Fosun continue sa frénésie d’acquisitions

Le président de Fosun, Guo Guangchang
Photo: Agence France-Presse Le président de Fosun, Guo Guangchang

Le conglomérat chinois Fosun, propriétaire du Club Med, a repris ces derniers mois sa frénésie d’emplettes à l’étranger, après avoir fait profil bas quelque temps à la suite d’une mystérieuse disparition de son emblématique patron.

En l’espace de trois jours fin juillet, le groupe shanghaïen — l’une des plus grosses firmes privées de Chine — a annoncé ses intentions de prendre des participations en Inde, au Portugal et au Brésil, des opérations se chiffrant en milliards de dollars.

Le bras pharmaceutique de Fosun a dévoilé son projet de prendre 86 % de l’indien Gland Pharma pour 1,26 milliard de dollars — ce serait la plus importante acquisition chinoise en Inde à ce jour.

Toujours dans les marchés émergents, le groupe a annoncé la fin de semaine dernière vouloir acheter la firme d’investissement brésilienne Rio Bravo. Avant d’offrir le lendemain de prendre 30 % dans la première banque privée portugaise, BCP.

« Le ralentissement économique tire vers le bas la valorisation des entreprises, ce qui en fait des cibles attractives. Fosun tire parti des circonstances », explique à l’AFP Sam Chi Yung, du courtier Delta Asia Securities à Hong Kong.

Les opérations colossales menées par le conglomérat — dont les activités vont de l’immobilier et la pharmacie à la finance et aux loisirs — s’enchaînent avec fracas dans des secteurs variés, quitte à gonfler son endettement.

Mi-juillet, Fosun rachetait le club de football anglais Wolves. Deux mois auparavant, il intégrait un consortium pour s’emparer de l’ex-aéroport d’Athènes…

Disparition

Pourtant, 2015 s’était terminé de façon trouble, avec l’énigmatique disparition du président du conglomérat, Guo Guangchang.

Le magazine Caixin avait annoncé en décembre que le milliardaire de 48 ans ne « pouvait plus être joint » par son entreprise, alimentant les spéculations sur son possible placement sous enquête pour corruption.

L’article, qui le décrivait « menotté », avait fait l’effet d’un coup de tonnerre : figure emblématique des milieux d’affaires, Guo est très connecté politiquement et membre d’une assemblée parlementaire consultative du régime.

La suspension sans explication des titres des sociétés de Fosun sur les Bourses de Hong Kong et Shanghai avait épaissi le mystère.

Fosun avait tardivement indiqué que M. Guo apportait simplement « son aide à certaines investigations judiciaires », et le milliardaire avait refait surface la semaine suivante lors d’une réunion à Shanghai.

L’épisode a fait frémir les investisseurs : Guo Guangchang, 19e fortune du pays selon Forbes (5,4 milliards de dollars d’actifs), est considéré en Chine comme un « Warren Buffett » local, oracle des marchés.

Fondé il y a 24 ans par des étudiants de la prestigieuse université shanghaïenne Fudan, Fosun a annoncé depuis 2010 plus de 15 milliards de dollars d’acquisitions à l’étranger, selon Bloomberg.

Parmi ses coups d’éclat, le conglomérat avait pris début 2015 le contrôle du Club Med, spécialiste français des clubs de vacances, après deux ans de bataille.

Il possède des participations dans le voyagiste britannique Thomas Cook, le « Cirque du Soleil » canadien, des assureurs américains et portugais…

« Lorsque nous mettons la main sur un bon produit, nous allouons toutes nos ressources dessus pour le développer et le transformer rapidement en “licorne”», lançait Guo en mars, assurant que Fosun deviendrait in fine « une licorne géante dotée de super-pouvoirs ».

De quoi surprendre, une « licorne » désignant plutôt les jeunes pousses technologiques valant plus d’un milliard de dollars. Fosun, lui, faisait état pour 2015 d’un bénéfice net de plus de 8 milliards de yuans (1,1 milliard d’euros) en hausse de 17 % sur un an.

Ses ambitions sont néanmoins clairement affichées : « Notre stratégie de déploiement en Europe et aux États-Unis est relativement complète. Sur les marchés émergents, nous ne faisons que démarrer », confiait Guo à BloombergTV en mai.

Endettement

Pourtant, les finances du conglomérat rendent nerveuses les agences de notation : Fosun a accumulé des milliards de dollars de dette pour ses acquisitions. Son directeur général Liang Xinjun a reconnu que le groupe pourrait vendre certains actifs pour se désendetter.

Par ailleurs, l’éclectisme et la diversification extrêmes cultivés par Fosun contrastent radicalement avec la stratégie d’investissements ciblés d’un autre grand conglomérat chinois, Wanda, focalisé lui sur l’immobilier, le sport et le divertissement.

« Le style est très différent », reconnaît Liu Xuehui, directeur du cabinet d’analyse pékinois Li Shi. « Fosun ressemblerait plutôt aux holdings de Buffett ou [du milliardaire hongkongais] Li Ka-shing. Sa priorité : les retours sur investissement. »

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