Retour des rendements positifs à la Caisse de dépôt - Une amélioration prévisible

Henri-Paul Rousseau fait son entrée au nouveau siège de la Caisse de dépôt afin d’y présenter les résultats de l’institution pour 2003.
Photo: Jacques Nadeau Henri-Paul Rousseau fait son entrée au nouveau siège de la Caisse de dépôt afin d’y présenter les résultats de l’institution pour 2003.

Le retour des rendements positifs à la Caisse de dépôt et placement du Québec a été accueilli avec joie, mais sans surprise. Largement attribués au rebond des marchés boursiers, ces résultats semblaient hier n'avoir amélioré que le contexte dans lequel se tient depuis des mois le débat sur le rôle et l'avenir de l'institution.

Grands pourfendeurs de la Caisse lors des dernières élections, les libéraux ont salué sa plus grande transparence et ses meilleurs résultats financiers en 2003. Le ministre des Finances, Yves Séguin, s'est félicité de la remontée de l'institution du quatrième quartile des gestionnaires de fonds à «tout près» du premier quartile de 2002 à 2003. Il a attribué celle-ci aux mesures de redressement mises en place par la nouvelle équipe de direction présidée par Henri-Paul Rousseau en matière notamment de resserrement de la gestion des risques et des placements privés. «La Caisse était dans le wagon de queue et reprend aujourd'hui sa place à la tête des grands gestionnaires», a-t-il commenté.

Revenant sur l'aventure controversée de la Caisse dans Vidéotron, le ministre n'a toutefois pas manqué de souligner que les pertes enregistrées depuis dans le secteur des technologies, des médias et des télécommunications n'ont pu être réduites, jusqu'à présent, que de 400 millions.

Grand défenseur de la Caisse lors des dernières élections, le chef de l'opposition, Bernard Landry, a estimé que c'est d'abord et avant tout le contexte boursier qui a changé depuis l'an dernier. «Je sais qu'Henri-Paul Rousseau est l'un des meilleurs gestionnaires du Québec, a-t-il déclaré au Devoir. Si je n'avais pas cru cela, je ne l'aurais pas nommé [à ce poste lorsque le Parti québécois était encore au gouvernement]. Mais je suis sûr que même Henri-Paul Rousseau, contre un marché qui s'effondrait, n'aurait pu rien faire.»

Gardant fraîchement en mémoire les attaques virulentes portées l'an dernier contre la Caisse, il n'a pas pu s'empêcher de se demander si ses rendements n'auraient pas été encore meilleurs si le chef libéral, Jean Charest, ne l'avait pas tellement «salie» sur la place publique.

Membre du conseil d'administration de la Caisse, le président de la FTQ, Henri Massé, a fait remarquer, quant à lui, «qu'une partie des rendements de cette année sont aussi attribuables à des investissements décidés par les administrations antérieures qui ont été critiqués ces dernières années». Disant que deux années de rendements négatifs n'avaient pas moins rendu nécessaire que l'on «resserre un peu les choses à la Caisse», il a dit espérer que les «résultats de cette année reçoivent au moins la moitié de la publicité qui a été faite aux mauvais rendements de 2001 et 2002».

Selon Yvan Breton, conseiller principal à la firme de gestion de placements Mercer, il ne fait pas de doute que le revirement de situation spectaculaire à la Caisse de dépôt en 2003 est essentiellement le fait du renversement des marchés boursiers. «On a eu droit à une année inhabituelle où tous les styles de gestion ont bénéficié de la reprise des marchés, explique-t-il. Il était difficile en 2003 de voir une différence entre les bons et les mauvais gestionnaires.»

Avec un rendement moyen de 15,2 %, la Caisse se place au-dessus du rendement médian des autres fonds communs de placement que Mercer établit à 14 %. Elle s'avère toutefois plus loin que sa direction ne le prétend du seuil du premier quartile, situé hier par Henri-Paul Rousseau entre 15,3 % et 15,6 %, mais que les dernières évaluations de Mercer placent plutôt à 15,9 %.

«Les comparaisons entre caisses de retraite sont toujours difficiles», note Yvan Breton. Tout dépend de la composition du portefeuille que leurs clients leur ont demandé d'administrer. Les rendements cette année ont été presque directement proportionnels à la part détenue en actions. Ils ont beaucoup dépendu aussi des mesures de protection adoptées pour palier les variations de la valeur des devises, particulièrement du dollar américain.

Souvent utilisés comme repères, les résultats de la caisse de retraite des enseignants de l'Ontario (TEACHERS) et de celle des employés municipaux ontariens (OMERS) n'ont toujours pas été rendus publics. La rumeur veut toutefois que TEACHERS ait atteint 18 %.

Rétrécir la Caisse

Le ministre Yves Séguin a réitéré hier son intention de présenter des amendements à la loi constitutive de la Caisse de dépôt afin de «mieux en encadrer les pouvoirs de la direction et formaliser un régime d'imputabilité». Il s'est d'ores et déjà réjoui du fait que des ententes en ce sens aient déjà été passées entre la Caisse et six de ses déposants.

Bernard Landry n'a pas caché son inquiétude quant à ce projet. Les gens d'affaires «sont catastrophés», dit-il, à l'idée que le gouvernement libéral ne tire un trait sur le mandat de développement économique conféré à la Caisse dès sa fondation. «Rendements, oui, développement économique aussi, s'exclame-t-il. Combien d'entreprises québécoises auraient été dans la médiocrité, sinon dans la non-existence si la Caisse n'avait pas été là?»

Henri Massé partage cet avis. «Il n'y a pas grand monde au Québec qui est capable de signer des chèques de 100 millions ou plus. On a encore besoin d'une Caisse qui est active.»