Les PME dénoncent l’élitisme en immigration

Les PME disent avoir besoin que le Québec accueille plus de travailleurs non qualifiés.
Photo: Getty Images Les PME disent avoir besoin que le Québec accueille plus de travailleurs non qualifiés.

Le Québec doit accepter davantage de travailleurs étrangers non qualifiés et faire en sorte que tous les travailleurs étrangers temporaires puissent demander la résidence permanente. C’est du moins ce qu’a soutenu la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) en commission parlementaire devant la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil.

Dans le cadre de la consultation publique amorcée mercredi sur la planification de l’immigration au Québec pour 2017-2019, Martine Hébert, vice-présidente de la FCEI, a souligné l’inadéquation des candidats à l’immigration sélectionnés et les besoins des PME.

« Dans les 10 dernières années, on a accueilli surtout des professionnels, des gestionnaires, des cadres, alors que les postes disponibles sont en grande majorité pour des emplois de niveau technique ou encore très peu qualifiés », a précisé Martine Hébert.

Ce qu’elle nomme « la plus grande contradiction de notre système d’immigration » inquiète les entreprises représentées par la FCEI. Plus de la moitié d’entre elles nomment la pénurie de main-d’oeuvre comme une contrainte majeure à leur croissance. Les travailleurs peu qualifiés pourraient occuper notamment des emplois en production, en vente, en restauration, en hébergement ou en transformation d’aliments.

« Il est temps d’être moins élitiste avec nos politiques d’immigration », poursuit Mme Hébert en entrevue au Devoir. « Leur plus grande vulnérabilité est d’arriver ici et d’être obligés d’occuper des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, pas de devoir se replacer s’ils sont non qualifiés », dit-elle.

Le président-directeur général du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, s’est dit d’accord avec cette position, mais sans insister sur cet aspect lors de son passage en commission. « Il faut répondre aux besoins du marché du travail pour toutes sortes de catégories d’emploi, qui vont de très qualifiés à peu qualifiés », expose-t-il. M. Dorval rapporte l’exemple d’un président d’entreprise qui a travaillé en entrepôt récemment, pour pallier le manque d’employés.

Vers le statut permanent

Les travailleurs temporaires peu qualifiés peuvent aujourd’hui entrer dans la province avec des permis de travail temporaires. Les probabilités qu’ils puissent demeurer au Québec à titre permanent — ce qui permet entre autres une plus grande mobilité en emploi — sont minces, cette voie étant réservée aux travailleurs temporaires qualifiés.

« Pourquoi utiliser des travailleurs temporaires pour combler des besoins permanents ? » demande de manière rhétorique Martine Hébert, réclamant des mécanismes pour tous. « Avec le vieillissement démographique, il y aura de plus en plus d’emplois disponibles à tous les niveaux de qualification », renchérit M. Thomas. La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a déjà fait cette recommandation en 2011 pour contrer la « discrimination systémique » qui touche cette catégorie d’immigrants.

Nouveau système de sélection

Les préoccupations du milieu entrepreneurial tendent toutes dans la même direction : la sélection des nouveaux arrivants doit être en meilleure adéquation avec les besoins du marché du travail. Un nouveau système de déclaration d’intérêt de la part du candidat à l’immigration doit en principe permettre de mieux cibler les personnes correspondant aux postes disponibles.

Les entreprises souhaitent être impliquées davantage en amont du processus de sélection, dans des initiatives de recrutement direct. La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a d’ailleurs invité le gouvernement à préciser et à accélérer les travaux en ce sens.

Le document servant de base à la discussion confirme la volonté du gouvernement Couillard de geler pratiquement les seuils d’immigration à 51 000 pour 2017, 2018, et de les faire passer à 52 500 en 2019. Les intervenants ont soit approuvé ces seuils, soit fait part de leur désir de les voir augmenter. De telles missions existent déjà dans les plus grandes entreprises, mais celles de moindre taille « ont besoin d’accompagnement » pour le faire, affirme le p.-d.g. du CPQ.

Les discussions ont donc principalement porté sur la composition des arrivées et sur la meilleure manière d’intégrer ces nouveaux arrivants. L’épineuse question de la langue française est également abordée, notamment par les représentants des entreprises (FCEI, CPQ, FCCQ), qui ont mentionné des initiatives de francisation sur les lieux de travail.

Les consultations se poursuivent jeudi ainsi que mardi prochain, le 23 août.

3 commentaires
  • Camil Gaulin - Abonné 18 août 2016 06 h 45

    Une grosse coquille?

    "51 000 pour 2017, 2018, et de les faire passer à 525 000 en 2019. "
    Est-ce vraiment 525 000 ou plutôt 52 000??

  • Sylvain Lévesque - Abonné 18 août 2016 12 h 44

    vite !

    Dépêchez-vous de faire entrer à pleine porte de la main-d'oeuvre docile et vulnérable, qui ne mettra pas de pression à la hausse sur les salaires des emplois qu'on doit pourvoir...
    C'est le dernier argument du patronat pour contrer le mouvement de hausse du salaire minimum ?

    • Christian Dubé - Abonné 18 août 2016 18 h 32

      Exactement! Est-ce que la FCEI et la FCCQ vont maintenant se poser la question suivente: pourquoi tant d'entreprises ont-elles besoin de travailleurs pauvres?