne ainsi Julian Hewett, analyste en chef d'Ovum, à Boston. En rachetant AT&T Wireless pour 41 milliards $US, Cingular devient le numéro un du secteur, détrônant Verizon Wireless, relégué en deuxième position, suivi par T-Mobile, du groupe Deutsche Telekom, puis Sprint PCS et enfin Nextel.

Dans un premier temps, ce rapprochement devrait soulager au moins en partie un secteur dominé par une concurrence féroce. «Le rachat d'AT&T Wireless par Cingular signifie qu'il y aura une modeste réduction du nombre de concurrents sur le marché, qu'il y aura légèrement moins de pression sur les prix», explique Andy Belt, analyste du secteur pour Adventis Corp, à Boston.

Ultraconcurrentiel

Après trois années de crise et de mesures radicales pour réduire l'endettement né de la folle expansion des années 1990, le marché américain de la téléphonie mobile est ultraconcurrentiel, d'autant qu'une loi fédérale autorise depuis fin novembre les clients à conserver leur numéro de mobile tout en changeant d'opérateur.

Dans cet environnement à couteaux tirés, les opérateurs américains n'ont d'autre choix que de baisser leurs tarifs tout en tentant d'accroître le grand nombre des abonnés, seule variable pour augmenter leur chiffre d'affaires.

Le rachat d'AT&T Wireless apporte donc un peu de répit. Mais pas tant. «Étant donné qu'il y aura encore cinq grands opérateurs importants de téléphonie mobile [aux États-Unis] après cette transaction, la concurrence dans le secteur et les pressions sur les prix ne devraient pas être nettement réduits avec cette alliance», nuance Catherine Cosentino, analyste de l'agence de notation Standard and Poor's.

Les synergies entre Cingular et AT&T Wireless sont peu évidentes, en raison des disparités technologiques entre les deux groupes. «L'intégration pourrait être assez longue et assez difficile. Cingular devra être particulièrement prudent et résoudre des problèmes techniques pour mettre AT&T Wireless à niveau», selon Andy Belt.

La nouvelle entité pourrait ainsi être «quelque peu détournée du marché, ce qui donnerait aux autres groupes la possibilité de s'emparer d'occasions clés», estime l'expert d'Adventis. «Les prochains mouvements de Verizon Wireless et de Sprint PCS» concentrent particulièrement l'attention du secteur, renchérit Andy Belt.

Vodafone, rival malheureux de Cingular pour le rachat d'AT&T Wireless, a «montré son jeu et ne cache pas qu'il n'est pas satisfait de son alliance dans Verizon Wireless», où l'américain Verizon est majoritaire, rappelle-t-il. «Nous aimerions garder un oeil sur ce qui se passe entre Vodafone et Verizon concernant leur partenariat au sein de Verizon Wireless», relève à son tour Timothy Horan, analyste de CIBC, dans une note à ses clients.

Qui se débarrassera de qui? Des informations de presse la semaine dernière annonçaient Verizon prêt à payer entre 20 à 24 milliards $US à Vodafone pour sa part de 45 % dans Verizon Wireless.

Julian Hewett voit lui dans Sprint PCS, mis à mal par la concurrence forcenée, «une cible de rachat» pour Verizon Wireless, tout en s'interrogeant sur le sort de «T-Mobile, assis inconfortablement entre deux concurrents». En l'occurrence Verizon Wireless et Sprint PCS.