La cimenterie McInnis sera rentable, assure la Caisse de dépôt et placement

La Caisse a signalé que sur cinq ans, son rendement est de 9,2 %
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Caisse a signalé que sur cinq ans, son rendement est de 9,2 %

Après le changement à la direction du projet et l’injection de capitaux frais pour éponger les dépassements de coûts, la Caisse de dépôt et placement du Québec est catégorique : la cimenterie McInnis, dont la construction coûtera 1,5 milliard, sera rentable. Et elle n’exclut pas l’entrée en jeu éventuelle d’un « partenaire stratégique ».

La Caisse, qui a publié vendredi matin un rendement de 2 % pour les six premiers mois de 2016 face à un indice de référence de 1,3 %, affirme que la priorité est de terminer la construction de la cimenterie le plus rapidement possible afin d’entamer la production.

« Avec l’équipe de direction qui est là maintenant, nous avons toute l’expertise opérationnelle pour remettre le projet sur les rails »,a dit le président de la Caisse, Michael Sabia, lors d’une conférence téléphonique pendant laquelle il a évoqué l’importance de « mettre la rondelle dans le filet ».

« Ensuite, soit sur le plan opérationnel, soit avec l’introduction d’un autre partenaire, peut-être un partenaire stratégique, je ne sais pas et on verra dans l’avenir, nous avons plusieurs chemins de développement de ce projet qui, selon nous, seront bien rentables pour la Caisse et pour nos clients »,a dit M. Sabia.

Le projet devait coûter initialement 1,1 milliard. Or, selon des informations publiées en juin, il coûtera de 400 à 450 millions de plus. Sa construction est complétée à environ 60 %, a dit Christian Dubé, premier vice-président, Québec, et elle se terminera d’ici quelques mois.

En plus d’un investissement initial de 100 millions et d’un ajout de 40 millions en juin, la Caisse a annoncé jeudi qu’elle va mettre 125 millions de plus pour des actions privilégiées et qu’un nouveau joueur, la firme BlackRock, va aussi injecter 125 millions en échange de débentures. M. Sabia a dit que le réinvestissement « reflète notre confiance » dans le projet.

Du coup, la Caisse est devenue l’actionnaire majoritaire (55 %) de Beaudier Ciment, qui est le principal actionnaire de l’ensemble du projet. L’autre actionnaire de Beaudier est la famille Bombardier-Beaudoin, à 45 %.

Le projet global bénéficie aussi de l’appui d’Investissement Québec, qui a injecté 100 millions pour du capital-actions et a consenti un prêt de 250 millions.

La Caisse a indiqué vendredi que la famille Bombardier-Beaudoin n’a pas investi d’argent supplémentaire après les dépassements de coûts. Cependant, en vertu de l’entente initiale, la famille a déjà contribué à une enveloppe de 200 millions pour imprévus. Ces 200 millions s’ajouteront aux 250 millions dévoilés jeudi pour régler le problème des dépassements de coûts.

En ce qui concerne les débentures achetées par BlackRock, dont on ne connaît pas les modalités, les discussions « se poursuivent » pour déterminer où BlackRock se situera parmi les créanciers du projet, a dit M. Dubé.

Invité à dire s’il craint que la présence de fonds publics dans le projet puisse inciter les Américains à imposer un tarif sur le ciment de l’installation, M. Sabia a répondu : « Absolument pas », car « la Caisse fonctionne de façon indépendante et est un investisseur privé, pas contrôlé, pas un bras du gouvernement. »

Cela dit, un porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, s’est indigné sur Twitter de la participation de la Caisse en raison du caractère « polluant » de la cimenterie.

Premier semestre

Le premier semestre a été marqué par beaucoup de points d’interrogation, a dit M. Sabia, ces incertitudes allant du Brexit au flou de l’économie mondiale en passant par des velléités de protectionnisme dans certaines régions du monde, la volatilité boursière et la faible productivité des pays de l’OCDE.

Le président de la Caisse a dit que le rendement de 2 % était « correct et raisonnable », mais qu’il « dépasse largement » l’indice de référence de 1,3 % auquel la Caisse compare son résultat.

