Les pays émergents attirent de nouveau les capitaux étrangers

Une femme vendait des t-shirts dans les rues de Lima, au Pérou, en avril dernier.
Photo: Martin Bernetti Agence France-Presse Une femme vendait des t-shirts dans les rues de Lima, au Pérou, en avril dernier.

Après cinq années de purgatoire, les Bourses des pays émergents retrouvent la faveur des investisseurs. Depuis le début de l’année, le Pérou bondit de 57 %, le Brésil de 38,3 %, la Russie progresse de 13,8 % et l’Inde de 7,6 %. Ces hausses vont de pair avec une forte appréciation des devises locales, qui rend les placements dans ces pays doublement lucratifs pour les investisseurs occidentaux.

Le premier facteur qui explique ce retour en grâce est l’inertie de la Réserve fédérale américaine (Fed). En maintenant les taux d’intérêt à un niveau proche du plancher aux États-Unis, la Fed favorise le rebond des monnaies émergentes face au dollar. « Plusieurs années de crise ont provoqué un effondrement des devises dans de nombreux pays comme la Russie, le Brésil ou l’Inde, puis la chute des importations a permis un rééquilibrage des balances des paiements courants, explique Patrice Lemonnier, responsable de la gestion actions émergentes chez Amundi. Les investisseurs étrangers n’ont plus peur de se faire piéger par une chute des devises locales. Au contraire, en achetant des obligations ou des actions émergentes, ils espèrent profiter de l’appréciation du change. »

Pour un investisseur en actions, le monde émergent offre des perspectives de croissance sans équivalent. En diminution constante depuis 2011, l’écart de croissance entre le Sud et le Nord augmente de nouveau : le Fonds monétaire international (FMI) table sur une progression moyenne du PIB de 4,1 % en 2016 et de 4,6 % en 2017 dans la sphère émergente, contre 1,9 % et 2 % dans les pays développés. Or les actions émergentes, qui capitalisent en moyenne 12 fois leurs bénéfices attendus dans les douze prochains mois, sont beaucoup moins chères que les actions américaines ou européennes.

Une oasis de rendement

Autre facteur, les écarts de rendement entre les obligations des pays développés et celles des pays émergents poussent les investisseurs occidentaux à s’aventurer hors de leurs frontières. Les taux des obligations d’État à dix ans ne dépassent pas 1,5 % aux États-Unis et 0,1 % en France, alors qu’ils sont à 5,8 % au Mexique, 8,4 % en Russie et 11,9 % au Brésil. « La dette émergente est une oasis de rendement dans un monde de taux faibles ou négatifs », dit Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management.

Et cette situation devrait durer. Aux États-Unis, seuls 45 % des investisseurs pensent que la Fed passera à l’action en décembre, selon Bloomberg. « C’est crucial, car lorsque le loyer de l’argent renchérit outre-Atlantique, les investisseurs sont incités à rapatrier leurs avoirs aux États-Unis », commente Xavier Hovasse, responsable de l’équipe marchés émergents chez Carmignac. Un maintien du dollar sur ses niveaux actuels est surtout important pour les pays producteurs de matières premières, car une hausse du billet vert pèserait sur leurs exportations.

Ces pays ont souvent comme meilleur client la Chine, premier acheteur mondial de métaux pour la construction et l’un des principaux consommateurs de pétrole de la planète. C’est pourquoi la bonne santé de l’empire du Milieu, dont le poids au sein des indices émergents dépasse 30 %, leur est vitale. Fin 2015 et début 2016, les cours des matières premières ont été affectés par la crainte d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise.

« Les inquiétudes ne sont plus aussi vives qu’en début d’année. C’est ce qui a permis un rebond des cours des matières premières », souligne Patrick Mange, stratégiste marchés émergents chez BNP Paribas Investment Partners. Les cours de l’acier et du zinc gagnent ainsi 53 % depuis janvier, celui du nickel 28 % et le Brent affiche une progression de 73 %, à 48 $US le baril.

Selon le FMI, la croissance chinoise devrait passer de 6,9 % en 2015 à 6,5 % en 2016, puis à 6,2 % en 2017. Des chiffres à considérer avec précaution, car les statistiques de la Chine sont peu fiables. Et si le pays semble capable de soutenir sa croissance, son endettement, qui représente 255 % de son PIB, pose problème aux investisseurs, qui redoutent une dévaluation du yuan. Cette situation explique pourquoi la Bourse de Shanghai perd 13,2 % depuis janvier.