La Caisse, a-t-il ajouté, a pour objectif d’atteindre « des rendements plus stables, moins vulnérables aux émotions fortes à la hausse ou à la baisse ».

L’actif net de la Caisse, qui gère les avoirs de plus d’une trentaine de déposants, dont les employés du secteur public et la Régie des rentes du Québec, se situait à 254,9 milliards au 30 juin.

La Caisse a signalé que, sur cinq ans, son rendement est de 9,2 %. En guise de comparaison, l’indice de référence sur la même période a dégagé un gain de 8,3 %.

Au cours de l’année 2015, marquée par l’effet d’une chute des cours du pétrole, de l’incertitude dans les politiques monétaires et la faiblesse des marchés boursiers, la Caisse avait produit un rendement de 9,1 %. Cela faisait suite à une performance de 12 % en 2014.
 


Consultez les résultats du premier semestre de 2016

 

7 commentaires
  • René Racine - Abonné 12 août 2016 15 h 08

    Une autre Gaspésia ?

    Il est difficile de ne pas être pessimiste avec ce projet. Les millions de $ en dépassement de coût ne font que commencer et c'est curieux comme une comparaison est facile avec le chantier de la "Gaspésia" qui a été au centre d'une catastrophe financière. Ce scandale impliquant différents acteurs du merveilleux monde de la construction et le gouvernement d'alors, formé par le parti québécois. Le tout a mené à une enquête publique coûteuse qui a rempli, une fois de plus, les poches des avocats assignés pour défendre les partis mis en cause et pour ne trouver aucun coupable.
    Tous souhaitent sauver les billes investies mais si c'était à refaire, aucun des investisseurs ne se ferait prendre le bras dans cet engrenage. Les garantis sont là tant par l'argent public coule à flot, c'est toute une garantie; on ne regarde plus à la dépense, ce qui est le plus inquiétant on s'enfonce dans le chemin à parcourir pour une unique raison, le point de non-retour est traversé.

  • Mario Jodoin - Abonné 12 août 2016 22 h 59

    Rentable?

    Mais, qu'est--ce que la rentabilité?

    Même dans sa définition purement monétaire, cela est douteux, mais quand on tient compte des externalités, surtout du fait que cette usine sera la plus grande émettrice de gaz à effet de serre, cette affirmation est une insulte à l'intelligence. Est-ce rentable de contribuer à la destruction de plein de lieux de vie sur cette planète?

  • Robert Bernier - Abonné 13 août 2016 09 h 55

    Et le prix pour les avocats?

    Il est écrit: "la Caisse de dépôt et placement du Québec est catégorique : la cimenterie McInnis, dont la construction coûtera 1,5 milliard, sera rentable."

    Est-ce que la cimenterie Lafarge de Saint-Constant a toujours l'intention de porter en justice cette affaire qu'elle qualifie, comme le feront d'ailleurs les américains, de "concurrence déloyale". Auquel cas, qui paiera pour les avocats, qui doivent déjà se frotter les mains en vue du pactole? Est-ce que la cimenterie McInnis sera encore rentable? On sait en tout cas qu'elle sera polluante.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Donald Bordeleau - Abonné 13 août 2016 21 h 15

    Investissement exagéré versus la rentabilité

    Plus de 700 millions d'argent public en subventions, en prêts et en action pour un projet au départ de 1.1 milliard.

    Le SLR de la CDPQ roulera en 2020 avec un investissement de 3 milliards et un peu plus probablement.

    La CDPQ est maintenant le maître du jeux pour des investissements de prêt de 4 milliards avec notre bas de laine.

    Le gouvernement du PLQ est comme un amateur qui regarde passer le train.

  • Michel Samson - Inscrit 15 août 2016 02 h 47

    Prétention à la rentabilité...

    Si, comme le prétendent la Caisse et le gouvernement, cette cimenterie sera rentable, est-ce que quelqu'un, quelque part, dans cette équipe du tonnerre, pourrait nous présenter un plan d'affaire crédible, bien chiffré, qui tienne compte des dépassements de coûts dans ses équations ? Permettez-moi d'en douter.